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Articlé publié le 27 juil 2009 par .

Classé dans Réflexions.

Les Pirates, véritables défenseurs du droit d’auteur ?

Les gentils artistes contre les méchants pirates. La populace ignare et méchante qui profite des « défaillances » du réseau pour abuser la société, le droit et nos innocents créatifs. La dialectique commence à être bien huilée et il suffit de penser à notre ami Bénabar et son intervention de vierge effarouchée pour réaliser son omni-présence. 30 ans que ce discours est utilisé, répété, matraqué. De la K7 audio aux mp3 en passant par la disquette il a bien fallu sans cesse revenir sur ce point. L’argument en soi est simple et semble fonctionner : le droit d’auteur assure le droit d’exploitation de l’œuvre, les pirates détournent ceci donc ils mettent à mal le droit d’auteur et ils font de la peine à nos saltimbanques aux comptes « insuffisamment » garnis.

Les majors et les états s’érigent ainsi comme les défenseurs de la veuve et de l’opprimé, près à en découdre avec la populace pour que le bon droit soit respecté. Le bien contre le mal, la rationalité économique contre les pulsions primaires. Dans une dialectique typiquement américaine on pourra dire que c’est même la Liberté contre le Communiste. Que de beaux symboles historiques peuvent se greffer devant ce combat aux enjeux mirobolants. Marlène, 14 ans, ne sait pas qu’elle prend part à un combat cosmique, à un combat pour l’essence même de notre société, quand elle télécharge Tokyo Hotel. Sinon, bien entendu, elle ne téléchargerait pas, seul son ignorance explique qu’elle se retrouve naïvement dans les tranchées de cette guerre impitoyable ; comme pourrait nous l’expliquer un agent du gouvernement, si les gens téléchargent c’est probablement qu’ils sont mal éduqués.

Si cette vérité était principielle, si elle coulait de source, il ne serait pas nécessaire de la répéter sans cesse, de faire des clips télévisés criards et insupportables sur la question. Il semblerait donc que cette fresque héroïque repose sur d’autres fondements qu’un principe. On en viendrait même à inverser les rôles.

Plongeons dans la caricature. Imaginons à la manière des guignols une réunion au sommet de la World Compagny dans les années 70s. Avec l’arrivée des K7, Bill a un problème. Les gens font des copies des disques, copies pour lesquelles ils ne payent pas.

Bill expose la situation à ses camarades. Ils frémissent devant ces idées communistes, faire des copies sans payer les disques, c’est criminel. Le problème comme l’explique Bill, c’est qu’il est difficile de poursuivre les gens parce qu’ils font des copies, l’accusation de vol n’est pas facilement exploitable dans cette situation.

Alors quelqu’un a l’idée. Il faut prendre les artistes comme victimes de ses pratiques, victimes de leur propre public, victimes de ces copies et démontrer qu’il y a bien préjudice contre eux. Sensibiliser la foule. On entend encore les rires machiavéliques de plaisir résonner aujourd’hui.

Bien entendu, cela ne s’est pas passé de la sorte, du moins on l’espère, mais le résultat fut à peu près le même. L’utilisation des artistes. Contextualiser de la sorte permet de souligner un point, plus que la défense d’un droit, c’est l’usage d’une stratégie médiatique et quand cela est possible d’une stratégie juridique. Il est bien dit que l’artiste a le droit à l’exploitation et à la cession de cette exploitation, mais comme il est difficile de dire que télécharger c’est du vol (malgré nos spots de T.V.), il est très délicat de démontrer que le téléchargement lèse l’artiste au niveau de l’exploitation.
Par exemple, que les ventes des disques baissent peut s’expliquer par de nombreux éléments comme la diversification des dépenses culturelles (jeux-vidéos, matériel hi-fi, dvds, Blue-Ray) comme par des situations conjoncturelles (fin du renouvellement des médiathèques suite au remplacement des disques vinyles par les cds). Que le téléchargement ait joué un rôle là-dedans est probable mais difficilement chiffrable. Un juge sérieux serait bien perplexe s’il devait évaluer cet impact, les milliards de milliards de « pertes » affichés par les majors sont des gentils songes capitalistes pour enfants crédules. A moins qu’on cache le PIB mondial quelque part sous nos lits.

A vrai dire quand je lis des gens s’inquiéter pour les droits d’auteur, les fameux « les droits d’auteur vont disparaître » que nous assènent régulièrement des « spécialistes » avec une goute de sueur paranoïaque le long de la tempe me font doucement sourire. Ils allient l’absence de vision de l’avenir à une hypocrisie des plus totales.

L’hypocrisie car le droit d’auteur n’est pas défendu par les industriels. Il est simplement toléré, accepté comme tel. Le droit d’auteur est une simple règle qui permet d’encadrer les conflits entre industriels pour empêcher que ce soit la loi de la jungle qui serait préjudiciable à tous. L’artiste n’a d’existence pour l’industrie que dans sa capacité chiffrable point dans sa créativité. Cela va de soi, mais un certain nombre de pratiques permettent de souligner cet état de fait.

Pour lancer un « artiste » une pratique courante est de lui faire faire des reprises de tubes, si possible de tubes oubliés. Le droit d’auteur est en surface respecté, les droits sont payés, la paternité doit bien être écrite quelque part. Simplement en surface, on se garde bien d’afficher haut et fort que ces « succès » sont en fait de simples réorchestrations dans les meilleurs des cas. D’où le fait que certains pensent que Michael Bublé a écrit pleins de belles chansons.

Une autre pratique, est de diffuser des faux sur le net pour lutter contre le téléchargement. Vous trouvez par hasard le nouveau Coldplay sur un p2p au moment de sa sortie, sauf qu’aucunes des chansons ne correspond à l’album. Parfois cela est strictement autre chose, parfois, et de manière plus vicieuse, ce sont des chutes de l’album précédent ou des versions ratées. Dans tous les cas la pratique est « compréhensible » dans la perspective qu’est celle des labels, essayer de contrecarrer un maximum le téléchargement illégal. Sauf que quand on y pense d’un point de vue plus global, on se trouve à surprendre ceux qui s’érigent comme les champions du droit d’auteur en train de diffuser des faux sur le net.

Un sympathique monde.

le rêve absolu, l’idéal commercial c’est un peu la petite fille chinoise pour les J.O. qui faisaient du Playback car jolie pendant que la véritable chanteuse, un peu plus grassouillette, évitait de dénoter sur les écrans de télévisions de milliards d’individus. L’art et l’image.

En face nous avons les pirates. Vous savez ces extrémistes, probablement Athées et communistes, qui égoïstement (oui les communistes sont en fait des losers égoïstes), pillent le patrimoine culturel mondial de leurs clics nonchalants.

Sauf que, sauf que… sans m’étendre encore une fois sur la question, il n’est pas clair que les pirates dépensent moins que les autres pour la musique, certains soutiennent même qu’ils dépensent plus. Mon véritable propos aujourd’hui est l’autre versant du droit d’auteur, la propriété intellectuelle.  Comme je viens de le signaler, souvent ceux qui exploitent cette propriété en font peu de cas. Ce n’est pas le cas des fanatiques de la musique, des pirates.

Nous, vous me permettrez de m’inclure dans ce groupe, respectons infiniment l’artiste. Il n’y est pas question de travestir son nom et son image. Au grand jamais. Les fichiers sont étiquetés, nettoyés, certifiés. Savoir qui, savoir quand, savoir comment, savoir où, savoir quel label, savoir quelles anecdotes. Les pirates cherchent à tout identifier, ils reconstruisent en fait de véritables bibliothèques numériques classés par artistes, par albums. Un de ces maladifs de la musique, peut vous signaler que tel son, que tel sample, que tel rythme ou telle mélodie utilisés dans cette chanson sont en fait  extraits de telle autre, produite et éditée en telle année. Il y a chez ces pirates un travail autour des disques et à leur propos que ne renieraient pas les historiens, on parle ici de passion et de savoir.

C’est pour cela  que la technique de diffuser des faux est d’autant plus  significatif. Ils travestissent la vérité, ils se placent dans la démarche opposée à celle des internautes, qui eux chérissent la musique en tant que telle, en tant qu’émanation d’un artiste, d’un label, d’une période, d’une zone géographique.

L’internaute bien plus que l’industriel et que les artistes qui collaborent à ce système, a bien cerné la double dimension du droit d’auteur et défend absolument la propriété intellectuelle. On peut dire qu’il met à mal le droit d’exploitation, sauf que l’internaute n’exploite pas. Il ne vend pas, il ne triche pas, il ne change pas les noms, il s’approprie.

Il prend acte de l’acte créatif, de l’avènement qu’est une chanson et avec joie il l’assimile. Comment peut-on dire qu’une chanson comme beat it appartient exclusivement aux ayant-droits dans toutes ses dimensions ? Si je la sifflote, si je fais des vidéos où je fais du playback par-dessus, légalement, comme le tant à prouver un certain nombre de décisions stupides, je trahis le droit, je viole les droits d’auteurs. De là, les artistes et labels poursuivent en justice les seuls individus qui les respectent complètement. Pourtant cette chanson de part son succès à atteint une autre dimension, et tant que je n’essaye pas de me faire de l’argent dessus et que je sais qu’elle provient d’un album de Michael Jackson, je ne génère rien de mal, ou peut-être est-ce-là le mal? Je me livre à des activités liées à cette chanson sans générer d’argent. Quel malheur!

Le droit d’auteur se porte bien merci pour lui. Il se porte d’autant plus bien qu’à la différence du rêve de nombreux commerciaux les artistes ne sont pas interchangeables. Comptez sur ces « pirates » pour défendre la propriété intellectuelle  (donc la paternité) et pour être indigner quand quiconque fera une exploitation industrielle de ces objets culturels sans en référer à l’artiste.

Nos adversaires ne défendent pas le droit mais un modèle économique obsolète. Cela prendra le temps qu’il faudra, mais au bout du compte il n’y aura plus d’Hadopi et autres stupidités pour le préserver.

La saga des pirates sur Substance M.:
Manifeste pour la licence globale
Hadopi: Lettre ouverte à Bénabar, le petit père des peuples.
Hadopi est mort
Hadopi: les internautes sont nuls en politique
Intermède cinématographique sur Hadopi
Dadvsi, Hadopi: On n’excuse pas les artistes.
« Télécharger c’est mal »

2 commentaires

  1. Digital Mojo
    27 juillet 2009

    Belle pulsation d’écriture, Bibish.

    La confrontation de deux univers. On aura beau parler, « ils » se rendront compte que, oui, parfois il y a un « sens » à l’Histoire. Aller contre et préserver ce qui n’existe plus ou presque est une perte de temps incroyable, un véritable gâchis.

    Alors qu’avec les moyens économiques et financiers, il y aurait tant de choses incroyables à faire et à promouvoir via un nouveau « modèle » de fonctionnement… Ça me déprime de voir que je ne suis pas assez intelligent pour le poser clairement sur papier, aboutir à quelque chose de viable et de stimulant pour l’univers de la création culturelle.

    J’espère au moins que quelqu’un aura à un moment donné une vision sur laquelle il s’appuiera pour donner corps à ces incroyables possibilités suggérées par tout ce qui nous entoure aujourd’hui.

    Perso, je me contente de les imaginer. Ceci étant, c’est déjà un pas de fait en direction de quelque chose.

  2. Serge Rivron
    28 juillet 2009

    Excellent article, et d’une remarquable justesse : oui, les « pirates » respectent infiniment plus la (dite) « propriété intellectuelle » que les menteurs, profiteurs et autres imposteurs qui prétendent défendre la droit d’auteur à coup de flicage du net et autre divulgation de fausses nouvelles. Les lois dadvsi, Hadopi et bientôt la suite n’ont qu’un but : permettre aux formateurs de la création de préserver leur règne. Aucun comptable d’aucune Major ne peut sérieusement imaginer que le téléchargement, c’est à dire l’échange et la circulation d’oeuvres, enlève aucun centime d’Euro de droits à aucun artiste ! Au contraire ! Les seuls qui croient à ces mensonges énormes, ce sont un certain nombre d’ « artistes » vénaux ou tenus en laisse par leur éditeur – Ils feraient mieux de croire à leur oeuvre, soit dit en passant.
    Je me permets de renvoyer vos lecteurs à ce texte, écrit il a quelques années déjà : http://srivron.free.fr/comvoyous.html

    Bien à vous,

    S.R.

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