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Articlé publié le 14 oct 2009 par .

Classé dans Pochettes/Visuels.

Une pochette # 8 : Ritual de lo Habitual

Il y a des disques dont la pochette rebute. Celle de ce monument trop souvent oublié qu’est Ritual de lo Habitual en fait partie. Il y a quelque chose de désagréable dans cette image, elle est trop criarde et surchargée, avec son côté pastiche d’une Amérique du Sud vulgarisée. Il y a des bougies, un coq qu’on dirait en plastique, des dessins à droite et à gauche qui rappellent des représentations de Saints. Il y a aussi ce décor tout en fer et en fruits avec comme deux accordéons étranges ( !) qui surplombent trois statues un peu en toc qui elles-mêmes sont drapées par un grand tissu rouge sans que la pudeur soit sauve, organes génitaux à l’air sans problème. De cette pochette et à partir d’elle on peut tirer deux histoires, l’une malheureuse qui se confond avec les péripéties et l’origine de ce groupe Jane’s Addiction et une autre plus politique.

Ritual de lo HabitualJane’s Addiction et cet album sont probablement l’une des plus belles choses que les années 80 enfantèrent. Ce son venu tout droit de Los Angeles arrivait à accorder un esprit épique Cold Wave  à la violence du punk de la décennie et aux inspirations venues du sud, la Californie et plus loin le Mexique avec des rondeurs à la basse et une certaine folie. Cette folie on la retrouve dans cette pochette qui montre tous les déboires et les passions de ce groupe, elle fait directement référence à la chanson phare du disque: Three Days.
C’était une colocataire canadienne, il y a des années, qui m’avait prêté cet album. Honnêtement cette image me déplaisait plutôt, cela ne me donnait pas spécialement envie d’écouter ce disque, il y avait un quelque chose de malsain ici mais un quelque chose qui ne tenait pas à la nudité, plus à une impression morbide soutenue par ce décor étrange. La curiosité l’avait cependant emporté et je suis tombé sur cette chanson qu’est Three Days. La puissance était là, dévastatrice mais canalisée dans une montée magnifique avec ce génial air de basse qui fondait l’ossature même de ce morceau. Les solos de guitare, la voix déchirante et le temps consacré à ce morceau/orage (plus de 10 minutes) m’avait complètement conquit. Et l’album ne se résumait pas qu’à cette apogée… Il y avait Stop, Ain’t No Right et d’autres… Je ne pouvais plus que le laisser tourner en boucle, je ne comprenais pas vraiment les paroles et cela ne m’intéressait à vrai dire point.

Pourtant j’aurai mieux compris cette pochette si j’avais fait cet effort. Three Days, c’est trois jours d’amour, de sexe et de drogue entre Perry Farrell, tête pensante du groupe, sa petite amie Casey et Xiola alors âgée de 19 ans. Trois jours d’orgie et de rêves à moitié divins, All of us with wings! Erotic Jesus lays with his Marys. Trois jours transformés en un souvenir superbe mais douloureux suite à la mort par overdose de Xiola quelques semaines plus tard… La nudité s’explique alors, pas besoin de se cacher, il y ici aucune honte ici, seulement les restes d’un moment érotique et intime, un hommage. Ritual de lo Habitual se retrouve coincé dans un univers fait d’objets banaux et d’élan mystique (les sortes de couronnes de feu). C’est ainsi que cette image dégage de l’énergie, de la chaleur, sans qu’on sache vraiment si elle est une ode à la vie ou à la dépression, les visages des statues semblent épuisées, sans exprimées un sentiment particulier même si je crois y voir un sourire.

Clean CoverLa pochette fit scandale. La nudité a toujours été quelque chose de mal vu sur les couvertures de disques (souvenez-vous, le trop culte Electric Ladyland d’Hendrix) et rapidement un front se leva contre Jane’s Addiction soutenu par les parents de la Xiola qui n’appréciait pas du tout ce choix, ce que l’on peut comprendre même si cela ne justifie pas pour autant la censure. Pour pouvoir exister sur le marché ce disque trouva une seconde peau. On peut la nommer « clean cover » ou comme d’autres et avec plus de facétie, la pochette Wal-Mart friendly. Celle-ci se compose d’un blanc immaculée. Enfin presque. Hormis le nom du groupe et du disque, on y trouve un « Article 1 » suivi d’un petit texte. Sans surprise il s’agit bien du premier amendement de la constitution américaine, celui du freedom of speech :

«Congress shall make no law respecting an establishment of religion, or prohibiting the free exercise thereof; or abridging the freedom of speech, or of the press; or the right of the people peaceably to assemble, and to petition the Government for a redress of grievances. »

De plus, pour enfoncer le clou, on trouve au dos du disque ce petit message, « Hitler’s syphilis-ridden dreams almost came true. How could it happen? By taking control of the media. An entire country was led by a lunatic… We must protect our First Amendment, before sick dreams become law. Nobody made fun of Hitler?? »

On passe ainsi d’un drame presque personnel à une dimension politique que ce drame charrie… A la fin heureusement, et bientôt 20 ans après, il reste ce disque et cette pochette, qui continue de hanter nos médiathèques.

« Señoras y señores……. Juanas Addicìon ! »
Lien: une petite biographie

One Comment

  1. Robin
    16 octobre 2009

    Intéressant ça ! Je n’ai jamais vraiment trouvé cette pochette repoussante, mais je ne l’avais jamais analysé non plus, tous comme les paroles de Three Days en fait. Déjà que ce morceau est magnifique, ça prend encore une autre dimension.

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