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Articlé publié le 22 fév 2009 par .

Classé dans Chroniques.

Richard Maxfield, « Electronic Music »

Richard MaxfieldPeut-on faire plus anonyme comme titre ? Un ordinaire « Electronic Music » sorti en 1969 par Richard Maxfield; obscur compositeur originaire de Seattle. Pourtant, les travaux électroniques menés par Richard Maxfield entre 1959 et 1964 (5 ans durant lesquels Maxfield composera la majeure partie des œuvres qui lui sont connues) demeurent parmi les quelques tentations proto-électroniques marquantes du début des années 60.

Ma première « rencontre » avec Maxfield, je la dois à l’une de ces compilations-hommage aux pionniers des collages de bandes, des recherches électroniques, de la musique concrète et plus généralement expérimentale (une mode de l’hommage à ces compositeurs qui va se répandre davantage dans le courant des années 2000 via, entre autres, la série des « Anthology Of Noise & Electronic Music » de Sub Rosa).

Au tournant du siècle, le label Ellipsis Arts publie « OHM : The Early Gurus Of Electronic Music », trois CDs regroupant une quarantaine de compositions et de compositeurs ayant œuvré pour l’extension du domaine sonore à de nouvelles dimensions permise par l’apparition petit à petit de l’électronique dans les processus d’enregistrements et de compositions. A côté des pontes du genre (les Cage, Xenakis, Young, Varèse, Reich et autres Ferrari), des compositeurs plus discrets, voire carrément inconnus tant il ne reste que très peu de leurs travaux. Cette compilation constitue, de manière générale, mon premier pas dans le vaste monde des musiques dites expérimentales. Des compositions étranges, déconnectées des symboles véhiculés par l’espace musical moderne, enregistrées par des esprits que je trouvais alors dérangés : s’enfoncer de cette sorte dans l’exploration du vaste champ sonore… Quel choc lorsqu’à 16 ans on conçoit difficilement une vie musicale en-dehors du format pop standard.

Parmi les musiciens retenus sur cette compilation, Richard Maxfield présente son ‘Sine Music’, la plus ancienne composition de Maxfield connue à ce jour, enregistrée un jour de 1959. De manière tout à fait pragmatique, le morceau est un assemblage d’onomatopées électroniques mises bout à bout sur une durée de six minutes et générées par quelque ancêtre des synthés modernes. Un exercice incompréhensible si l’on ne prend connaissance du sous-titre du morceau : à travers cette composition, Maxfield offre à entendre un regroupement de papillons virevoltant au-dessus de l’océan. Maxfield capture une poignée de minutes de cet échange de vols à la fois désordonnés et gracieux, d’ailes numériques battant un rythme irrégulier et surprenant. Il y a 50 ans, quel choc sûrement pour les contemporains : imaginer un tel espace d’expression en prenant en considération les possibilités offertes par ce nouveau matériel électronique.

Résident de New-York dès 1958, Maxfield va faire la rencontre de nombreux compositeurs versés dans des pratiques voisines des siennes. Parmi eux, Maxfield rencontre La Monte Young durant l’été 59. Le jeune compositeur fraîchement diplômé de l’université de Berkeley, se rend dès 1960 à N.Y.C. pour étudier la musique électronique et les techniques de collages de bandes avec Maxfield. Ce dernier devient le mentor de Young et le prend comme assistant et l’une des principaux performers pour certaines de ses compositions. Young restera deux ans à étudier avec Maxfield et présentera la méthode de compositions de son mentor en ces termes :

« La plupart des compositions pour bandes de Maxfield furent créées grâce à la manipulation de sources sonores plus ou moins longues. Il coupe une longueur de bande qui contient les sons qu’il cherche pour les mettre dans de grands récipients en verre. Puis il pioche au-hasard des bouts de bandes dans le récipient pour ensuite les coller les uns à la suite des autres avant de rajouteur des morceaux de bandes vierges entre chacun de ces sons pré-enregistrés et découpés. Ce qui était interessant c’est que malgré le fait qu’il s’agisse là d’une approche théorique aléatoire comme celles utilisées par John Cage, Maxfield se réservait le droit de jeter les sons qu’il n’aimait pas pour continuer à piocher des nouveaux sons jusqu’à ce qu’il tombe sur une pièce qui l’inspire. Parfois, ces bobines de sons et de silence collées ensemble, appelées « inter-masters », étaient jouées simultanément sur des appareils de lectures séparés durant les concert ou encore mixées ensemble afin de former un nouveau master stereo ou mono. Ces compositions étaient extrêmement bien réalisées, véhiculant un humour assez désabusé et dotées d’une sophistication inhabituelle pour l’époque. »

(traduction réalisée par votre serviteur à partir de propos attribués à La Monte Young)

Fréquentant la scène des lofts new-yorkais durant la fin des 50′s et le début des 60′s, Maxfield se retrouve au studio de Yoko Ono en 1960 et 1961 pour des sessions de concerts organisés par La Monte Young. Durant cette pèriode, Maxfield éprouvera son mélange de musique concrète et d’expérimentations électroniques aux côtés de Terry Riley, Terry Jennings ou encore le pianiste et compositeur d’avant-garde David Tudor. C’est d’ailleurs un morceau en hommage à ce dernier que l’on retrouve sur « Electronic Music » publié en 1969 par Advance Recordings. L’album sera réédité par New World Records 30 ans plus tard sous le nom de « The Oak Of The Golden Dreams » : on y retrouve les 4 morceaux de « Electronic Music » complétés par deux morceaux d’Harold Budd qui forment un album lui aussi publié auparavant par Advance Recordings.

Sur ce ‘Piano Concert For David Tudor’ composé en 1961, Maxfield donne à entendre tout autre chose que l’expression pure et simple d’un piano durant les 12 minutes 30 du morceau. A l’image de la méthode décrite ci-dessus par La Monte Young, Maxfield laisse libre crous à une large improvisation et réunit un ensemble de sons étranges et déformés, de percussions angoissantes, de vagues bouts de pianos déchainés, le tout bordé ici et là par un ensemble de silences comme pour reposer ou peut-être dérouter l’auditeur. Ces grincements forment un espace angoissant qui semble se refermer petit à petit sur lui-même, jusqu’à ce souffle continu inquiétant, des grincements de charnières, ce métal que l’on frotte, un moteur qui démarre et un martèlement incompréhensible.

En 1967, Maxfield décide d’abandonner son travail sur bandes et le matèriel qu’il utilisait alors. Il confie le tout à Walter De Maria, musicien, artiste de théâtre et ami proche de La Monte Young, qui aura collaboré avec le Velvet Underground dès 1963 alors qu’ils n’étaient encore qu’un jeune groupe inconnu. Dès 67, Maxfield déménage à San Francisco, où il donnera des cours au S.F. State College, puis il migre à nouveau vers Los Angeles en 68. Un an après, Richard Maxfield se donnera la mort.

En tout et pour tout, la « carrière » de Richard Maxfield s’étend sur 5 ou 6 ans, tout au plus. Durant cette période, pourtant, on dit qu’il aurait enregistré une centaine de pièces diverses et variées dont seules 6 auraient étét conservées. De Maria conservera le travail et l’équipement de Maxfield jusqu’en 75 puis, passant par la Dia Art Foundation (qui rendra hommage à Maxfield lors de plusieurs concerts), le tout finira entre les mains de la MELA Foundation (fondée par La Monte Young et d’autres proches) dès 1985. Cette dernière conserve encore aujourd’hui tout ce qui a jadis appartenu à Richard Maxfield.

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