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Articlé publié le 31 jan 2009 par .

Classé dans Die kosmische Dauer.

Ode à la durée #1: Fizheuer Zieheuer

Nous sommes de la génération qui n’a pas baigné dans le jazz ou dans la musique classique. L’arrière plan culturel de nos parents, de nos proches, est la pop musique. Format radio, jouissance millimétrée à 3 min comme référence ultime; le saint Graal s’est souvent incarné dans une minute Rock’n'Roll. Cela ne nous empêche pas d’apprécier d’autres choses mais nous restons largement conditionné par cet état de fait, l’affirmation du morceau roi face à l’album loser n’en étant qu’un stigmate.
Paradoxalement émergent parfois d’autres choses, d’autres territoires, d’autres désirs. J’ai pour ma part une véritable passion pour les morceaux qui s’inscrivent dans la durée, qui sont longs. Je n’entends pas par là un mix qui se transformerait de manière incessante ou un morceau album comme le Delirium Cordia de Fantômas qui malgré sa cohérence artistique évolue sur de nombreux fils. Je parle de ces morceaux qu’on peut prendre à la première minute comme à la trentième tout en sachant qu’il s’agit toujours du même morceau. Cette identité entre ces deux moments est tellement forte qu’on peut parfois se demander ce qu’il a bien pu se passer entre temps. Ce genre de morceaux, que les admirateurs qualifieront « d’épique », pourrait d’une certaine manière correspondre à de très long travelling cinématographique. C’est comme observer la scène d’ouverture de Satantango de Bela Tarr où pendant 10 minutes des vaches se déplacent dans le village, délimitant une ambiance, un espace et une idée du monde.
Alors comme pour Bela Tarr ou un Tarkovski, on adhère ou pas. Il est délicat de trouver un entre deux entre une position de fascination sans bornes et celle d’une répulsion infinie. Je suis de ceux qui sont hypnotisé par ces réalisateurs et par ces morceaux « épiques ». Certains disques ou morceaux que j’aborderait dans cette catégorie, You Doo Right, E2-E4, me font voyager très loin, dans d’autres univers, le notre n’étant plus qu’une illusion en trois dimensions. Ma seule déception étant que justement, cela ne dure pas éternellement.

Fizheuer ZieheuerPour commencer je n’ai pas voulu m’aventurer trop loin dans le passé. Un simple Ep de deux pistes suffit à incarner parfaitement mon propos. Ricardo Villabolos, Fizheuer Zieheuer. Nécessairement.
Nécessairement car ce fut l’un de mes disques préférés en 2007, nécessairement car il semblerait que Ricardo Villalobos lui-même ne sache pas très bien quoi faire de tout cela. On touche ici à l’histoire de la musique, aux limites du « minimalisme » (ou pas?) et on revient définitivement sur ce qu’est un disque.
72 min. Cela dépasse largement la plupart des albums actuels pour un simple Ep. On reste interloquer par ce format, par cette image étrange d’une tête et de son intérieure type livre de biologie d’il y a deux siècles. Alors on lance, pour voir.
Le morceau éponyme ouvre la danse pour 37 minutes. Rythme basique, répétée sans interruption avec d’innombrables détails s’articulant autour avec gravité. Sa petite particularité, qui le rend totalement envoûtant, est qu’il est composé de ce solo de trompette qui frappe et pénètre inexorablement dans la tête. Et cela revient et revient. La métallique sonique entoure, mais n’obstrue pas. C’est ce petit air qui fait la différence avec les morceaux électroniques classiques. C’est lui qui offre l’ossature et le dépaysement. Cela vient des Balkans mais on pourrait être en Amérique du sud. En tout cas, on est perché en haut d’une montagne, contemplant une forêt et observant un océan perdu dans un horizon inaccessible. Et l’univers tourne, tourne, et puis se fixe. Il se fixe sur l’autre centre nerveux de cette longue piste: l’air de fanfare. Il vient distiller la mélancolie, l’autre. Il est l’oxygène pur qui alimente le morceau, lui donne sa grâce, et le relance de temps en temps. Il est ce tour de clef du Dieu newtonien qui remet l’horloge cosmique à l’heure. Après le rythme électronique reprend son droit, entre montée et répercussion, entre tempos qui flirtent avec le dub et delays en promenade. La trompette continue de circuler, de se maintenir plus ou moins présente dans ce flot ininterrompu. Ainsi se déroule les 37 minute ou une éternité. Au choix. Comme le dit Philip Sherburne pour Pitchfork, cela pourrait durer 18 minutes, 10 minutes, que ce serait tout de même un grand morceau.
Je ne peux pas l’imaginer à moins d’une demi-heure, car pour le comprendre, pour en jouir réellement et pour voyager avec, il faut l’éprouver. L’éprouver n’est possible que dans le temps, que dans un temps. Mettez le dans le métro, dans le train, dans la voiture. Fermez les yeux (sauf dans la voiture…) et laissez vous bercer. Vous n’en reviendrez pas.

L’autre morceau, Fizbeast, est son pendant. Il le prolonge dans la même obsession mais sans les touches « exotiques ». C’est une « minimale » techno (Mon comparse va me tuer pour utiliser ce terme à tout va, d’où les guillemets) dans toute sa splendeur qui s’étend sur 35 minutes. Si quelque part l’intention est la même, le morceau est à sa manière brillant, il ne dispose pas de la même intensité et de la même dimension que son prédécesseur. Cela se joue à quelques détails mais Fizheuer Zieheuer est tellement grand qu’il rend son double purement électronique…un peu superflu. Il permet cependant de se remettre du voyage, de redescendre en douceur bercé par un kick subversif et une atmosphère épurée.

Un disque imprévu probablement, d’autant plus à savourer.

Au passage, la meilleure chronique dessus avec quelques indications « historiques » intéressantes. Celle de Maxence Grugier.

3 commentaires

  1. grossebourse
    7 décembre 2009

    Bonjour,
    je tombe par hasard sur ton blog (comme pratiquement avec tous les blogs en faite).
    J’ai lu ton article sympatique et je me demandais pourquoi est-ce que le nom de Pink Floyd n’était pas mentionné ?
    Pink floyd, méfie toi, sa popularité étonnante ne témoigne en rien du coté « commerciale » que l’on pourrait imaginer. Des morceaux qui s’inscrivent largement dans le temps, 13, 15, 18, 22 minutes, il y a tout un tas de bijoux inestimables.
    C’est obligatoirement à écouter avant de crever :D

    Ensuite, je citerai seulement un autre groupe. Marillion avec la chanson « grendel » de 17 minutes. Du rock progressif…tu veux voyager?
    Ecoute donc cette chanson et surtout, n’importe quelles chansons longues durées de P.F. !

  2. Digital Mojo
    9 décembre 2009

    Quel intérêt d’aborder les Pink Floyd en 2009? Tu peux en bouffer à toutes les sauces à longueur d’année: amis, connaissances, soirées, pubs, radios, bouquins, expos et tout ce que tu veux. C’est entré dans la « culture mondiale » si je puis dire. Zéro intérêt pour un petit site comme le notre qui veut apporter un éclairage sur autre chose. D’autant que 99,9% des gens qui viennent ici, je pense, ont une connaissance au moins minimale de la disco d’un groupe qui a profondément influencé pas mal de gamins à l’époque, devenus par la suite musiciens à leur tour. Donc bon (ceci étant, je suis loin d’être super fan du style pompeux et hollywoodien des 3/4 de leurs albums).

    Merci d’être passé par ici en tout cas.

  3. Bishop
    9 décembre 2009

    Bonjour « grossebourse ». Désolé de répondre tardivement, mais un peu de mal ces derniers temps. Digital a pas mal résumé mon opinion. Il n’y a pas grand chose que je pourrais dire d’intéressant sur Pink Floyd, d’autant que d’une certaine manière pour le moment je me suis limité à des morceaux « chimiquement purs » pour la durée cosmique. Des morceaux très longs et très homogènes, ce qui n’est pas souvent le cas chez les Floyd.

    De plus je dois avouer que je n’en écoute plus souvent, j’ai eu une grande grande période mais elle semble terminée, je trouve parfois cela bien trop pompeux.

    Par contre je ne connais pas grendel, je m’en vais corriger cela, merci du conseil.

    (Et je trouve intéressant la « Conscience pas calmée », surtout le choix des photos).

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