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Articlé publié le 17 mai 2009 par .

Classé dans Chroniques.

Wicked Witch, « Chaos : 1978-86 »

Je me dois de vous avouer que ces derniers temps, c’est pas les possibilités d’écrire quelques billets intéressants pour Substance M qui m’étouffent. Entamer une nouvelle partie de son existence (un réel début d’existence pro dans les yeux des autres, en réalité), c’est réfréner quelques envies coupables de ne pas en ramer une et de passer ma journée à écouter tout ce qui me tombe sous la main, au gré des envies. Mais puisque j’en ai pris pour 40 piges au moins, je vais tenter de faire honneur à ces deux aspects vitaux (parmi d’autres) pour continuer à vous proposer quelques petites choses ici et là (d’autant que Bishop n’a plus accès au Net au fin fond de sa datcha ou je-ne-sais-quoi, quelque part entre Paris et Oulan Bator). Alors bon. C’est parti, on est chaud.

Sans autre information à proposer aux auditeurs que ce pseudonyme étrange, le label japonais EM Records (basé à Osaka) publiait en décembre dernier un intriguant album, « Chaos 1978-86″, regroupant des enregistrements attribués à un certain Wicked Witch; musicien a priori originaire de Washington D.C.  et ancien pensionnaire de la Duke Ellington School of the Arts. Rien d’autre à ajouter. Ah. Creuser un peu dans les crédits de l’album permet de sortir de ce fatras musical le nom de Richard Simms, présumé comme étant l’homme en costume de cuir sur la pochette du disque. Un effet de miroir vertical le ferait davantage ressembler à un quelconque joker sournois échappé d’un jeu de cartes dont les yeux seraient tantôt rouges comme des rubis, tantôt noirs ébène. A égale représentation avec sa musique, à dire vrai.

A en croire quelques informations glanées ici et là, Richard Simms aurait été seul à l’origine de ce projet; assumant à la fois les rôles de musiciens, d’ingé son et de producteur (exécutif, s’entend). Sur piste, Simms enregistre à la fois la batterie, ces schémas de basse funkys et intriguants et une large variété d’interventions vocales toutes coupées par un delay offrant au tout un aspect envoûtant (saluons d’ailleurs le travail de mastering remarquable de Koichi Hara, de EM Records, grâce auquel la poignée de morceaux publiés résonnent avec une grande efficacité ).

« Chaos 1978-86″ présente une formule tout à fait particulière, et ce pour deux raisons bien précises. D’un point de vue strictement musical, Wicked Witch emprunte quelques gimmicks à différentes orientations stylistiques, les intègre puis recrache cette synthèse qui fait voyager l’auditeur quelque part entre un funk disloqué tiré par pléthore de lignes de basse on ne peut plus présentes, une rythmique disco entraînante et synthétique et, enfin, une ambiance post-punk jusque dans la confection d’environnements inamicaux propres à quelques artistes emblématiques de la fin de la décennie. De par ce premier trait de caractère, Richard Simms dévoile à l’auditeur son statut de trait d’union entre une tendance funk-rock imagée par les vibrations tordues de la guitare d’un Hendrix période « fin de carrière », les tentations psych-funk plus que présentes, autant dans les compositions que dans l’idéologie véhiculée par le disque; les envolées quasi lyriques propre à un rock progressif qui n’est pas sans rappeler ici et là les quelques références du genre (notamment sur ‘Vera’s Back’ et ses solos de guitare révélateurs),…

Aussitôt qu’il s’empare d’une pratique musicale quelconque, Richard Simms la trouble et la tord avec une considération toute autre pour en proposer une version tout à fait remaniée. A ce petit jeu, le funk synthétique de ‘Electric War’ est d’une efficacité redoutable. En version CD, « Chaos 1976-86″ propose une version instrumentale et vocale du morceau. En un peu plus de quatre minutes, Simms fait parler cette basse proéminente, trafiquée comme il faut, entourée à droite et à gauche de guitares électriques évoluant elles-même sur leur propre voie pavée d’intentions funk, le tout servi par une batterie extatique. En version vocale, ‘Electric War’ est servi par la voix tout en delay, aéro-spatiale, de Simms. Par moments, les flammes incandescentes du déhanché du Diable se muent en sources de chaleur froide, prendre à contre-pied et donner à entendre ce disque aux prétentions multiples; la tentation caméléonesque d’un Richard Simms.

Sans que quasi personne n’ait jamais entendu ces quelques morceaux avant leur parution chez EM Records, Wicked Witch s’établit comme un témoin essentiel de son époque, regroupant la plupart des pratiques musicales et anticipe largement sur ce qui constituera en partie ce funk/disco synthétique de la décennie à suivre (que l’on regarde du côté de Prince, Herbie Hancock,…) tout en offrant une révérence logique aux grandes figures passées d’une musique afro-centrée, spatiale, tordue mais porteuse d’une incontestable richesse et d’une patte artistique plus que personnelle.

Richard Simms s’approprie ces tendances, se les met sur le dos et s’en va rejoindre les endroits les plus froids de la planète pour y développer son funk robotique et entêtant. Révéler un mélange savoureux qui aurait mérité de se voir développé avec un peu plus de largesse (si tant est qu’il s’agisse ici de tout ce que EM Records puisse disposer de ce projet Wicked Witch). Quoiqu’il en soit, de ce disque éclectique, l’auditeur n’en ressortira qu’avec un seul état d’esprit : une passion infinie pour tout ce qui a été décrit plus haut; et probablement une envie à jamais inassouvie d’en entendre davantage de la part de Richard Simms.

6 commentaires

  1. Bishop
    18 mai 2009

    Intéressant mon coco sinon je dois être le mec le moins chanceux du monde avec le net en ce moment…

    Et ton premier paragraphe est un peu paradoxal, tu as beaucoup de possibilités pour écrire ou aucunes? Pas bien clair (d’après mon esprit enfumé)

  2. Digital Mojo
    18 mai 2009

    T’es fou, je suis sur tous les fronts, c’est un régal mais j’ai le temps de rien (ou presque). Et je pensais même lancer un petit truc solo à côté de l’à-côté (a.k.a. Substance M; sans parler de l’ « officiel ») mais là c’est la course au suicide et au célibat si je me décide. Donc non haha.

    Mais j’ai beaucoup de dispositions à écrire des conneries, par contre.

  3. Bishop
    18 mai 2009

    Encore un site? je croyais qu’on pouvait tout faire ici (attention suis jaloux :D même des projets solos :D).

    Sinon j’ai encore écris à Alice ce matin pour le net, j’attends…

  4. Digital Mojo
    18 mai 2009

    Haha non mais j’ai en projet de poser quelques mixs dès que j’aurai fini de racheter un peu de matos (carte son, une troisième platine,…). Remarque je peux le faire ici aussi. Enfin c’est un vague projet mais ça viendra un jour ou l’autre.

  5. Bishop
    18 mai 2009

    A ce propos ma mini expérience radio m’a vraiment plu, j’y reviendrai dans une interlude, me donnerait presque envie de chercher de ce côté là.

  6. Heebooh
    22 mai 2009

    Dîtes, les mecs…

    Moi, votre site il me plaît, car vos sélections sont toujours originales et jamais portées sur la hype du leak indie chiant 2011. La rédaction aussi, mais ça vous le saviez déjà. Il manque juste un ou deux morceaux à l’appui, juste histoire de tremper son bout d’orteil dans la flotte pour voir si elle est bonne et tenter le saut. En streaming ou en téléchargement, qu’importe. Mais ça ferait toute la différence. D’autant plus que vous êtes plutôt à l’abri, ça ne sent pas le Calogero et l’Albanel par ici.

    Moi j’dis ça comme ça hein…

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