En 1935 alors qu’on lui demandait de ménager l’église catholique Staline rétorquait « Le Pape: combien de divisions? ». Au-delà du mépris manifeste du communiste envers la religion il y a avait cette affirmation d’un paradigme, peut-être mêmes de plusieurs.
Le monde n’était pas, n’était plus, régit par le spirituel mais par le politique, l’idéologie, l’état. En creusant un peu cela ramenait au siècle de la technique et à celui de l’économie, économie qui allait surplomber le reste. La façon dont fonctionne le monde, malgré les règles marxistes, dépend souvent de la manière de le concevoir. Un monde où il faut sauver son âme ne peut pas fonctionner de la même manière qu’un où il faut affirmer son statut social et son pouvoir ou un où il faut tirer le maximum de profits de toutes situations. Si l’économie, la technique, les sciences influent sur notre vision du monde c’est rarement unilatéral. L’usage de ces mêmes domaines est relatif aux idées dont on dispose.
Quand je dis que je tiens un site, un blog, les réactions sont diverses. Il y a ceux qui s’enthousiasment sans raisons apparentes et il y a ceux qui cachent ou qui usent d’un ton condescendent surtout quand j’explique que je parle de musique. Ces gens-là me posent souvent deux questions, la première étant « mais joues-tu d’un instrument ? ». Cette question est à la fois inepte et légitime et je tiens pas à m’étendre dessus (mais je ne joue d’aucuns instruments). Par contre cela m’a amené à me poser la question du pourquoi ce blog. J’aurai très bien pu tenir un blog sur la science-fiction d’autant que cela manque en français je trouve, sur des comics ou sur le cinéma. Des passions culturelles j’en ai à la pelle et elles me donnent probablement autant d’occasions d’écrire que la musique. Alors pourquoi la musique? Il y a déjà une possibilité, Digital écrivant plus volontiers sur la musique cela aide à se fixer sur un projet mais en y réfléchissant j’en suis venu à la conclusion que la musique est plus aisée à partager.
On peut comparer tout de suite les avis, chercher à valider ou invalider les notules en allant directement écouter l’album. Cela réclame trois clics. Pas besoin d’acheter un livre ou d’aller au cinéma. Dans une perspective d’échanges, dans celle du « réseau », la musique est probablement le meilleur vecteur pour tenir un blog. Ou sinon j’intellectualise un choix anodin…
La seconde question qui revient tout le temps permet de revenir à mon introduction: « Combien de visiteurs-tu fais? ».
Il faut croire que tout se mesure à cette échelle. Savoir combien de visiteurs tu fais, savoir si tu as un succès. Que ce succès soit relatif (Substance M. ferait 5 000 visiteurs par jour que cela ne changerait probablement rien) n’a pas d’importance, c’est toujours un succès. Il faut savoir si tu es populaire, si tu pèses quelque chose et si tout cela n’est pas seulement de l’onanisme dans ton coin du net.
On revient à notre vision du monde, à savoir ce qui compte. Le contenu propre de notre blog semble moins important que le nombre de visiteurs qu’on pourrait faire potentiellement. Si Substance M était inscrit à un site de classement je pourrais donner des chiffres, signaler une évolution, parler comme un entrepreneur avec l’impact sur le public et on cesserait peut-être de me regarder comme un alien. En attendant quand je réponds que je ne sais pas, que je n’ai pas installé d’outils pour l’évaluer et que c’est probablement très peu, je ne me sens pas à l’aise, on me regarde comme-ci je venais d’ailleurs.
Je tiens un blog pour « rien ». Pas d’argent, pas de visiteurs à la masse, pas non plus une manière de se mettre en valeur, juste un exercice qui prend du temps. On « travaille » gratuitement, imaginez…
Si on commençait à « compter » les visiteurs tout cela perdrait un peu de son sens. Ce sens c’est juste de formuler ce qu’on ressent à l’écoute de la musique, ce qu’on y aime et pourquoi. S’il fallait faire des visiteurs je ne parlerai que de U2 et de Britney Spears. En fait je ne ferai même pas un blog sur la musique, il y en a trop. Sur Substance M. on n’utilise pas de statistiques car cela influerait sur notre envie d’écrire. On comprend l’intérêt des statistiques mais c’est un outil qui nous est inutile. On en sait pas d’où vous venez, combien vous êtes ou quoique ce soit, sinon on s’intéressera plus à cela qu’à notre « contrat » originaire entre Digital et moi. Ce serait stupide.
Dans l’absolu on aime avoir des lecteurs, on espère qu’on en a. On mesure cela avec les trois quatre commentaires qui tombent de temps en temps. On n’a pas besoin d’une audience importante, juste des gens qu’on apprécie, qu’on respecte ou qu’on admire. C’est moins les chiffres qui nous intéressent qu’autrui, c’est peut-être cela la nuance. Voir que le dernier commentaire « étranger » vient de Kill Me Sarah, c’est suffisant.
Combien de divisions ton blog? Aucunes.
Puisque je parle des visiteurs j’en profite au passage pour vous posez une question: Que pensez vous de ces « interludes »?
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Ah c’est gentil.
C’est bien les interludes, comme le reste.
autre question qui vient, « pourquoi est ce que l’on ouvre un blog ? », question là plus difficile (pour parler de soi, laisser une trace, faire le malin …) et j’avoue ne pas avoir trouvé de réponse à ce jour
Voila le Bishop dans toute sa splendeur : la question sur le bout du doigt, toujours. :)
J’ai arrêté de réfléchir sur ce genre de points, je fonctionne à l’affect aujourd’hui : je le fais parce que ça me fait plaisir. Comme la plupart des gens sur le Web, finalement, je pense. Et puis question d’habitude aussi : écrire pour un support ou pour plusieurs, je me suis rendu compte que c’était la même chose. La quantité n’est qu’un leurre, c’est à soi-même de se donner le temps de faire.
J’éprouve un réel plaisir à faire sortir le mot et à le taper sur un clavier. C’est vraiment le fait de l’expulser, quoi, et de l’exprimer à travers une tournure qui me procure une certaine satisfaction. Doit y avoir quelque chose de Freudien, là dedans,dit comme ça. :D
Et puis l’exercice mental de mettre en mots des sensations liées à ce qu’on écoute, c’est une manière évidente d’apprendre à se connaîre et à parler de soi sans parler de soi.
Aussi la vanité d’avoir quelque chose à dire sur ce qui nous entoure ; ce quelque chose considéré comme « artistique ». Forcément, on va pas se mentir. C’est se donner de l’importance. On aurait aussi pu aborder la problématique de la pêche à la « Green Highlander » ou les statistiques de l’utilisation des toilettes publiques dans les grandes villes.
Enfin, chercher à tout prix à voir des liens et des logiques dans la chose musicale ; peut-être l’une des caractéristiques les plus représentatives de l’évolution de notre société contemporaine, à mes yeux. Comme si expliquer un disque permettait de se rassurer sur le fait qu’il y a un sens aux choses, un déroulé plus ou moins logique, en tout cas un schéma qu’on peut appréhender et dans lequel on parvient à se situer d’une certaine façon. Très important, ça, pour moi. D’autant que se faire surprendre par un artiste, une musique inconnue, c’est embrasser cette capacité de création quasi infinie de l’esprit humain. On oublie un peu ce qu’on est et on rejoint un espèce d’énorme schéma global avec des liens étranges dans tous les sens ; c’est ennivrant quelque part.
Les visiteurs, est-ce un blog/site/webzine?,… Tout ça je m’en tape, perso. Mais Bibish le questionne efficacement pour nous deux.
Voila. Sinon je reviens vite avec un billet sur le duo Pocahaunted. Enfin là je vais bosser un peu avant quand même.
Sinon ça va vous ? :)
Je ne sais pas vraiment pourquoi je blogue, sans doute pour faire partager mes goûts, un peu par orgueil sûrement aussi, en partie à cause de Heebooh également, parce que c’est une facette de ma personnalité que j’ai peu l’occasion d’exprimer dans ma vie courante et aussi parce que j’aime bien ce petit monde de personnes toutes très différentes les unes des autres qui évoquent leurs goûts, leurs histoires, leurs coups de cœur, leurs déceptions etc et qui finissent par former une sorte de communauté. Je trouve ça très stimulant.
Combien je « fais de visiteurs » je ne sais pas précisément, je n’ai pas de compteur, ce qui m’intéresse surtout, c’est de voir d’où viennent ces visiteurs et comment ils arrivent chez moi. Par exemple, fut un temps, j’avais un visiteur de Seattle, ça me fascinait…
Je ne joue d’aucun instrument, petite j’ai bien appris le piano avec une religieuse hollandaise qui me récompensait à coups de réglisses salées de son pays. Ça a quelque peu refroidi mes ardeurs musicales, je pense.
Sinon, oui je vais bien, Digital Mo, et toi?
Et enfin : j’aime bien les Interludes, et pas que ça d’ailleurs, sur ce blog.
(ma vie, mon œuvre, par Disso)