Depuis que je suis arrivé à Berlin il y a un film que je souhaitais voir sans jamais prendre le temps de le faire concrètement. Ce film c’est le film allemand Berlin Calling avec le Dj Paul Kalkbrenner sur une histoire d’un dj drogué à Berlin. Son titre, son affiche et le fait qu’il y ait un artiste que j’apprécie m’ont toujours poussés à y aller. Mais non. L’été dernier le film sortait et les occasions étaient multiples mais toujours en allemand et je n’ai pas pris mon courage à deux mains…les mois sont passés et cette semaine dans le cadre des cinémas en plein air j’ai découvert qu’il était diffusé à Kreuzberg, je m’y suis donc enfin rendu, comme une sorte de fin de cycle sur mon séjour en Allemagne, ce qui m’effraie un peu…
Le premier constat, que je ne me cesse de me faire depuis mon arrivé mais qui est ici bien palpable, c’est que si Berlin est une ville cool et une ville jeune, si avec Potsdam elle a une histoire et une actualité cinématographique, il n’existe aucun système d’abonnement pratique comme nous pouvons avoir à Paris. Il y a beaucoup moins de salles et des prix très « concurrentiels » dans le mauvais sens. La démonstration fut ce Freiluft Kino, s’il y a du cinéma en plein dans chaque gros quartier l’été il est…payant. Et pas qu’un peu, 6 € tout de même, cela fait salé pour découvrir des films et c’est tristounet comparé aux prix (souvent gratuits) et aux choix parisiens pour l’été.
Enfin, malgré les chaises plastiques (on est arrivé trop tard pour les transats), le cadre était agréable et je pouvais enfin me faire une opinion sur ce film. Paul Kalkbrenner en tant qu’acteur s’en sort plutôt bien dans son rôle de « Dj Ikarus », la mise en scène est plutôt réussie (je dois encore le dire: cette affiche!), la musique est bonne et de nombreuses scènes sont prenantes. C’est un vrai film sur Berlin, sur son rythme et ses lieux. Le grand appartement un peu défoncé, le club Maria Ostbahnhof, l’East Side Gallery, la tour TV, le S-bahn et encore le S-bahn. Ce n’était d’ailleurs pas très dur de reconnaître tous les endroits où le personnage se rend, hormis l’hôpital, tout se jouait dans mon quartier quasiment, à quelques pâtés de maisons de chez moi. D’un point de vue esthétique, il n’y a un véritable effort dans ce film pour construire une ambiance sans que cela soit grandiloquent avec l’usage de gris feutrés, d’une image qui sied parfaitement à cette ville. Le réalisateur; Hannes Stöhr, n’en est pas à son coup d’essai sur la question. Il avait déjà réalisé le court-métrage puis le film Berlin is in Germany et il semble qu’il continue de vouloir creuser l’évolution et le rôle de cette ville depuis la chute du mur. Cela ne l’empêche pas de prendre en compte la dimension pleinement musicale de ce film, les scènes de live laissent beaucoup de place au son et ne se transforment pas en dérisoire clip MTV sans pour autant être ennuyeuses, il y a ici une très bonne gestion du temps et du rapport à l’image.
Là où le film se crache comme l’airbus d’Air France c’est sur l’histoire. Dj Ikarus est un drogué, incapable d’avancer sur son deuxième album et qui fout sa vie et sa relation en l’air malgré toutes les tentatives de sa copine pour le sauver. En terme de clichés on aurait rarement vu pire et le film ne cesse de les enfiler avec une patience masochisme. Je me suis rendu quelques fois à Maria le club et je n’ai pas spécialement vu les gens sniffer de la Coke et baiser dans les toilettes, peut-être un angelot veillait sur mon innocence. La psy un peu tyrannique, la petite amie qui est bisexuelle et qui s’éclate avec une femme du club, l’ami dealer qui refile des pilules pleines de saloperies, à considérer tout cela on pourrait penser que le film ne s’en sort pas indemne. Pourtant c’était globalement plaisant, grâce à une légèreté de ton, une attitude cool qui n’était pas forcée ou prétentieuse, et les quelques scènes à l’hôpital font sourire.
Si le film construit un étrange équilibre entre moments de grâce et maladresses il a globalement réussi son pari. Berlin Calling offre une sorte de miroir hype de Berlin, la scène où les affiches du nouvel album ont collées partout dans les rues est typique de cette ville par exemple. On peut dire que le « cahier des charges » est respecté et on espère que malgré l’histoire le film sortira un jour en France (ce qui ne semble pas être le cas pour le moment).
Du côté de la musique ma première réaction quand je suis tombé sur le disque il y a plusieurs mois fut un peu allergique. Paul Kalkrenner c’était des bons albums techno, Superimpose et Zeit en 2000-20001, le génial Self plus doux et pop en 2004, album par lequel je l’ai découvert, et l’Ep Tatü-Tata avec le fabuleux Gebrünn Gebrünn en 2005. Depuis presque rien. Un album de remix par d’autres, Reworks en 2006, album que je n’ai pas vraiment apprécié et qui m’a rendu suspicieux sur ces projets « annexes ». Quand j’ai écouté pour la première fois cette bande-son, j’y ai vu qu’il y reprenait beaucoup de ses tubes: Queer Fellow, Castanets, Gebrünn Gebrünn. Si c’était tant mieux pour le film c’était bien dommage pour ceux qui espéraient un nouvel album et j’ai préféré laisser tomber sans me pencher suffisamment sur ce disque.

Voir le film m’a permit de corriger cette erreur et d’accorder le temps nécessaire à ces nouvelles productions à commencer par le premier titre dont je suis maintenant un adepte absolu: Aaron. Épuré bien qu’hypnotique, Kalkbrenner renoue ici avec la tradition techno qu’il y avait un peu laissé de côté sur Self. Il s’y montre comme dans ses meilleures années peu novateur et assez conventionnel sur son approche musical mais sensible, intelligent et diaboliquement rythmique dans ses compositions. Aaron c’est à écouter le matin au levé du soleil (testé et approuvé aujourd’hui même) ou dans le train lors d’un voyage qui nous rend mélancolique malgré l’agréable destination. Cela se joue à rien, un ralenti, un effet de profondeur, un beat efficace mais léger, mais on s’envole sur un morceau comme celui-ci. Sky And Sand, dans un autre genre, plus House et avec quelques paroles, réussit aussi cette alchimie poétique. Square 1 enfonce le pendant mélancolique et sublime. J’avais oublié quelque part que Paul Kalkbrenner symbolisait cette techno romantique qui nous prend aux tripes. Sa musique, ce son, colle à cette ville et je me souviens à présent pourquoi il est sur le label Bpitch Control aux côtés de sa fondatrice: Ellen Allien.
Cette bande-son se construit donc entre thèmes pour les atmosphères, le fuyant Revolte, et choix plus « clubesques » c’est-à-dire plus minimalistes, plus concentrés sur l’intention rythmique pure, Torted ou même Bengang. La limite du disque provient du grand écart qu’il entreprend. Ils auraient dû mieux dissocier le disque et le film plutôt que de vouloir restituer exactement avec le premier ce qu’il y a dans le second. Si c’est toujours plaisant de retrouver Queer Fellow, Castanets ou Gebrünn Gebrünn, ces « special Berlin calling edit » n’apportent strictement rien aux originaux et ternissent l’aura du disque. De même le morceau de Sascha Funke, Mango, se trouve bien isolé autour des compositions de Kalkbrenner et n’apporte pas de valeur ajouté à cette bande-son. Il y avait probablement une tension insoutenable à vouloir contenter ceux qui voulaient acheter ce disque pour retrouver les morceaux du film (et qui se seraient légitimement sentis lésés de l’absence d’un Gebrünn Gebrünn) et les admirateurs de Paul Kalkbrenner qui espéraient quelque chose de plus.
Le tout accouche d’un résultat bâtard, pas seulement une compilation mais pas intégralement neuf. En tout cas la piqure de rappel fait un bien fou, malgré ce qui nous semble des années sans nouvelles, Paul Kalkbrenner est toujours actif et nous propose des nouvelles compositions parfois géniales. Vivement son prochain disque.
Yop la!
Que de superbes compositions sur ce « Self ». Emballé dès la première écoute, c’est suffisamment rare pour mériter un petit « Post ».
L’Allemagne est décidement encore aujourd’hui la patrie de la musique et des défricheurs de sons.
Infinite thanks pour cette découverte, et bonne continuation au Blog que je vais maintenant explorer en profondeur.
Tschuss!
Self est vraiment un excellent disque, je te conseille quand même de prêter une oreille à Gebrünn Gebrünn si cela n’était pas déjà fait. Une techno de club limpide et sans compromission.