« Le Krautrock a bercé mon adolescence. J’ai écrit cette brève histoire du genre pour dire ce que m’inspire cette musique dont la Magie et la Puissance suprêmes sont restées trop longtemps longtemps méconnues. Le krautrock n’est pas la musique de n’importe quel groupe allemand du début des années 1870. Ce fut l’attitude puissante de quelques rares pionniers qui annonçaient le punk – ses pères fondateurs, ceux qui en furent l’origine. Le krautrock, c’est ce que le punk aurait été si Johnny Rotten avait été aux commandes – une espèce de délire païen sous LSD, une Odyssée gnostique du genre « Trouve le Dieu qui t’habite en libérant tes démons.» Un peu comme les meilleurs moments de Hawkwind, mais sans les côtés science-fiction et Jugement dernier. Le public perçoit le krautrock de manière peu claire; les gens ne sont pas conscients que ce fut quelque chose d’aussi sacré que la réunion des Stooges, de Sun Ra et des MC5 sur une même scène. Un rock qui sentait le cul, transcendantal et cosmique, créé par des visionnaires surpuissants, moitié poètes et moitié druides gonflés aux amphétamines, un rock qui avait toujours un style d’enfer.»
Extrait de Julian Cope, Krautrocksampler, édition de l’Éclat pour le texte français (traduction Olivier Berthe), 2008 (1996 pour le texte original).
Il semblerait que dernièrement j’ai un peu trop cité ce livre de Julian Cope, jusqu’à provoquer quelques interrogations, je règle ainsi définitivement la question en citant ce premier paragraphe de son introduction. Son livre est devenu une sorte de classique incontournable sur la question d’autant qu’il a un petit peu devancé la grande vague de retour vers le krautrock. Même s’il est probablement devenu trop prédominant et que Julian Cope s’y montre d’un certain purisme (que je partage sur Amon Düül mais moins sur Kraftwerk) il reste incontournable par la passion qui anime ce musicien, une passion visible dans sa prose et qui nous contamine. L’édition française est d’ailleurs impeccable et à un prix abordable.
Il est souvent excessif ce bouquin (parce que personnellement les Cosmic Jockers par exemple m’emmerde) mais c’est peut être bien pour ça qu’il est indispensable.