Cela tient peut-être au rêve. Il suffit que ce disque commence et nous voilà songeur. On oublie une journée de banalités et de tracas pour redécouvrir la légèreté. On a envie de marcher sur des plumes en les effleurant, de se baigner dans un lac au petit matin. On souhaite prendre l’avion de Saint-Exupéry et de se cracher dans une ville inconnue, fantaisiste et improbable, pour y rencontrer des illusions trépidantes.
Écouter ce genre de disque relève aussi d’une attitude de fainéant. On connaît les chemins qu’ils empruntent, il ne nous surprennent plus, il sont comme un foyer dans lequel on reviendrait sans cesse. Ils ne réclament alors aucuns efforts, ils se posent là comme un havre de paix, un lieu de repos fréquentable même quand on aurait l’énergie d’aller ailleurs.
Cela tombe bien, dans ma vie on m’a souvent accusé d’être inactif et d’être un rêveur, c’est-à-dire d’être encore un adolescent inapte à bâtir une vie professionnelle (ce qui est souvent vrai), alors je suis tombé dans ce morceau et dans son disque comme on tombe dans une abime.
Cette année là j’ai écouté des centaines de disques, mais lui a eu la malice de se glisser dans la chaine hifi. Il a eu la bonne idée de s’accompagner du You Are Free de Cat Power pour l’ajouter à ses propres tourbillons. Pendant des mois et des mois quand j’allais me coucher je ne posais plus de questions. J’appuyais sur « Play » et j’attendais que la torpeur m’emporte en me laissant bercer par ces brides de Jazz et cette voix vaporeuse.
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