Murmures et pulsations. Montée chronophage et douceurs absinthes. En écoutant ce morceau j’ai parfois l’impression de faire un plongeon dans une piscine turquoise où tout se détend mais d’autres fois il me donne envie de me laisser aller à l’effondrement.
Depuis des mois je souhaite écrire dessus, cela fait des années que je l’écoute pourtant je n’ai jamais eu le courage jusqu’à maintenant. J’aimerai invoquer son succès relatif qui fait qu’il n’a pas vraiment sa place dans une catégorie « quizz » ou que finalement je ne peux pas m’étendre plus que cela sur une histoire ou un contexte qui lui soit lié. La vérité c’est que je sais d’avance que je ne suis pas tailler pour en parler. Mon texte ne pourra pas rendre le quart du voyage que ce morceau me permet d’entreprendre, il faut reconnaître ses propres limites et incompétences.
Cependant…cependant j’écris. J’imagine naïvement qu’il y a peut-être parmi vous deux trois personnes qui n’ont jamais écoutés ce morceau, ce chevauchement de suggestions, d’aventures interrompues. J’imagine le plaisir frustré de ces 10 minutes qui s’égrainent dans un mystère opaque et magique. Nous oublions parfois la force de l’inconnu, de ce qui résiste à l’examen et qui ne veut pas se dévoiler. Retrouver cela était le principe de ces « interludes » bien que j’ai du mal à mener à bien ce projet.
Le maître d’œuvre de ce groupe, de cet album et de ce morceau est décédé cette année, on pourrait croire que je livre ici un hommage mais il serait alors autant posthume qu’indifférent. A vrai dire une telle musique se passe de « l’anecdotique », du factuel. Sa vie n’a ici plus aucune importance, elle en avait lors de la réalisation et de l’enregistrement et si tous les possibles qu’elle pouvait engendrer nous manquent, ce morceau nous rappelle tout ce qui s’était déjà accompli. Vulgairement on pourrait dire que ce groupe met ici la « nique » au post-rock et à l’électro de l’époque. Pas besoin d’effets de manchettes et d’évolutions cherchées pour exprimer la sensibilité de la modernité, pour atteindre la force de l’équilibre, la beauté de la suspension. Le jazz, ce vieux carcan qu’on donne pour décédé, est amplement suffisant pour accomplir un tel tour de force. Tout est là dans les absences évoquées par le piano, la montée élégante maintenue sur les touchés de la batterie. J’aurai pu l’évoquer dans une die Kosmische Dauer, mais là ce soir, une interlude sera parfaite.
L’air est lourd à Berlin, les orages aussi violents que possibles ne rafraichissent que sporadiquement la ville. En rentrant chez moi j’ai repris une de mes habitudes parisiennes qui ici ferait office de sacrilège. J’ai décidé de marché au milieu de la rue pour profiter pleinement de la petite brume crée par les chocs thermiques. Pour tout allemand ce renversement des catégories fait figure d’aberration mais c’est ainsi que j’envisage pleinement la ville que je ressens ses pulses comme celui de la force de ce morceau. Si vous tendez l’oreille, que vous suivez bien toutes les pérégrinations ici présentes vous entendrez parfois des fragments de voix, car la poésie du rythme, le crescendo interrompu et repris jusqu’au final touchent les musiciens, les emportent dans le même tourbillon que nous, simples auditeurs.
Et puis il s’éteint. Comme tout véritable événement il disparait de manière impromptue, inespérée et soudaine pour laisser la place à d’autres moments et à d’autres sensations. Ainsi va la vie.
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En fait cela fait déjà un an qu’il est mort Esbjörn Svenson, un peu plus même.
http://kmskma.free.fr/2008/06/371-sad-song-esbjrn-svensson-trio.html
J’adore ce disque (et ce morceau), peut être mon préféré D’E.S.T.
Fufu, le temps file c’est incroyable… Pour moi c’était encore il y a quelques mois…
Sinon oui c’est mon disque préférée aussi.
C’est marrant, EST c’est typiquement le style de jazz qu’affectionnent ceux qui, justement, ne « viennent » pas du jazz à proprement parler à la base. :)
Bon perso j’suis pas hyper fan en fait, je trouve que ça manque d’énergie, ça fait trop jazz contemporain contemplatif intellectuel comme j’aime pas. Si on cherche un truc un peu identique, dans ce style jazz nord-européen, je préfère largement ce que fait un gars comme Arve Henriksen. Plus aventureux et satisfaisant, pour moi, qu’EST.
Ceci dit, je respecte E. Svensson, cette figure de musicien transversal qui savait s’adresser à différents publics et qui l’a rendu, quelque part, accessible pour beaucoup de gens qui ne venaient pas forcément au jazz naturellement (sorti de Coltrane et Davis, hein).
Dis donc il n’y a rien de lui sur Deezer
Bonjour monsieur le Blogueur Influent, j’ai trouvé une vidéo Youtube sur deezer mais c’est tout, bien étrange.
Sinon Digi je te trouve un peu dur, j’aime bien le côté apaisé ou énergie rentrée que dégage EST. Comme le disait KMS c’est aquatique comme musique.
Ouai, c’est aquatique genre petit bassin où tu t’assois, l’eau jusqu’à la taille, avec les petits clapotis et les gamins en brassards. :o
Non, en vrai j’aime bien « Strange Place For Snow » et le disque où EST rejoue des compos de T. Monk. Mais y’a trop de choses que j’apprécie pas dans la disco du trio pour que j’y revienne souvent.
Je vais me mettre « Lumi » d’Edward Vesala, tiens. Si tu veux de l’apaisé et de l’introspectif, Bibish, écoute ça. Une approche de batteur, forcément, mais c’est vraiment incroyable comme album.
Bien bien ce Lumi. J’ai pas encore assez écouté pour en dire plus mais très bon disque, ce conseil n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd…