Les voitures transperçaient le paysage. J’écoutais les bruits, les bruissements, je cherchais quelque chose, un quelque chose que je ne pourrais définir. Je savourais les ombres des arbres, le repos du sombre, mes yeux drogués à l’ordinateur en profitaient pour se détendre. J’avais envie de déserter, de foutre le camp le plus vite possible. J’étais tenté de me déshabiller et de me recroqueviller jusqu’à que je me fonde dans le monde. Ne pouvant satisfaire cette pulsion, il me restait plus qu’à marcher encore et encore.
J’ai croisé une jeune femme dans un passage étroit au bord d’un stade. On se rapprochait l’un de l’autre en face à face, c’était étrange, d’autant qu’elle courrait. Elle a cessé un peu après m’avoir dépassé, peut-être lui ai-je fais peur, cette soudaine tension était comique, elle relativisait l’instant. Je me suis allongé dans mon lit, j’ai laissé murmurer la profondeur de Gavin Bryars et je me suis effondré dans un souffle.
Le jour est venu, le soleil a réimprimé sa marque, sa vérité lumineuse et destructrice. Rien n’avait changé, la sécheresse était toujours là et Ballard était mort. Je l’ai dis et redis, je ne fais pas ici de chroniques nécrologiques, vous ne lirez donc pas sa biographie et je ne vous parlerez pas de ses écrits ou de quoi que ce soit sur lui. Il faut de plus le reconnaître, cela ne me touche pas individuellement, je ne le connaissais pas même si je sens l’absence des livres qu’il aurait pu écrire. A ce propos c’est dommage que fluctuat n’ait pas suivit le beau texte de Myosotis en se sentant obligé d’écrire les mêmes banalités qu’à tous décès.
Alors le cortège à commencer, on va maintenant accorder des violons pour parler de Ballard, le « redécouvrir » et l’encenser. Quand je pense que je lisais il y a peu un petit péteux sur un forum qui affirmait sans arguments que Crash était surévalué (les joies de la liberté d’expression)… C’est probablement le même qui dans peu de temps nous parlera de cet « incroyable » auteur.
Le ciel est bleu maintenant, on s’occupe comme toujours et le dernier siècle ne cesse de prendre ses distances avec nous. Un vieil homme malade à quant à lui prit les commandes de son dernier avion vers des contrées peuplées d’angoisses féériques et quotidiennes. Au revoir.
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