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Articlé publié le 16 août 2009 par .

Classé dans Chroniques, Réflexions.

Teeth Mountain

teethmountainlpOriginaire de la foisonnante scène de Baltimore, Maryland, (Dan Deacon et Ponytail, pour les plus reconnus à l’heure actuelle), le collectif Teeth Mountain manipule depuis un an et demi une formule particulière, piochant allègrement dans une symbolique psychédélique enflammée (vous la sentez la filiation directe avec Popol Vuh?) mêlée à une addiction particulière pour les polyrythmes en superposant 3 ou 4 éléments percussifs au sein d’un même morceau. Une identité résidant quelque part entre une révérence évidente à un état d’esprit en provenance directe d’Afrique de l’Ouest et un folklore mystique amérindiens par ce mélange folk / drone hypnotique d’une redoutable efficacité.

Tous deux co-fondateurs du collectif, Andrew Burt et Kate Levitt se rencontrent au printemps 2007 au Goucher College de Baltimore, établissement d’études supérieures privé spécialisé dans l’enseignement des arts libéraux qui pourrait sembler particulier dans un système de type français mais que l’on retrouve assez couramment aux États-Unis. C’est au détour d’un cours de philosophie que les deux jeunes musiciens se décident à monter un groupe déconnecté de toute notion de style ou de genre, rassemblant suffisamment d’influences pour éviter toute classification hasardeuse.

Ainsi, le collectif alors sans nom se constitue autour de six musiciens aux aspirations divergentes mais se rejoignant sur une seule et même pratique: celle du jam, de l’improvisation collective qui va donner naissance à cette transe hypnotique tout à la fois datée et particulièrement contemporaine à un période où de nombreux groupes offrent à des esthétiques passées de mode une seconde jeunesse. Combiner à la fois l’ancien et le nouveau, c’est le parti-pris des premiers enregistrements de Teeth Mountain (dont le nom aura été choisi un peu au hasard, « Parce qu’il faut bien écrire quelque chose sur le flyer » indiquera Bernstein, l’un des membres du groupe).

tm1Teeth Mountain est un collectif mouvant qui, même s’il rassemble le même cœur de performers, n’hésite pas à piocher au-hasard des concerts et des tournées pour ramener des éléments externes apportant une nouvelle fraîcheur et un état d’esprit différent au collectif. La première manifestation en public se déroule en plein hiver 2007 / 2008. C’est lors de cette première tournée que sera captée la performance qui donnera naissance à la toute première sortie du groupe, une obscure cassette baptisée sobrement « »Teeth Mountain » parue courant 2008 via Night People en édition ultra-limitée (à l’instar d’une pléiade de sorties sous ce format via Wagon, Not Not Fun Records et tant d’autres micro-structures à travers le pays).

Les deux faces de ce mélange hasardeux drone à coups de polyrythmes enveloppant, d’interminables complaintes de violons et autres contrebasses, une alliance totalement libérée des contingences autant mélodiques que rythmiques, retrouvent les bacs courant 2008 via une réédition cette fois-ci CD/LP via le micro-label SHDWPLY Records (Norfolk, Virginia). L’occasion de saisir la pleine mesure des promesses musicales de Teeth Mountain. C’est via cet enregistrement que je me suis retrouvé pour la première fois face à la pratique musicale du collectif. Les combinaisons de ses sets de batterie, percussions, saxophone, clarinette, violons, contrebasse, pédales d’effets, voix, guitares, instruments tout à fait personnels et ces tentations drones en guise de motif d’expression premier,… entrainent dès les premières mesures dans un espace hypnotique accrocheur. Surtout par ce faux-semblant d’une musique qui semble d’abord tout à fait datée mais qui n’oublie jamais ce qu’elle doit à cette fin de décennie 2000 (la joie du paradoxe musical de cette décennie, à n’en pas douter).

Le collectif se fait rapidement remarqué puisque embarqué à l’automne 2008 dans le « Baltimore Round Robin Tour », une tournée à travers les États-Unis rassemblant une palanquée de musiciens obscurs chapeautée par un Dan Deacon en pleine ascension médiatique via la sortie de son dernier « Bromst » évoqué dans nos pages. Découpée en trois sessions aux motivations distinctes, « Eyes Night », « Feet Night » & « Weird », la tournée est l’occasion pour Teeth Mountain de s’ouvrir à une audience plus large et d’éprouver l’universalité de sa formule quelque soit l’environnement direct. L’un des véritables motos du collectif qui semble s’exprimer dans la poignée d’enregistrements aujourd’hui disponible. Et si le chaos semble être la première des impressions pour l’auditeur lambda, tout ceci est en réalité sous-tendu par une réelle implication de chacun, l’envie de tirer dans la même direction, et une émulation collective qui se doit d’être saluée.

Une tournée organisée fin 2008 / début 2009 donne naissance en mai dernier au LP « Live On », publié par Not Not Fun NNF162BRecords. Un enregistrement live qui restitue, via deux faces d’une quinzaine de minutes chacune, l’orientation de Teeth Mountain: ces superpositions de percussions tribales habillées d’improbables improvisations avec tout ce qui se trouve sur scène. En témoigne la transe dégénérée de la face B, bardée d’effets en tous genres, balafrée de rythmiques constantes, imperturbables, qui emportent l’auditeur vers une dimension hétéroclite où l’univers tribal africain semble côtoyer cette tradition américaine d’improvisateurs underground au talent brut et à l’imagination fertile.

Alors qu’on attend avec impatience les prochaines publication du groupe, on se surprend à découvrir un vivier de performers live à l’identité très affirmée. Des musiciens capables de construire sur l’instant, donnant tout son sens à une collaboration collective dont l’émulation constante produit cette flamme excitante, cette impression d’assister indirectement à l’échafaudage d’un son puisant dans l’imaginaire de chacun. Surtout, cette dualité entre l’intellect et l’explosivité qui reste la caractéristique fondamentale de l’improvisateur. Être capable d’aller chercher le plus loin possible en soi, dans un mouvement de déséquilibre quasi constant, pour tout ressortir en un geste foudroyant. Une frénésie qui recrée le futur à partir d’une somme de présents assemblés.

Une inspiration débridée qui doit beaucoup à ce rassemblement de groupes et de collectifs sur Baltimore et ses alentours. Une série de lieux de performances incontournables, appartements ou bars anonymes, qui offrent l’occasion d’un mélange d’influences sur lequel le Temps n’a plus de prise; dont la seule et unique motivation est de propulser ce résultat, quel qu’il soit, dans un futur immédiat. Teeth Mountain en est l’une des manifestations évidentes les plus prometteuses.

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