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Articlé publié le 20 avr 2009 par .

Classé dans Quizz, Bazar.

Interlude: Sécheresse

Depuis hier, j’ai le gosier sec et malgré quelques vents du nord j’ai l’impression que tout est figé dans la lumière solaire d’un Apollon horriblement réel. Dans la nuit je me suis promené pour que la torpeur m’emporte et que je puisse dormir. Je suis passé dans des rues que je ne connaissais pas, j’ai surplombé un vélodrome et une piscine dans une immense esplanade vide. J’étais seul avec les fantômes de la journée et leurs échos. Je contemplais les trains anonymes qui s’affairaient à transporter d’innocents inconnus d’un univers à un autre. J’ai coupé la musique incessante de mon lecteur mp3. De Godspeed You! Black Emperor à Brel en passant par Steve Reich ou Joy Division, ce n’était pas le moment. Je voulais entendre ce vide dans le fond de la nuit, cette sécheresse glaciale qui étreignait l’univers. J’étais heureux qu’il fasse nuit, heureux que Berlin me permette de voir quelques étoiles, car l’obscurité masque ce qui est. Elle insinue le trouble, le doute et le mystère. Dans le noir l’autre peut surgir.
A force d’errer, je me suis retrouvé dans un parc. Quelques petits frissons d’angoisse m’ont frôlé la peau, je dois le reconnaître, car le fait d’être seul dans ce lieu non éclairé n’est jamais rassurant. Il n’y avait pourtant personne, personne pour troubler mes songeries, personne pour me faire revenir à une réalité aussi froide qu’une lame couteau. Je pouvais dès lors contempler cette verdure perdue dans le béton berlinois.

Les voitures transperçaient le paysage. J’écoutais les bruits, les bruissements, je cherchais quelque chose, un quelque chose que je ne pourrais définir. Je savourais les ombres des arbres, le repos du sombre, mes yeux drogués à l’ordinateur en profitaient pour se détendre. J’avais envie de déserter, de foutre le camp le plus vite possible. J’étais tenté de me déshabiller et de me recroqueviller jusqu’à que je me fonde dans le monde. Ne pouvant satisfaire cette pulsion, il me restait plus qu’à marcher encore et encore.
J’ai croisé une jeune femme dans un passage étroit au bord d’un stade. On se rapprochait l’un de l’autre en face à face, c’était étrange, d’autant qu’elle courrait. Elle a cessé un peu après m’avoir dépassé, peut-être lui ai-je fais peur, cette soudaine tension était comique, elle relativisait l’instant. Je me suis allongé dans mon lit, j’ai laissé murmurer la profondeur de Gavin Bryars et je me suis effondré dans un souffle.

Le jour est venu, le soleil a réimprimé sa marque, sa vérité lumineuse et destructrice. Rien n’avait changé, la sécheresse était toujours là et Ballard était mort. Je l’ai dis et redis, je ne fais pas ici de chroniques nécrologiques, vous ne lirez donc pas sa biographie et je ne vous parlerez pas de ses écrits ou de quoi que ce soit sur lui. Il faut de plus le reconnaître, cela ne me touche pas individuellement, je ne le connaissais pas même si je sens l’absence des livres qu’il aurait pu écrire. A ce propos c’est dommage que fluctuat n’ait pas suivit le beau texte de Myosotis en se sentant obligé d’écrire les mêmes banalités qu’à tous décès.

Alors le cortège à commencer, on va maintenant accorder des violons pour parler de Ballard, le « redécouvrir » et l’encenser. Quand je pense que je lisais il y a peu un petit péteux sur un forum qui affirmait sans arguments que Crash était surévalué (les joies de la liberté d’expression)… C’est probablement le même qui dans peu de temps nous parlera de cet « incroyable » auteur.

Le ciel est bleu maintenant, on s’occupe comme toujours et le dernier siècle ne cesse de prendre ses distances avec nous. Un vieil homme malade à quant à lui prit les commandes de son dernier avion vers des contrées peuplées d’angoisses féériques et quotidiennes. Au revoir.

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