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Articlé publié le 24 mai 2009 par .

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Extrait # 6 – syncope

« Le backbeat de Palmer a beau être l’archétype du rock’n'roll, le rythme ultime du genre portait pour sa part un smoking écossais et jouait sur une guitare carrée faite maison, accompagné par des maracas. Si l’on devait rédiger la formule mathématique du « Bo Diddley beat », cela donnerait probablement quelque chose du type : (John Lee Hooker + 1/2 Gene Krupa) x (hambone + claves). Cette équation résume à peu près la totalité de la musique populaire américaine, puisque le Bo Diddley beat se trouve au cœur de tout, depuis la British Invasion jusqu’à la disco (citons notamment « Shame, Shame, Shame » de Shirley & Co’s ou « New York Groove », la tentative de crossover dancefloor d’Ace Frehley, l’ex-guitariste de Kiss). Certes, la Louisiane possédait, avec le « Slim Harpo beat », sa propre version boostée du rythme « Shave-and-a-haircut, two bits » (air populaire américain, Ndr), mais les racines du Bo Diddley beat à proprement parler se situent  également à la Nouvelle-Orléans.

A une époque où Miami et New-York n’avaient pas encore accueilli le moindre immigrant  hispanique, les rythmes latinos s’étaient déjà répandus à travers le melting-pot cosmopolite de la Big Easy. Compte tenu du nombre significatif  de Caribéens, on y pratiquait communément le vaudou et le Santeria (religion afro-caribéenne née au Nigeria, Ndr), et on y entendait donc les rythmes mêlés utilisés pour appeler les « loas » (qui apportent aide et protection aux fidèles) et les « orishas » (divinités de la Santeria qui représentent les forces de la nature). Finalement, les claves – ou plutôt leur mesure en 3/2 sur laquelle se fonda cette musique – purent dépasser les portes des lieux de culte pour intégrer les fanfares.

Une des raisons de la popularité des marching bands à la Nouvelle-Orléans venait du fait que de nombreux soldats démobilisés y avaient échoué au terme des guerres civile et hispano-américaine, mettant de fait leurs instruments à disposition. Ailleurs, les gens n’avaient en revanche pas les moyens d’acheter des tubes ou des tambours et se mirent donc à élaborer des lignes de basse en soufflant dans des cruches à gnôle vides et à créer des rythmiques en maltraitant des guiatres bon marché. Pour la  vaste majorité des Américains, la cadence de la vie était réglée par le chemin de fer, aussi les disques de blues et de country d’avant-guerre ne faisaient ils guère plus qu’imiter le bruit des locomotives à l’aide de ces cruches et de ces guitares : citons « K.C. Moan » du Memphis Jug Band, en 1929, « Rock Island Line » et « Midnight Special » de Leadbelly en 1940, « Freight Train Ramble » de Darby & Carlton en 1929 ou encore « Orange Blossom Special » de Bill Monroe, en 1941.

Alors qu’elle remontait le Mississippi depuis La Nouvelle-Orléans, la musique de ces marching bands « funkifiés » fusionna avec les rythmes façon « pistons de loco », donnant finalement naissance au Bo Diddley beat. En 1955, avec son premier single éponyme, Bo Diddley établit sa marque de fabrique rythmique. Tous les éléments du morceau étaient mis au service du beat, y compris la guitare, qui imitait à la fois le son des roues sur les rails et celui d’une machine à vapeur passant dans un tunel. Certes, on pouvait trouver que « Bo Didley » sonnait un peu comme « Little Engine That Coul » (célèbre chanson pour enfant sur le thème ferroviaire, Ndr), mais avec « Who Do You Love » l’année suivante, puis « Hey Bo Didley » en 1957, le Bo Diddley beat acquit l’élan d’une locomotive nouvelle génération carburant au diesel. »

« Turn The Beat Around : L’histoire secrète de la disco » par Peter Shapiro.

Memphis Jug Band – « K.C. Moan » (1929)

Bo Diddley – « Bo Diddley » (1955)

Bo Diddley – « Who Do You Love » (1956)

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