J’étais tombé sur ce film par un pur hasard, et donc sans a priori, et ma surprise fut aussi grande que bonne. La scène d’ouverture est extraordinaire, entre un kitch bien senti et la folle sensualité de Jane Fonda. Elle reste pourtant assez simple et sans prouesses de mise en scène, Barbarella est en apesanteur dans son vaisseau spatial et elle retire doucement sa combinaison pour finir complètement nue. Cependant elle intrigue et elle donne envie de voir le reste du film. D’autant qu’il n’y a pas que Jane Fonda, il y a aussi le surprenant décors composé d’une moquette épaisse et d’une sculpture classique… On est dans le domaine d’un n’importe quoi assumé et séducteur. Cette scène fait office de programme, le film est fantaisiste, drôle et il repose sur le charme de son personnage principal. Possédant une plastique parfaite, Barbarella est un cliché de la femme à la fois un peu naïve voire stupide mais libre et courageuse. Dans ce monde où faire l’amour est un acte qui peut être différent de ce qu’on connait (avec pilules et échanges de sentiments) Barbarella a aussi la force ou l’inconscience de maîtriser sa sexualité. Faire l’amour est un acte normal, presque anodin pour elle, dans lequel elle n’en ressort pas dominée. Elle ne cherche d’ailleurs pas à être soumise ou à dominer, mais par l’attrait qu’elle exerce à son insu sur les autres elle dispose souvent d’un ascendant. Si Jane Fonda, féministe assumée, regrette que cette adaptation ait donnée une Barbarella un peu trop passive et attentiste, on ne boude pas notre plaisir de la regarder…
Au-delà du thème de science-fiction psychédélique, au-delà de ce corps superbe qui se dévoile sans retenu dans la première scène, ce film repose au moins autant sur sa musique. La bande son est magique et nous rappelle que le film nous provient tout droit des années 60. Parfois funk, parfois presque psyché, les morceaux illustrent à merveille les scènes (On pense au Love Love Love Drags Me Down alors que Barbarella fait l’amour « à l’ancienne » avec un chasseur). Des morceaux « d’aventure » comme Flight in Flight, Ski Ride, The Sex Machine, un morceau baroque puis cool (Pygar Finds Barbarella) et d’autres avec un groove dévastateur (The Black Queen’s Beads ou le morceau éponyme Barbarella) nous offrent une bande son parfaite qui accompagne le film tout en confortant sa dimension épique et comique.
Même si dans la version du disque dont je dispose (la version cd) on trouve quelques très bonnes relectures jazzy par The Young Lovers, mention spéciale à l’endiablant Dead Duck, l’intégralité de la bande son est à mettre au crédit de Bob Crewe et Charles Fox. Le premier a fait de nombreuses musiques pour la télévision et quelques films, le second se montre plus polyvalent, de la sculpture à la musique. Bien qu’il ne soit pas « crédité » il faut ajouter la présence du français Michel Magne à la direction musicale car compte tenu des nombreuses musiques de film qu’il a dirigé il ne qu’avoir influencer ce projet.
Cette musique groovy et légère fonctionne donc à merveille et propose une diversité intéressante puisqu’on flirte avec de nombreuses dimensions, jusqu’à un son blues dans Smoke (Viper Vapor). Il faut probablement avoir vu le film pour en profiter pleinement mais ce serait dommage de passer à côté de cette heure de réjouissances sonores.
La relation entre Barbarella et la musique ne s’arrête pas là, au contraire. Le méchant de l’histoire avec sa machine qui tue par orgasmes et qui dispose d’un canon à rayons projetant dans une autre dimension se prénomme…Durand Durand. Ce personnage cliché et pop (presque un archétype du méchant loser français un peu barré…) aurait donc inspiré le groupe britannique Duran Duran. Il faut dire que leurs thèmes se rejoignent…
Un autre nom qui m’a fait tiqué, et à raison puisque j’ai vérifié depuis, fut Matmos. Dans le film, le matmos est une sorte de matière liquide formant un lac qui se trouve sous la ville de Sogo (nom provenant de Sodome & Gomorrhe) et qui lui fournit son énergie en échange de sacrifices. Cette énergie est une sorte de condensée du mal, elle rend les gens diaboliques. Elle est aussi changeante, imprévisible, et destructrice.
Une énergie qui ne cesse de se transformer et d’influer. Cela semble parfaitement coller au x objectifs musicaux du groupe Matmos qui s’est donc inspiré du film pour choisir son nom. Je disais dans ma comparaison entre A Chance to Cure is a Chance to Cure et Delìrium Còrdia que chez ce duo il n’y avait pas véritablement un attrait, pas plus qu’une idée, du mal. Il semblerait qu’il faut réviser cet opinion à l’aune de cette inspiration. Enfin connaissant leur humour cette référence est finalement guère surprenante.
Pour conclure Barbarella se classe comme un film indispensable que ce soit pour sa liberté de ton et son esthétisme divinement kitch ou pour sa musique et son influence dans cet univers. La possibilité que Robert Rodriguez en face un remake sous les auspices du même producteur que pour l’original (Dino de Laurentiis) est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne c’est qu’il va le remettre ce film sur le devant de la scène mais la mauvaise c’est que Rodriguez reste un tâcheron qui manque de simplicité dans son goût du nanard. Si certains l’adorent je n’en fais malheureusement pas partie. J’ai du mal à être « gaga » devant l’insipide Planète Terreur ou Sin City. Si le réalisateur de Faculty n’est pas dénoué d’un certain savoir faire, l’influence pop tape à l’œil et nostalgique de Tarentino ne lui réussit guère et il en fait généralement trop pour que cela soit convaincant. On ira quand même voir si la bande son perpétue la tradition…
En bonus, une présentation du film:
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