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Articlé publié le 30 avr 2009 par .

Classé dans Réflexions.

Hadopi: les internautes sont nuls en politique

De retour de mes « vacances », me revoilà sur le blog. Je tombe à point car le disque dur de Digital a cramé, il lui faudra quelques jours pour s’en remettre. J’étais en France le week-end dernier, comme je le disais dans la précédente notule j’ai participé à la « manifestation » du samedi contre la loi Hadopi. Je sentais venir qu’elle serait un peu raté mais c’était quand même un peu consternant. Alors avant de revenir à des notules moins politiques (j’en ferai peut-être une ou deux encore sur Hadopi) je vous propose un petit retour sur cet « événement ».
Tout d’abord, on ne va pas repartir dessus, il y a Hadopi. Hadopi, la loi stupide qui a le mérite de liguer en théorie tout le monde de l’extrème gauche à l’extrème droite contre elle. Il suffit de connaître un minimum internet et le fonctionnement de l’état pour savoir que cette loi est stupide, arriérée, et inapplicable. Si elle sera votée dans les jours qui viennent, c’est uniquement pour que l’UMP ne perde pas la face et que notre président puisse affirmer qu’il progresse dans ses « dossiers ». Avec l’erreur monumentale du 9 avril, cette affaire a prit l’ampleur qu’elle méritait, en s’attirant les regards de toute la France et plus encore. La « résistance » s’était déjà organisée depuis un moment sur internet, la Quadrature du net, le réseau des pirates, pc-impact, le tout relayé par beaucoup de médias enclins à s’affirmer contre Hadopi, Libération avec le blog écrans ou Rue 89. L’opportunité était belle pour faire un grand mouvement gauche/droite confondue pour mettre à bas cette absurdité et réfléchir avec de meilleures bases sur l’avenir que nous ouvre les nouvelles technologies. Dans la foulée du 9 avril surgit des limbes d’internet le site manifestation contre Hadopi qui organisa le mouvement du 25 avril.

BrardHadopimoiLe 25 avril à 13h, il pluviottait un peu, j’avais prévu un t-shirt avec un logo Home Taping is Killing Music pour signaler la redondance du discours de l’industrie du disque. Une veste et des lunettes de soleil, il fallait assurer le spectacle car je me doutais qu’il y aurait de nombreux journalistes pour un nombre modeste de manifestants. La manifestation était en fait un sitting aux abords de l’Assemblée Nationale. Je suis arrivé sur place, et j’ai vite déchanté, malgré l’humour et le sourire de rigueur. 300, 400 personnes tout au plus, 600 au maximum si on compte que tout le monde n’était pas là au même moment entre 13h…et 15h. Sans la présence de quelques politiques, Martine Billard, Jean-Pierre Brard que j’ai retrouvé avec plaisir et Nicolas-Dupond Aignand, le tout aurait tourné vite à la farce. Heureusement il y avait quelques journalistes, France Info et France Cuture était là, ainsi que France 24 et BFM TV. Les gens présents étaient de bonne humeur, c’était comme une chouette réunion de geeks avec quelques t-shirts et quelques slogans qui valaient le détour (j’ai même vu quelqu’un aborrer un T-Shirt Mininova…). Cependant, 300-400, c’est triste pour une cause « commune ». Je pense que le site qui organisait cela espérait 2000 personnes voir plus rien qu’à Paris, il avait d’ailleurs 1600 inscrits pour la capitale. Si on faisait la même manifestation en Suède, pays de Pirate Bay, on y verrait probablement plus de monde, alors que le pays ne compte que 10 millions d’habitants.

A croire qu’au fond tout le monde s’en tape en France. C’est une explication possible, sachant qu’internet reste l’univers de l’individualisme et d’un certain art pour ne pas décrocher de son écran. Cela n’explique pourtant pas tout, ce qu’il faut surtout y voir c’est l’incapacité des internautes français de réfléchir de manière cohérente et coordonnée contre cette loi. Le site manifestation contre hadopi est l’un des sites les moins pratiques que j’ai vu. Impossible de s’inscrire à un événément sans s’inscrire au site, le tout est fouilli, mal organisé, bancal. Je n’ai jamais réussi à changer le mot de passe de mon compte et je tombais régulièrement sur des pages avec un joli « vous n’avez pas accès à cette page ». Alors c’est probablement pas insurmontable, je l’ai fait, mais cela reste un bel handicap pour toucher un maximum de gens.

Sur l’aspect militant ce site ne dispose pas de logo fort, pas de slogans efficaces. Le site voulait se penser comme une grosse concertation démocratique, là où il aurait fallu un petit noyau dur qui lançait des directives claires. Le changement de lieu pour la manifestation sur Paris, ainsi que le fait de rester à un endroit sans bouger ont soulignés les problèmes d’organisation. Le manque de retours et de lisibilité ont finis de tuer un peu ce projet… On ne peut néanmoins pas critiquer les gens qui ont lancés ce site, à vrai dire s’il a existé c’est aussi car les autres acteurs qui se sont levés contre Hadopi n’avaient rien proposés de mieux.

Observons par exemple le site la Quadrature du Net. Ses responsables étaient présents le samedi et ils ont milités pour une jonction avec le site Manifestation contre Hadopi en considérant, à juste titre, qu’il était stupide de se diviser. Le seul problème c’est qu’ils n’ont offert aucun cadre pour s’organiser efficacement contre Hadopi. Ce site est très pratique mais ce n’est qu’un site d’informations. S’il a rempli un vide que les journaux et radios trop frilleux n’ont jamais occupés, il n’a rien proposé de solide pour agir. Leur seul méthode fut d’appeler à un « Black-out » du net sans consignes ni autres volontés que de sensibiliser et de se faire voir. Au bout d’un moment il faut comprendre que communiquer en politique c’est essentielle mais cela ne fait pas tout. Ce n’est pas parce que l’on a raison, que l’on défend une cause « juste » ou que l’on démolit tous les arguments de l’adversaire que celui-ci va réaliser son erreur et revenir en arrière. En politique ce serait même le contraire. Un bon politicien dans le sens le plus sordide du terme c’est celui qui assume tous ses propos et qui va jusqu’au bout de ses raisonnements. Mieux vaut une mauvaise loi qu’un volte-face ou que reconnaître une erreur. Hadopi va nous le prouver une nouvelle fois.

Faire du lobbing auprès des députés était une bonne idée, mais probablement trop tardive, et pas suffisante, surtout organisée de la sorte c’est-à-dire selon le bon vouloir de chacun. Il suffit de regarder les débats à l’Assemblée, pour réaliser que de nombreux députés agissent comme de bons petits soldats, Philippe Gosselin en tête, sans avoir la moindre idée sur la question et s’en moquant éperdument.

Le constat peut être identique avec le Réseau des Pirates. Le site est mieux structuré que manifestation contre Hadopi et ils proposent un Pacte pour les libertés Numériques qui est plutôt bon, mais hormis signer ce pacte c’est-à-dire une pétition, rien de neuf sous le soleil. De plus, si au début ils employaient le terme « pirate » avec ironie et distance, cela implique tout de même un soupçon de culpabilité qui empêche de nombreuses personnes de s’inscrire. J’achète des disques et je télécharge, je ne me sens point coupable. Quand le site a ouvert ses portes ils espéraient atteindre rapidement les 20 000. Après de nombreuses semaines on stagne toujours à 12 300. Même s’il y avait 100 000 qu’est-ce que cela changerait? rien.

Que faut-il tirer de tout cela? S’il y avait que 300 400 personnes en même temps ce samedi 25 avril c’est finalement logique. Dans notre organisation contre Hadopi il y a eut trop de naïveté et d’erreurs stratégiques. Le monde politique, ce n’est pas internet. Ce n’est pas en faisant 50 000 clics sur une vidéo qu’on pèse quelque chose. Alors certes l’information est essentielle, mais qui a parlé de ces sites en dehors du net? Est-ce que TF1, France 2, et les principales radios ont relayées cette manifestation et plus profondément ce combat? Peu ou pas assez. En se cantonnant sur des logiques et des réflexions propres au net on a peut-être utilisé les leviers politiques de demain, mais pas assez ceux d’aujourd’hui et d’hier. Aujourd’hui on regarde les débats, on les commente, on les balance sur Youtube, mais on ne dispose pas de réelles prises sur les événements.

Je ne sais pas si autrement cela aurait été possible, si créer un parti politique comme en Suède aurait été une bonne idée. Notre culture politique est malheureusement peu adaptée à cela, elle reste d’une certaine manière archaïque. Il aurait fallu pourtant prendre cela en compte, il n’en jamais trop tard pour se structurer autrement et pour se construire de manière plus efficace. Il aurait fallu commencer par vouloir peser sur les élections européennes, s’organiser comme un lobby pour prendre du poids politique et cesser d’être de gentils agitateurs. En attendant on passe pour les innocents un peu stupides, on a le nombre et on connaît le sujet mais cela fera bien rire les députés tant qu’on ne fera guère plus.

piratageetculture

One Comment

  1. Digital Mojo
    3 mai 2009

    Je dis peut-être une connerie mais il me semble qu’il existe une espèce de division française du Parti Pirate suédois (mais ne possédant pas les véritables caractéristiques d’un parti politique). Tiré de Wikipedia (à vérifier, donc) :

    En France et depuis la création du projet de loi DADVSI, il n’existe pas de parti pirate à proprement parler, néanmoins deux initiatives principales se sont créées, le PPFCH (parti pirate français, canal historique) et le Parti Pirate. Ces deux sites internet représentent tous deux le parti pirate français, mais possédant chacun une idéologie légèrement différente. Le PPFCH s’oriente plus vers une action politique et médiatique, tandis que le Parti Pirate souhaite défendre en plus intérêts du monde libre et de l’Open-Source.

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