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Articlé publié le 25 jan 2009 par .

Classé dans Chroniques.

Mochilla et les mixs « Feito Em Casa »

Cooking ingredientsEn espagnol, « mochilla » est l’équivalent du terme anglophone « backpackers » (a priori intraduisible en français; si ce terme ne vous est pas familier, un petit tour par ici risque de s’avérer fortement recommandé).

Fondé en 97 par les photographes Brian Cross, alias B+, et du natif de L.A. Eric Coleman (alias….Coleman), Mochilla développe diverses activités (allant de la réalisation vidéo aux documentaires, en passant par la réalisation de pochettes d’album ou l’organisation et la promotion de shows sur Los Angeles). Mais intéressons-nous de plus près au volet musical de Mochilla. Le label est fondé en 2004 pour promouvoir le projet Keepintime mais ne semble pas destiné à recevoir autre chose qu’une poignée de sorties très occasionnelles. En 2008, Mochilla est impliqué dans l’enregistrement et le pressage de Jackson Conti; projet instrumental réunissant le producteur californien Madlib et le batteur brésilien Mamao Conti pour un mélange hip-hop / jazz au feeling sud-américain affirmé. Sorti peu avant l’été, « Sujinho » est un album prometteur mais qui ne parvient jamais à agripper fermement ma curiosité tant il semble manquer d’aspérités capables de bouleverser l’écoute et transporter l’auditeur. Une demi-déception tant Madlib ne semble plus à ce qu’il fait depuis plusieurs années.

Dans le feutré, en parallèle, Mochilla monte un projet nettement plus intéressant; rassemblant le goût de B+ et Coleman pour un univers musical riche et diversifié où il apparaît essentiel d’élargir le plus possible son spectre musical. Rester cantonner dans un seul et unique univers de symboles n’est pas une option pour Mochilla. Les mixs de la série « Feito Em Casa » en sont la preuve. Traduite du portugais, « feito em casa » peut se dire « handmade » en anglais, « fait-main / artisanal » en français. Un clin d’œil à la micro-structure angelino qui va faire appel à plusieurs producteurs/DJs (proches et amis) pour réaliser huit mixs mettant en scène un large pan de la culture musicale américaine mais pas que. Une impression de foisonnement musical habilement renforcé par le caractère anonyme des tracklistings de chacun des mixs.

Si Ras G et Kutmah font une révérence franche et directe envers ce qu’ils connaissent le mieux (un monde peuplé de beats hip-hop en tous genres), Coleman et B+ s’appliquent tous deux à proposer autre chose. Quand B+ compile et mixe de la musique issue du Brésil, de la Colombie, de la Sierra Leonne ou de l’Errythrée pour proposer « Sertao Madrugada », Coleman confie son penchant pour les sonorités synthétiques disco, house et électronique pour un « Dirty Disco » habilement sous-titré « Shake Your Ass, Move Your Feet ». Une ouverture salutaire à l’heure où la sous-sous-sous-sous-segmentation des genres musicaux n’en finit plus de faire bander le journaliste à la recherche du dernier slogan stylistique qu’il pense le plus improbable.

Mais le plus petit activiste, du fin fond de sa cave aux quatre coins du monde, a déjà compris que la musique ne peut souffrir d’une réappropriation linguistique sans y perdre cette puissance instinctive qui ne fait que réclamer des mélanges de genres de plus en plus poussé. Jusqu’à en faire perdre son latin au vil flatteur pour qui réfléchir en terme de cases est le réflexe premier; avant même celui d’ouvrir les oreilles. Mochilla insiste donc et convie Madlib et DJ Nuts a creuser dans ce qu’ils connaissent comme peu d’autres : mélanger bossa nova, rock psychédélique brésilien, jazz afro-cubain pour proposer « Speto Da Rua » pour le premier, « Embalo Jovem » pour le second.

Entre autres satisfactions, prenons trois lignes pour évoquer le très bon « Cooking Ingredients » du Beat Junkie J Rocc, qui surfe sur une vague funk / soul savoureuse, riche en enseignements et ouvrant la porte du rythme noir aux néophytes du genre (comment ne pas sombrer après ça dans un attrait profond pour la collection d’obscurs 45 tours de funk aussi introuvables qu’une blague efficace dans la bouche de Bishop ?), ainsi que le très éclectique « Mu-Roc » de Shafiq Husayn; ouvert à tout ce qui s’est dit précédemment et plus encore.

Une grande initiative de Mochilla que la publication de ces mixs. Pour des têtes chercheuses issues du monde hip-hop/rap, ils sont une occasion de démontrer que les backpackers, avant d’être des défenseurs de chapelle, sont avant tout ouverts sur ce qui s’inscrit en négatif autour de soi et qui ne peut que finir par intégrer une sphère musicale que l’on voudrait peuplée de musiques aussi bigarrées que peut l’être l’espèce humaine.

Site web de Mochilla

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