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Articlé publié le 19 fév 2009 par .

Classé dans Chroniques.

Monoton, « Monotonprodukt07″

Monotonprodukt07En attendant que l’ami Bishop ait fini de batailler avec son matériel informatique, je me porte garant de la bonne tenue de cet endroit pour quelques temps encore. Du coup, j’en profite pour empiéter un peu sur les plates-bandes de mon comparse et ainsi évoquer le cas du projet autrichien dénommé « Monoton ».

A l’instar d’une large partie des musiques électroniques des années 70, Monoton est un concept musical créé par Konrad Becker issu du milieu de la recherche scientifique. Affilié au projet « Institut für wissenschaftliche Sensation » (« Institut des Sensations Scientifiques »; dit comme ça on visualise vaguement un film érotique quand même…), Monoton est le résultat de la construction de modèles mathématiques s’intéressant davantage à l’analyse des fonctions du son, l’expérimentation électro-acoustique, les fréquences plutôt qu’à la composition musicale ordinaire à proprement parler. Konrad Becker mit ainsi au point une série de « logiciels » et de processus électroniques capables de générer une batterie d’effets électro-acoustiques explorant l’univers des fréquences sonores.

De cette recherche du son en tant que domaine d’exploration scientifique, le projet Monoton va voir le jour en 1980. A cette époque, Konrad Becker envisage Monoton comme un concept plus vaste qu’une simple recherche sonore; alliant à la fois performance scéniques travaillées, mis au point d’environnements conceptuels et performances littéralement multimédias (la grande mode de l’époque). Mais ici c’est l’aspect musical qui retiendra notre attention. Principalement avec l’enregistrement et la publication en 1982 du deuxième LP de Monoton, froidement dénommé « Monotonprodukt 07″. Un exemplaire parmi d’autres d’expériences scientifiques menées par un laborantin autrichien défricheur de sons.

Sur « Monotonprodukt 07″, Konrad Becker a rassemblé 16 morceaux issus des recherches qu’il mène sur la structure du son, la manière de la manipuler pour arriver à déborder du cadre de la composition classique. Accueilli par les 9 minutes de ‘Tanzen & Singen’ (‘Danser Et Chanter’, inévitablement l’opposé total de ce que l’auditeur lambda sera amené à faire à l’écoute des morceaux de l’album) où se mêlent synthés hypnotiques, delay et reverb, et cette voix entre l’humain et l’ectoplasme répétant sans cesse la même formule à la limite de l’imploration si elle ne portait pas en elle cet aspect froid et monolithique, inflexible et robotique; peu à peu noyée au milieu de cette ambiance oppressante.

Aux frontières du déploiement de drones et de phrases musicales répétées en boucle, la musique de Monoton n’est pas sans rappeler le déploiement de la musique minimale sous une forme certes plus moderne que les premières recherches de Cornelius Cardew une dizaine d’années auparavant. Éloigné des terrains pratiqués par Steve Reich ou La Monte Young, Monoton n’en reste pas moins tributaire des élucubrations sonores des quelques figures de référence du mouvement. Tout en s’inscrivant dans une espèce de post-sérialisme qui aurait à voir avec les multiples courants minimalistes actuels (et pèsera de tout son poids dans la scène électronique autrichienne dès les années 80). Une étrange modernité qui, sans atteindre l’impact d’un « Glassworks » de Philip Glass sorti la même année sur la culture populaire, fait écho à une multitude de compositeurs actuels.

En ce sens, « Monotonprodukt 07″ demeure étrangement d’actualité; accréditant un peu plus la thèse d’une musique des années 2000 fermement accrochée par endroits à une certaine nostalgie. Incapable de dépasser le siècle qu’elle vient pourtant de franchir il y a une dizaine d’années. Effrayée de se projeter dans le futur. Pas étonnant que le magazine The Wire ait intégré cet album à la liste des 100 enregistrements les plus importants du XXième siècle.
En 1989, Konrad Becker sortira un ultime album explorant la veine minimaliste à l’instar des premiers opus. Intitulé « Monotonprodukt MCMLXXXIX », l’album complète de manière tout à fait satisfaisante les recherches effectuées depuis le début de la décennie. A l’aube de la décennie 90, Konrad Becker mettra un peu de côté la musique minimaliste telle que présentée sur ses trois premiers albums pour faire évoluer son style vers l’exploitation de smouvements techno et house naissants.

A la frontière d’une multitude d’univers allant de la danse contemporaine à l’art le plus actuel qui soit, Konrad Becker explorera une large variété de styles musicaux. Depuis la froideur des expérimentations scientifiques jusque dans les raves, ses compositions extatiques et hypnotiques ne cesseront d’évoluer pour tendre vers un renouvellement constant de ses ambitions d’artiste protéiforme.

En guise d’hommage à cet album prétendu incontournable pour tout amoureux du post-sérialisme du début des 80, le label indépendant ORAL Records basé à Montréal s’est lancé depuis 2003 dans la réédition des deux premiers albums de Monoton : « Monotonprodukt 02″ daté de 1980 et augmenté pour l’occasion de 3 morceaux non-présents sur l’édition originale, et bien entendu « Monotonprodukt 07″ remasterisé pour l’occasion. Une réédition de qualité qui méritait le travail accompli. Mais pourquoi diable avoir traduit en anglais chacun des noms des morceaux de l’album ?!
En 2008, ORAL continue sur sa lancée avec la publication de « Eight Lost Tracks », un CD regroupant 6 morceaux inédits pas franchement indispensables pour celui qui sera déjà averti des tractations électroniques des deux premiers albums publiés par Konrad Becker.

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