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Articlé publié le 20 jan 2009 par .

Classé dans Chroniques.

Ice-T, « Killers / Body Rock » (12″)

Ice TAvant d’être reconnu par tous comme le parrain du « gangsta rap » en devenir sur la Côté Ouest des Etats-Unis à la fin des 80′s, Ice-T faisait déjà parler de lui depuis le début de la décennie aux côtés de quelques rares activistes élevés en icône par la génération qui suivit. Ces gars-là se nommaient Kid Frost, grand rival d’Ice-T à l’époque, Schoolly D, résident de Philadelphie et le premier rappeur connu à avoir utilisé le mot « gangster » dans un morceau ou encore Egyptian Lover, précurseur dans la fusion électro/rap (de laquelle il partira, lui, pour les contrées synthétiques de l’électro pure et dure).

C’est justement dans ce sous-genre trés en vogue au début des années 80, issu en droite ligne de la disco la plus synthétique estampillée fin 70′s, qu’Ice-T a fait ses premières armes. Bien avant de s’épancher verbalement sur l’inégalable « Rhyme Pays », son premier LP en 1987, Ice-T enregistre une poignée de maxis entre 83 et 86 qui portent déjà la marque de ce qui fera son succés : des propos qui font office de témoignages sociaux crus servis par un flow percutant. En 1984, Ice-T sort « Killers / Body Rock » sur Electrobeat Records; une petite structure anonyme qui portait alors bien son nom.

En face A, ‘Killers’ est servi par une production électro signée Dave Storrs, symptomatique des pratiques de l’époque : une basse lourde et ces « drum kits » vintage reconnaissables entre mille. En arrière-plan un synthé laconique accompagne les anecdotes contées par Ice-T. ‘Killers’ est le témoignage de ces petits meurtres quotidiens réalisés par des monsieur et madame « tout-le-monde », ceux dont on ne parle jamais puisqu’ils vont à l’encontre des clichés habituels : le ghetto engendrerait la violence. Mais Ice-T oppose un discours tout en nuance et en ironie.

‘Killers’, c’est ce vétéran du Vietnam qui, de retour au pays, est rejeté par tous, incapable de trouver un emploi. La spirale du chômage lui fait perdre la tête pour, in fine, massacrer dix personnes à l’arme à feu depuis un toit d’immeuble avant de se faire descendre à son tour par le SWAT. Et Ice-T de conclure : « But tell me who taught him how to shoot that way ? » Une critique évidente des conséquences de la Guerre du Vietnam : l’abandon des « héros » revenus au pays, la spirale de la violence pour celui qui n’a vécu que par l’arme à feu, celui que la « société » n’est plus capable de réintégrer une fois son devoir accompli.

‘Killers’, c’est ce jeune homme devant la télé qui regarde un pub pour une académie de police et décide de s’inscrire dans la foulée. Il travaille dur, il est un étudiant exemplaire, propre sur lui, le costume impeccable; tant et si bien qu’il termine premier de sa promotion. Celui qu’Ice-T qualifie de « an expert with a rifal and also a gun » qui, trois semaines après l’obtention de son diplôme, craque nerveusement et, dans un accès de rage, tire dans le dos d’un gamin.

Plus revendicateur que simplement provocateur, Ice-T est en croisade contre ces politiciens qui manipulent la population à des fins électorales; capables de vendre leur âme contre quelques voix, pour qui la masse (les minorités des ghettos encore davantage) n’est qu’une grande marionnette qu’il convient d’agiter dans tous les sens tant elle paraît servile et au service de ceux qui se revendiquent « élus du peuple ».

En face B, ‘Body Rock’ est un hymne électro/funk emmené par un clavier à la mélodie simpliste mais accrocheuse. Affublée d’un « delay » très 80′s pour donner cette dimension spatiale au flow, ‘Body Rock’ est une « b-side » très efficace dédiée à l’idéologie hip-hop naissante qu’Ice-T décrit comme un mouvement qui prend d’assaut les villes et chaque pan de la culture (cinéma, expositions, clubs,…) et qui construit lui-même sa propre histoire. Une production réalisée conjointement par Ice-T et Dave Storrs, doublée d’une version « bonus beats » exclusivement instrumentale légèrement différent de l’originale.

Sans atteindre le niveau de ‘Killers’ et la puissance du propos d’Ice-T en face A, ‘Body Rock’ rejoint la tradition originelle d’où s’est extirpée le rap : l’univers des clubs discos, des dancefloors qu’on ne quittait que tôt le matin après avoir expérimenté les derniers pas de danse à la mode, dans le Bronx ou ailleurs. La version « dub » de ‘Killers’ en face A vient d’ailleurs corroborer cet allégeance au disco via cette pratique reprise par de nombreux DJs de disco dans les années 70 : reprendre la partie instrumentale d’un morceau pour la modifier légèrement et, souvent, l’étirer significativement pour servir la cause des dancefloors avant celle des radios (du moins dans l’idéologie disco originelle).

« Killers / Body Rock » sera suivi par une poignée de maxis jusqu’en 1987 et la « naissance » à proprement parler du « gangsta rap », sur les cendres de cet électro-rap nerveux entretenu par Ice-T et d’autres. L’excellent ’6 ‘N The Mornin’ » d’abord publié anonymement en face B d’un maxi en 86 (et repris un an plus tard sur « Rhyme Pays ») comme point de départ d’un mouvement qui va retourner la planète hip-hop et mettre le monde de la musique en ébullition.

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