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Articlé publié le 24 jan 2009 par .

Classé dans Chroniques.

Lawrence Young de Newark

Larry YoungDans le contexte extrêmement changeant du jazz des années 60, Larry Young (a.k.a. Khalid Yasin), organiste originaire de Newark, a été du voyage stylistique parcouru depuis un feeling soul-jazz alors en vogue dans les années 50 jusqu’aux confins de l’exploration modale initiée par Coltrane et Davis et au-delà lorsqu’il rejoint la brève aventure « Lifetime » aux côtés de Tony Williams et John McLaughlin au tournant de la décennie.

Véritable innovateur en matière d’orgue électrique (principalement via un Hammond B-3), Larry Young signe dès 1964 un contrat avec Blue Note; firme pour laquelle l’organiste enregistrera quelques uns de ses albums les plus mémorables parmi lesquels l’excellent « Unity » gravé en 65 en compagnie de Joe Henderson (saxo), le fidèle comparse de Coltrane chez Atlantic puis Impulse! Elvin Jones (batterie) et le jeune Woody Shaw, la vingtaine toute fraîche, qui participe là à son second album en tant que sideman après avoir déjà mis sa trompette aux services d’Eric Dolphy deux ans plus tôt pour un « Iron Man » qui marquera les esprits.

En 69, « Mother Ship » marque la fin de la collaboration entre l’organiste et la firme à la note bleue après six albums enregistrés via diverses formations. Une aubaine pour Larry Young qui va se jeter avec passion dans la dernière tendance jazz de cette fin de décennie, ce qu’on appelait alors par défaut « jazz-fusion », avec une participation à l’album de référence du moment, véritable succès artistique et commercial, ce « Bitches Brew » de Miles Davis. Les sessions d’enregistrement de l’album vont d’ailleurs le confronter à deux autres pointures pianistiques électrifiées : Chick Corea et Joe Zawinul (futur co-fondateur des excellents Weather Report).

La même année, Larry Young en profite pour rejoindre Tony Williams et John McLaughlin pour un projet novateur et avant-gardiste. En l’espace de deux albums sortis en 69 et 70, le trio « Lifetime » va explorer un pan musical encore vierge; une fusion entre jazz et heavy rock servie par la puissance de feu d’un Tony Williams déchainé et la guitare électrifiée de McLaughlin. Tous deux épaulés par l’orgue toute en rondeur et en percussion de Larry Young qui en profitera pour développer cette approche lors d’un jam en mai 69 avec Jimi Hendrix, Billy Cox et Mitch Mitchell.

Le départ de McLaughlin entraîne la séparation définitive du groupe en 1971. Mais Larry Young continuera d’évoluer aux côtés du guitariste anglais sur son premier solo « Devotion » en 72; ce dernier rejoint l’année d’après par Carlos Santana sur « Love, Devotion & Surrender ». Les deux guitaristes, alors acclamés par un succés commercial de grande ampleur, feront appel à Larry Young pour occuper la place d’organiste sur l’album et la tournée qui suivra. En 72 toujours, c’est la consécration pour Larry Young qui est reconnu comme l’un des tous meilleurs et l’un des plus inventifs organistes du monde (si ce n’est le meilleur) par la firme Hammond qui lui décerne un prix en ce sens. Une consécration qui n’évitera pas à Larry Young de petit à petit s’effacer du devant de la scène pour ne se manifester que sur des projets de plus petite ampleur jusqu’à son décés en 1978. Une frustration qui ne quittera jamais l’organiste, ne parvenant pas à accepter que des musiciens bien moins doués et dépourvus de sa vision musicale parviennent à atteindre des niveaux de vente tout à fait important.

Lawrence Of NewarkEn 1973, pourtant, Larry Young va faire parler cet indéfectible talent par l’enregistrement et la publication sur Perception Records, une petite structure indépendante, d’un album tout à fait novateur qui passera quasi inaperçu au moment de sa sortie (le label ayant fait faillite peu après). « Lawrence Of Newark » est le résultat de sessions au Blue Rock Studio, à N.Y.C., menées par une personnel élargi de jeunes musiciens aux prétentions jazz…mais aussi bien au-delà. Aux côtés des traditionnels saxophone, trompette, batterie, contrebasse et autres piano électrique, on retrouve quelques instruments plus exotiques pour le seul environnement jazz traditionnel (néanmoins fortement bousculé depuis quelques années par l’incorporation de pratiques sortant tout à fait des arcanes basiques du jazz pour aller piocher dans diverses cultures plus ou moins proches) : bongos, congas, et autres percussions sont incorporés aux compositions de Larry Young.

« Lawrence Of Newark » est la rencontre entre un jazz libéré des contraintes harmoniques et malmené par de nombreux musiciens (notamment cette scène « loft jazz » new-yorkaise des années 70), une pratique de « fusion » avec l’incorporation d’orgues et de pianos électriques, une signature rythmique plus complexe et une place plus importante laissée à l’improvisation et, in fine, l’incorporation d’un environnement « orientaliste » fortement marqué. De ce mélange complexe, en résultent cinq compositions à la tentation avant-gardiste forte, marqué par une influence importante de l’imaginaire cosmique servi comme il se doit par les sonorités étranges de l’orgue de larry Young (forcément apparenté aux voyages inter-stellaire de Sun Ra).

Sûrement l’une des plus belles réussites de Larry Young, « Lawrence Of Newark » est un album incandescent et surprenant, qui repousse les limites du free jazz pour y incorporer le résultat de ses aventures aux côtés de Miles et de Hendrix; une débauche d’énergie qui fait feu de chaque note de guitare gratté par James Blood Ulmer, des invectives assourdissantes du saxophone de Dennis Mourouse, du funk débridé de la pléthore de batteurs qui vont se succéder durant les sessions. En témoigne ce ‘Khalid Of Space (Part Two)’, une pièce étendue à 12 minutes 30, durant laquelle Young et son équipée nous entraîne dans un voyage stellaire jusqu’aux confins du Soleil, une épopée qui se termine dans cette zone électrifiée où il ne reste plus que les instruments déchainés et les cris du leader derrière son orgue; soutenant le rythme diabolique du morceau avant de s’accorder une dérive en douceur dans les méandres d’un space jazz céleste et planant.

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