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Articlé publié le 14 juin 2009 par .

Classé dans Chroniques, Réflexions.

Les avatars de Jean-Pierre Massiera

massiera_freakoid_600xAvec un goût prononcé pour le vintage aux lointains relents poussiéreux, c’est dans une nouvelle archive que je me plonge. Juste le temps d’entamer un bref retour par ici, coupant court à l’intérim solitaire de mon comparse pour un retour aux affaires dominical après quelques semaines d’inactivité. Visiblement, mon talent de logisticien du quotidien laisse vraiment à désirer. Tant que nous serons guidés par notre nature d’être perfectible à tout point de vue (certains plus que d’autres),…

Jean-Pierre Massiera est l’une de ces figures de la musique qui n’a eu de cesse d’évoluer en marge des grands courants populaires ; fuyant les chemins empruntés par les hypes successives pour s’évertuer à faire n’importe quoi dans son coin. Un n’importe quoi hybride qui aura secoué une large partie de ce qu’un compositeur peut envisager comme terrain d’expression depuis le milieu des années 60 jusqu’au cœur de la décennie 80. Vingt ans d’un parcours musical riche en projet de toute sorte ; dont la plupart des témoignages physiques sous forme de LP semblent avoir bel et bien disparu des bacs à la faveur de pressages globalement très limités (hormis quelques singles ici ou là qui semblent s’être frayés un chemin vers un début d’exposition ; à ce qu’on dit).

En bon « crate-nerder » que je suis, c’est via une quelconque errance nocturne sur le Web à la recherche de références sur un disque dont j’ai oublié le nom (comme quoi…) que je tombais nez à nez avec la première manifestation « physique » de la musique de Jean-Pierre Massiera. Depuis 1999, le petit label canadien Mucho Gusto travaille activement à la réédition d’anciens albums que les quatre fondateurs de la structure basée à Montréal ne veulent pas voir tomber dans l’oubli le plus complet. A la faveur d’une démarche pour le moins studieuse (si les publications sont rares, leurs réalisations respectives sont exemplaires), Mucho Gusto a remonté du tréfonds de l’Histoire musicale française une poignée de projets enregistrés par Massiera ; parmi lesquels sûrement l’une des références les plus connues de l’abondante discographie du producteur français : les Maledictus Sound sorti originellement en 1968.

Il n’est un mystère pour personne que ces dernières années ont vu éclore un intérêt certain pour les rééditions d’objets ayant peuplé l’univers musical français des précédentes décennies ; un mouvement difficilement quantifiable, certes relégué à quelques bacs physiques ou numérisés principalement destinés aux afficionados du genre, aux vieux singes courant après leur jeunesse ou aux jeunes touristes ouverts sur tout et fixés sur pas grand-chose (je m’inclue dedans). Le mot « psychédélique » est balancé à toutes les sauces, principalement par une majorité d’activistes anglo-saxons. Mais le travail des Parisiens de chez Born Bad Records, entre autres, reste lui aussi un exemple en la matière (cf. http://www.bornbad.fr/ et les deux boutiques dans le Xième).

chico-magnetic-band-frontÉvidemment, l’univers de Massiera dépasse largement ce cadre-là et ne saurait être circonscrit dans un tel espace clos. En deux décennies, le Français s’est drapé successivement dans une multitude de tuniques piochées tour à tour dans le rock psyché, la chanson française à papa, les bizarreries musicales des Maledictus Sound, toutes sortes de rock (qu’il soit heavy, prog, kraut, hard,…), les influences clairement orientées disco lorgnant vers le space trip, des passages proto-techno primaires mais étonnants,… Dans la plus pure tradition des compositeurs aux parcours transversaux. Mais ce qui vient souligner toute la particularité de la carrière de Massiera, c’est bien entendu ce degré d’humour permanent, ce décalage complet entre la musique et ce qu’il véhicule à travers elle, un show-man en permanence en train de manier le pastiche et la drôlerie, le trait grossier et forcé. Qu’il soit lui-même performer ou producteur dans l’ombre.

Dans une volonté de rassembler un large panel de productions estampillées Massiera, Mucho Gusto publiait en décembre dernier deux disques aux prétentions identiques ; n’ayant pour eux qu’une différence de chronologie. Si « Psychoses Freakoïd (1963 – 1978) » s’attarde sur la première partie de carrière de JPM, « Psychoses Discoïd (1978 – 1981) » en est son double logique ; évoquant les dernières exubérances musicales de Massiera dans des mondes disco space kitch pour aller vite.

Puisqu’il faut débuter quelque part, il existe cette identité qui semble, à en croire ce qui se dit, être la première que Massiera ait revêtu et par laquelle il s’est retrouvé dans les bacs vers le milieu des années 60. S’il fallait raconter Basile, il suffirait d’évoquer le train-train d’un péquenot de la campagne en proie à ses petits soucis de paysan des Sixties, sur fond de délire psychédélique complet et de crainte d’invasion extra-terrestre ; sans queue ni tête. Et c’est rien de le dire. En ouverture de la première des deux compilations, Basile annonce un ‘Itubo Del Anno’ complètement débile : des voix gonflées à l’hélium laissent la place à une véritable basse-cour flanquée d’une rythmique exotique, maracas à l’appui, accompagnant le slogan-titre déclamé jusqu’à plus soif par une palanquée de voix indiscernables. Deux minutes d’une profusion d’éléments sonores rassemblés, sans autre besoin que celui de résumer le thème du projet Basile et de clore le tout par un meuglement de vache.

BasileAutres ambiances, même compositeur : la disco spatiale de Herman’s Rocket et son ode à une ‘Space Woman’ ; l’espèce de jazz semi-barré des Piranhas sur ‘La Turbine Pirhanienne’ ; l’inquiétante ‘Psychose’ manipulée par les riffs de guitares des Monégasques ; le pseudo-exotisme mâtiné de collages sonores du Chico Magnetic Band (j’adore),… Plus qu’une succession de projets pour le moins différents et globalement de qualité, la carrière de Massiera est un hommage au collage, à la culture du sample. Certes, les morceaux créés par JPM restaient confinés à des structures pop classiques mais, en sous-marin, le message est celui d’une ouverture, d’une complémentarité de Tout dans Tout. Dehors les étiquettes ; Massiera évoluait dans une bulle musicale globale qu’il s’était lui-même forgée, sans prendre la peine de considérer quoi que ce soit d’autre. Du moins peut-on l’imaginer.

Massiera ira jusqu’à pratiquer des formes musicales profondément étranges. Le projet Human Egg en est la meilleure expression : ‘Onomatopaeia’ composée d’uniques couches de voix superposées, onomatopées à vocation rythmique battant la mesure, voix balafrées d’une reverb spatiale,…

DiscoidJe pourrais multiplier les exemples sur le sujet mais ce serait réduire à une poignée de mots une démarche que je considère comme exemplaire. Massiera aura ouvert le cœur de ses machines à beaucoup de choses, sans aucune considération idéologique quelle qu’elle soit. S’offrant même l’occasion de composer pour une toute jeune présentatrice télé, chanteuse occasionnelle (?) et future humoriste reconnue en la personne de Chantal Lauby pour laquelle il compose en 1978 le maxi « Bizet Come Back » (que je n’ai pas écouté mais qui doit être assez énorme soit dit en passant).

Je ne peux que vous recommander vivement d’investir dans les deux volumes retraçant une partie de la carrière de Jean-Pierre Massiera publié par Mucho Gusto (http://www.muchogustorecords.com/) pour ensuite partir en chasse de ce sur quoi le bonhomme a bossé sa carrière durant (bon courage, c’est très dense). Mon petit laïus sur le sujet est tout à fait réducteur et ne représente sûrement pas le panorama idéal qu’il aurait fallu que je présente pour donner à lire la richesse de l’univers de Massiera. Mais je me devais de le faire. D’abord parce que certains des disques évoqués plus haut sont aujourd’hui des occurrences que l’on peut retrouver régulièrement aux abords de ma platine. Et ensuite, de fait, parce que j’ai été profondément marqué par la profusion d’idées agitées par Massiera. Un cerveau en proie à une inspiration qui semblait débordante.

Et je crois que le fait de ne quasi rien savoir sur l’homme autre que sur ses multiples personnages ou incarnations musicales joue beaucoup. Merci de ne rien ajouter sur le sujet, je préfère continuer d’évoluer dans le mysticisme latent qui englobe l’ensemble de la carrière du compositeur. J’imagine JPM derrière ses machines, ses instruments, passer d’un morceau à l’autre sans jamais discontinuer. C’est amplement suffisant pour que j’y trouve un profond plaisir à persévérer dans la découverte plus ou moins hasardeuse de nouveaux projets signés Massiera au détour d’un clic de souris ou d’un bac poussiéreux.

Basile – Itubo Del Anno

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Chico Magnetic Band – Pop Or Not

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Les Monégasques – Psychose

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Herman’s Rocket – Space Woman

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Herman's Rocket

2 commentaires

  1. Réalis'Art
    11 juillet 2010

    Bonjour et merci pour la qualité de ce blog.

    Je vous invite à retrouver l’ensemble de la carrière de Massiera JP, sur son site officiel :

    http://www.jpmassiera.com

    A bientôt
    Roger
    Réalis’Art

  2. Digital Mojo
    12 juillet 2010

    Merci pour le commentaire et le lien sur votre site. Et pour répondre à la question posée en ouverture de site, oui la « nouvelle génération » est parfois très proche de certaines productions de JP. Massierra. En témoigne encore la récente réédition de l’excellent « L’Etrange Mr Whinster » de Horrific Child, énième alias de JPM.

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