Dans mes promenades berlinoises j’avais jusque là manqué les cimetières alors que j’étais curieux les concernant. En une semaine j’en ai visité deux et il faut le dire si je devais me faire enterrer je préférerais ici plutôt que dans notre bon pays. On pourra dire que je continue d’être très partial et trop amoureux de Berlin pour avoir des propos censés mais l’évidence est là, leurs cimetières sont de bien beaux endroits.
En France un cimetière, celui de Montreuil par exemple, c’est une sorte de désert, où seul la pierre semble pouvoir survivre. Même l’idée de Mars me semble moins vide et moins triste que ce cimetière. Quand on s’y rend, on ne veut pas y rester, on rend notre hommage sous un soleil de plomb qui nous décompose et nous épuise et on s’enfuit vite. On préfère d’autres endroits pour rendre hommage probablement mais c’est dommage, le cimetière au-delà de notre culture chrétienne est un lieu important pour se recueillir, penser à ceux qu’on a aimé. Une des personnes les plus importantes de ma vie a été incinérée plutôt qu’enterrée. C’est un choix que je respecte et avant cela m’était complètement indifférent, maintenant je souffre de ne pas avoir de lieu sur lequel je puisse me rendre pour lui « parler », me sentir proche de son souvenir.
Un cimetière ici ressemble à un parc. Il y a des bancs, il y a des arbres partout, des lieux où la nature est plus anarchique et mal contrôlée. Des gens font leur jogging à travers le cimetière, certains passent en vélos et moi je traine discrètement entre les pierres tombales regardant les Rühestatte, les quelques citations de la Bible et les années de décès. J’ai envie de me poser sur un banc et de bouquiner mais je préfère flâner, chercher les gens décédés dans les années 40 par curiosité. Une femme et sa fille me croise avec un bouquet de fleurs à l’arrière d’un vélo me rappelant aussi la triste intensité et actualité d’un tel lieu. Pour rendre hommage c’est tout de même mieux de se sentir à l’aise et dans un endroit « vivant » avec des fleurs et des arbres plutôt qu’une prolongation morbide de l’état du trépassé avec la pierre froide et indifférente.
J’ai envie d’accompagner cela de cette chanson. La musique est un peu clichée et si vous comprenez, les paroles flirtent parfois avec une certaine candeur. Comme pour le Hip-hop, ce qui ressemble le plus à du Slam en Allemagne n’a que peu de rapport avec la tradition américaine qui est plus engagée et plus sociale. Dans ce « slam » on parle du temps, du voyage, de traverser le monde pour finalement revenir aux choses simples à apprécier son propre quotidien, à ne pas laisser le temps couler entre nos doigts entre nos ennuis et nos manques de courage. J’ai connu cette chanson au travers mes cours d’allemand, peut-être pour cela que je l’apprécie car il n’y a rien de fameux ici mais je me laisse aller à suivre la voix, à chercher à comprendre et je me dis qu’il faut que je meuble mon quotidien…
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En voilà un post intéressant. Les Allemands m’étonneront toujours. Le cimetière comme espace de vie. Quelle culture quand même ! A l’avenir, je penserai à visiter plus de nécropoles étrangères. On doit y apprendre tellement de choses sur le vivant. Je me demande même s’il n’y a pas déjà un bouquin écrit là-dessus. Tu as une idée ?
Alors là, en ce qui concerne les cimetières et les enseignements qu’ils dévoilent sur une société, l’évolution de leur position au sein d’un regroupement urbain (hier en plein milieu des villes, aujourd’hui plutôt construits en extérieur ou en périphérie), je renvoie vivement à un bouquin écrit par un de mes anciens profs de sémiologie, quand j’étais encore un étudiant de sciences po fringuant:
« L’Archipel Des Morts – Cimetières Et Mémoire En Occident » sorti en 2005.
Excellent bouquin, trouvable en occaz’ sur certains sites de vente en ligne (ou même en librairie). Un must qui mêle sémiologie et architecture/urbanisme. J’ai adoré.
Et un excellent prof, soit dit en passant.
Écrit par Jean-Didier Urbain donc (le nom de l’auteur, quand même…).