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Articlé publié le 26 sept 2009 par .

Classé dans Chroniques.

Turzi, « B »

Cela pourrait commencer comme un mauvais morceau de Techno ou un morceau de métal près à hurler. Les quelques mots prononcés rappellent le lointain Versus d’Ez3kiel avant que cette chanson commence à gronder d’un son lourd et puis… et puis un rythme bondissant, répétitif à souhait, diabolique et psychédélique surgit, lançant véritablement le disque. Turzi est de retour et ce B s’annonce comme une suite cohérente au A.

Cette cohérence il suffit de relire les interviews de l’époque de A, déjà deux ans, pour qu’elle saute aux yeux. Que ce soit sur fluctuat, sur foutraque ou ailleurs les données étaient fixées. L’idée de s’inscrire dans une tradition européenne de la musique, ou tout du moins dans un rapport spécifique à la musique qui s’opposerait à une prédominance pop américaine, a continué de faire son chemin. Non pas que Turzi nierait la culture musicale américaine mais il l’utilise et la digère dans une autre perspective. Ce n’est pas surprenant qu’il cite la musique répétitive avec les Reich et les Riley, ou le son rock noisy avec Sonic Youth and co. Ce n’est pas non plus surprenant qu’il rejetait dans l’interview de Foutraque une certaine filiation Prog. On peut dire qu’il fait preuve d’une grande lucidité quant à l’analyse de sa propre musique et de ses origines. Les répétitifs et mystiques Buenos Aires et Bombay sont autant des résultats que des signes de cette vision.  Le son hypnotique et agressif du  presque punk Baltimore, avec Bobby Gillespie au chant, se transforme en une sorte d’incantation jubilatoire est une démonstration que Turzi est moins va-en-guerre que dans A vis-à-vis de l’idée Américaine, ou plutôt que la guerre s’est mondialisée et qu’il a conquit même ce territoire.

[2009] Turzi - BLa force de Turzi sur ce deuxième album est de se donner les moyens autant intellectuels que musicaux pour affirmer sa posture et son univers.  Il semble toujours difficile en France de créer sans sentir le poids de l’histoire, nous avons toujours un rapport compliqué avec les anciens dans cette relation de proximité et d’éloignement, hormis les Gainsbourg. Les américains et les allemands ont probablement mieux maitrisés ce lien à l’histoire, peut-être pour un esprit « nouveau monde » pour les premiers et parce qu’ils n’avaient pas le choix pour les seconds. Je repense à la vague des groupes de rock parisiens de ces dernières années qui parce qu’ils citaient les références incontournables (des Sonic Youth jusqu’au Rolling Stones) et parce qu’ils tenaient une posture « Rock’n'Roll », c’est-à-dire vestes en cuir et lunettes de soleil, ont cru produire quelque chose de palpitant. Un peu comme le garçon de café de Sartre qui est garçon de café parce qu’il fait semblant de l’être. Avoir des références et les sublimer, c’est deux choses bien différentes. Si Turzi sait d’où il vient il n’a pas d’inquiétudes quant à la production de quelque chose de singulier et d’intéressant. Brasilia dans son introduction possède un esprit  à la Jean-Michel Jarre mais un Jarre qui aurait pris un coup de stress nerveux pour partir courir dans des cimes affolées.

Et ce Bogota qui commence à la guitare comme une chanson de Manuel Göttsching, la filiation avec Ash Ra Tempel ne faisant pas l’ombre d’un doute, avant que la guitare disparaisse pendant que le rythme se prolonge dans une autre forme de groove aux dimensions filmiques ou tout l’art de citer sans pasticher.

Le dernier morceau, Bamako, est peut-être celui qui affirme le plus la trajectoire de ce B. Une introduction à la Tangerine Dream avant d’avoir des sons atmosphériques qui nous transportent dans un ailleurs où domine la voix de Brigitte Fontaine par delà les flots sonores. Nous sommes des mutants treize minutes durant, pop et dense, efficace et aérien, musique monde et résonances françaises, il y a de tout cela.

Alors pourquoi toutes ces villes? Quel rapport entre Baden Baden et cette déferlante? Entre Bombay et cette course poursuite sonore ou entre Brasilia et cette électronique qui enfle de ses répétitions? Au-delà du choix de villes en « B » cette sélection ne semble pas faire spécialement « sens ». Cela a  probablement aucun rapport mais j’aime à penser que ces choix dressent une sorte de carte psychique et exotique du monde, une sorte de voyage fantaisiste dans des lieux-dits qui ne sont plus que des rêves, des pures abstractions fantasmées. Cela m’évoque les noms des rues et lieux d’un film français que j’aime beaucoup Pas de Repos pour les braves. Dans ce film les petits villages ruraux se nomment Oncongue ou Buénauzères alors que le personnage principal refuse de dormir car il a rêvé de « Faftao-Laoupo », dieu de l’avant dernier sommeil…s’il dort encore il mourra… Le tout transformant  ainsi la campagne française en un lieu imprévisible et mondial.

Pour conclure de Zombie Zombie, Joakim à Turzi, il y a ici un espoir qui commence à se confirmer. Une réappropriation du rock allemand des 70s en le passant à la moulinette d’autres cultures (noisy, disco, techno, musiques électroniques) pour proposer quelque chose qui ressemble à une culture rock en France. Une culture protéiforme et électronique qui se rêve souvent en bande sonore de films B, forcément, mais en une culture tout de même vivante, qui surgit et qui prend toute ses dimensions en concert. Vivement que Turzi et ses Reich IV passe à Paris (le 12 octobre  Romain Turzi sera au Point éphémère en Dj live et le groupe sera à l’Elysée Montmartre le 29…voyez les commentaires ).

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5 commentaires

  1. PointEphémère
    27 septembre 2009

    Attention le 12 Octobre ce n’est pas Turzi le groupe mais Romain Turzi solo.

    Pour voir le groupe, il faudra aller le 29 Octobre à l’Elysée Montmartre.

  2. Bishop
    27 septembre 2009

    Ah merci de la précision, cela ne m’empêchera pas de venir tout de même, mais l’invité surprise est-il celui indiqué dans le myspace de Turzi à cette date? Car sinon c’est une surprise qui n’en est plus une…

  3. tartaupoils
    29 septembre 2009

    si turzi arrive a garder la tete froide , il vas devenir une reference.
    apres un premier album goûtu, il confirme.

  4. Trakse
    29 septembre 2009

    Il me semble que c’est son troisième album, à l’ami Turzi. Après « Made Under Authority » en 2005 et « A » en 2007.

  5. Bishop
    5 octobre 2009

    Tu as raison Trakse mais on considère souvent Made Under Authority comme une sorte de mini-LP prélude à A. L’archéologie de Turzi su tu veux, d’autant que si je ne m’abuse il n’était pas entouré du Reich IV pour ce disque.

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