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Articlé publié le 05 juin 2009 par .

Classé dans Chroniques.

Rob Mazurek, São Paulo Underground

Lors de mon atelier radio à la Haus der Kulturen der Welt j’ai interviewé Rob Mazurek et son groupe São Paulo Underground. Manque de chance je n’ai jamais eu l’occasion de connaître le bonhomme ni même de me pencher sérieusement sur la scène Post-Rock de Chicago (Tortoise compris que je mélangeais dans ma mémoire avec les plus électroniques Tarwater). J’ai du faire une séance de rattrapage rapide pour ne pas faire le pseudo journaliste inculte et depuis je me suis plongé plus sérieusement dans ce thème.

Une fois arrivé dans la salle pour l’interview, l’ambiance était décontractée, ils finissaient de manger et de boire du vin rouge. On était entre barbus, il y avait Rob Mazurek blanc et typiquement américain avec les 4 autres musiciens de São Paulo Underground, brésiliens pur jus. Rob Mazurek est un trompettiste prolixe, c’est le moins qu’on puise dire. Il a mené des projets avec un peu tout le monde à Chicago et même plus (Stéréolab), composant des disques sous de multiples noms, le sien, celui d’Isotope 217, et sous sa formation fétiche mais à dimensions variables: Chicago Underground.

Je ne sais pas ce qui l’a poussé à aller vivre à Sao Paulo, question que maintenant j’aimerai lui poser, mais en se moquant un peu on peu dire qu’il n’a pas cherché dans le compliqué pour le nom de sa nouvelle formation. N’existant clairement pas de scènes Post-Rock comparable à celle de Chicago, il a fondé São Paulo Underground comme une sorte de pendant du sud à son Chicago Underground. Son mérite fut de tomber sur les bons clients, des musiciens confirmées qui n’hésitent pas à s’enfoncer dans des improvisions imprévisibles et à lui proposer de nouvelles idées, de nouveaux projets.

2006-sao-paulo-underground-sauna-um-dois-tresJ’avais quelques questions « théoriques » et générales mais ma responsable m’a dit qu’il fallait se contenter d’approches plus simples pour ne pas compliquer la tâche de la personne qui répond. J’ai donc rongé mon frein sur certains domaines, particulièrement la géographie. Dès leur premier album Sauna: Um, Dois, Tres on réalise que le nom de la ville était plus qu’une simple référence pour s’éloigner de Chicago Underground. Il y a une urbanité, un pulse qui respire Sao Paulo comme on peut la fantasmer. Le premier morceau éponyme prend tout le temps de s’installer avec des surgissements électroniques, des petits sons de trompettes et des paroles en portugais. Plus cela bouillonne, cela semble décante un peu par une flopée de signaux et de bruits. Rien de stable n’émerge réellement sauf dans les dernières secondes, c’est une pure introduction presque incantatoire mais on y voit des possibles que le disque ne va cesser d’emprunter avant de s’en extirper.

Il y a dans ce disque de la grâce et du style dans cette manière de faire se rencontrer des traditions différentes. Les rythmes aux relents portugais succombent sous le charme des mélodies jazz de la trompette dans Pombaral. Un des sommets du disque, Afrihouse, me fait vaguement penser au Congotronics de Konono n°1 avec cette manière épurée de poser un rythme acoustique et ses échos pour broder par dessus. Rob Mazurek est au centre mais il ne vampirise pas l’espace sonore, il laisse du silence et des libertés. L’autre pilier du groupe est Maurizio Takara aussi fers de lance d’un autre projet: Hurtmold. Il donne ici un groove avec sa batterie, un martellement d’autant plus étrange que cela divague souvent de quelque chose de très concret à des échos abstraits. Si parfois cela ressemble à un fractal inconséquent de sons, une sorte de Sao Paulo malade d’une foule de cinglés qui hurleraient comme des ordinateurs à 3 heures du matin, comme pour l’introduction de Balao de Gas ou, dans une moindre mesure, The Realm Of The Ripper l’ensemble fonctionne par les suggestions qu’il tisse au fil du temps. Des esprits de fêtes, de Samba, de danses vivantes surgissent aux moments les plus impromptus. On a le sentiment d’être dans un des rêves étranges de Sam Lowry, personnage principal du film Brazil. Ce disque se perd parfois dans des écarts déconcertants mais il reste  fascinant dans sa force d’évocation, dans l’énergie dont il est investi.

2008-sao-paulo-underground-the-principle-of-intrusive-relationshipsLeur second et dernier disque commence violemment. Les premières secondes de ce Final Feliz heurtent l’oreille. C’est bien le seul défaut de ce morceau, si vous gardez un peu courage vous pourrez y découvrir une sorte de bête magnifique, évoquant avec brio l’Afrique, la Samba, le Jazz. La récompense surgit comme une étrange stabilisation de ce morceau qui fait doucement rêver avec sa mélodie à la trompette et son côté carnaval. La différence majeur avec le premier disque provient du fait que ce The Principle of Intrusive Relationships dégage une énorme densité qui le rend plus cohérent et plus profond que son ainé.  S’il y a les mêmes rêves diaboliques et urbains (Barulho de Ponteiro, Pulmões) ils se mesurent sur de nombreux niveaux. Question de dimensions, ils n’étaient véritablement que deux pour le premier album ils sont maintenant un groupe complet qui étire les différents champs du possible. Ce que j’aime dans ce disque, et plus largement dans une certaine perspective de ce « Post-Rock », c’est d’extérioriser un processus créatif. Un morceau n’est pas seulement un résultat cohérent et équilibré, c’est avant tout un surgissement magique de l’équilibre produit par les différents musiciens. Il y a dans The Principles comme une réflexion sur ce travail, cette aventure de la création devient visible. Forcément ce disque est  moins facile d’accès mais il fait preuve de plus de maîtrise et il s’affirme comme une suite logique et implacable à Sauna: Um, Dois, Tres.

Suite au concert qu’ils donnèrent lors de ce festival, une responsable de la Haus Der Kulturen der Welt trouvait que cela manquait d’originalité. Mazurek ne cesse d’explorer ce « Post-Rock » et je ne pense pas qu’une réflexion autour de l’originalité du projet soit quelque chose de bien conséquent. Entre improvisations et compositions, purs rythmes et mélodies entrecoupées, ce genre de musique se place dans une autre échelle. Ce concert je l’ai trouvé bon. C’était plus proche du premier album, cela pouvait nous emporter dans des rêveries sauvages à n’importe quel moment. Tout n’était pas  au point mais j’ai trouvé le rendu intéressant, proche de l’idée que je pouvais m’en faire. C’est même là d’ailleurs que j’ai le mieux apprécié leur musique, elle m’est apparue comme une sorte de remake de Casablanca dans un univers à la Blade Runner; Mazurek assurant la mélancolie et les envolées lyriques pendant que ses comparses, Maurizio Takara, Guilherme Granado et Richard Ribeiro apportent les tempos  futuristes et les exotismes de cette étrange ville.

Il est question de tout cela chez São Paulo Underground, d’une ville qui vît, d’une musique qui foisonne et d’un trompettiste qui déménage avec le son de Chicago sous le bras au pays des musiques hypnotiques et sucrées. De quoi intriguer.

Liens: Deux papiers de Jérôme Orsoni sur Dmute.

…et Désolé pour mon anglais…

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