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Articlé publié le 20 oct 2009 par .

Classé dans Chroniques.

Boy In Static, « Candy Cigarette »

Hier, lundi, ouverture d’une énième semaine d’affairisme pour les uns,  (re)début du trou noir carriériste pour les autres . A la suite d’une mission qui s’avérait, dés l’énoncé, vouée à l’échec (mais dont j’ignorais tout avant de le découvrir par moi-même), j’errais dans le Ier arrondissement à la recherche d’une non-activité qui me détournerait de rien. Je passais à proximité des Arts Déco, remontant nonchalamment la rue de Rivoli au milieu des touristes ébahis par la beauté des sandouiches à 10 € (mais il est vrai que manger un poulet crudités aux pieds du palais du Louvre, ben ça se paye hein).  Jusqu’au 8 novembre, la galerie des jouets accueille l’expo « Musique en jouets »: une mise en scène de 120 « instruments » jouets replacés dans une perspective historique. Cinq musiciens sont d’ailleurs conviés à partager leur expérience de composition et de performance scénique à l’aide de ces petits objets étranges: l’incontournable Pascal Comelade, le jazzman Jean-Jacques Birgé (merci pour « Défense De », merci!; j’en reparlerai un jour) accompagné d’Antoine Schmidt et de leurs 100 Nabaztags (vous savez, ces lapins blancs qui s’illuminent et font bouger leurs oreilles), Eric Schneider que je ne connais pas et surtout Pierre Bastien accompagné de son célèbre orchestre Mecanium (que des Mécanos) créé en 1988 pour l’excellent album du même nom chez ADN ( et ceux qui suivirent). Au final, je n’ai pas pris le temps de faire le tour de l’expo avant de filer rive gauche et de rentrer chez moi. Ceci étant, je ne pouvais trouver meilleur signe que celui-ci pour coucher sur clavier cette note concernant le nouvel album de Boy In Static, « Candy Cigarette ».

candy_cover_largeAlors pourquoi cette introduction tout à fait hors de propos, à première vue? Hé bien parce qu’elle ne l’est pas tout à fait, hors de propos, en vérité. Même pas du tout. Sur ce nouvel album, le duo originaire de San Francisco Boy In Static (Alexandre Chen et Kenji Ross) emprunte visiblement un tracé parallèle à celui d’un Pierre Bastien. Du moins dans l’idéologie et dans le but supposé recherché. Si le medium diffère sensiblement, il parait évident que Boy In Static aurait pu tout à fait trouver sa place quelque part aux Arts Déco pour présenter sa démarche. Composer avec des instruments jouets remonte à plusieurs siècles en arrière mais semble aujourd’hui toujours considéré comme une approche un peu en décalage, jamais vraiment perçu comme de la « vraie musique » par le clampin de base qui n’y verra qu’une manière cocasse de faire parler une vision un peu naïve des choses mise en musique. Mais le clampin de base, dans sa grande sagesse, aura vu juste sans vraiment comprendre pourquoi. J’y reviens un peu plus loin.

D’abord, petit rituel biographique: un EP démo enregistré en 2003 par Boy In Static (BIS)  accroche l’oreille de Marcus Acher, frontman de The Notwist. Coincidence: M. Acher est en plein travail pour monter son tout nouveau label Alien Transistor. Ni une ni deux, une rencontre à Boston plus tard, l’Allemand signe BIS et publie dans la foulée « Newborn »; album réalisé par un Alexandre Chen qui évoluait alors en solo. Le LP passe un peu inaperçu et BIS enchaîne trois années de vide discographique quasi complet (Alien Transistor ne publiera qu’un 7″ courant 2005).  Désormais lié à Kenji Ross, son retour aux affaires Alexandre Chen le doit au label désormais installé à Los Angeles Mush Records. Éminente structure reconnue par les afficionados de rap un poil décalé (à qui l’on doit plusieurs albums véritablement révolutionnaires, n’ayons pas peur des mots), Mush s’ouvre à partir de 2004-2005 à des sorties d’un tout autre tonneau; n’hésitant plus à emprunter les travées pop/rock (qui n’étaient déjà pas bien loin).

Boy In Static enregistre et publie « Violet » en 2007 (avec une sortie japonaise parallèle via And Records), premier LP du duo et second album  pour Alexandre Chen. Plus ouvertement pop, l’univers y est toujours éthéré, la voix d’Alexandre Chen conserve cet attribut ectoplasmique qui la fait flotter au milieu des instruments. Difficile à saisir, l’album se dilue dans un trop plein d’effets « shoegaze » sans jamais véritablement porter à ébullition la formule de BIS. Les 10 morceaux glissent et ne s’agrippent que trop peu pour véritablement intriguer; l’ensemble est trop mouvant pour que « Violet » parvienne à se démarquer significativement. Pourtant, l’étape est d’importance: elle concrétise l’évolution musicale du duo qui passe de la musique crépusculaire d’un « Newborn » à un début d’agitation diurne sur « Violet ».  Déjà ces prémices de balades électro-pop de chambre soutenues par une écriture de qualité. Déjà ces débuts d’un quelque chose volontairement plus « pop » qui va prendre une toute autre dimension sur « Candy Cigarette ».

En 10 morceaux, le nouvel album de Boy In Static (publié par Circle Into Square et Fake Four Inc., double entité fondée en 2008 par les frères Ceschi et David Ramos et les proches de leur groupe Anonymous Inc.) trahit sans doute possible une approche musicale arrivée à maturation. Véritable multi-instrumentiste, Alexandre Chen fait le pari de bouleverser sa méthode et s’empare de pléthode d’instruments jouets pour composer les mélodies qui accompagneront le duo. Le choix paraît aujourd’hui d’une évidence redoutable tant il permet la réalisation d’un album à la personnalité bien plus affirmée que tout ce qu’avait pu enregistrer Boy In Static auparavant.

Plus qu’un simple gimmick qui ferait office de carte de visite, BIS entreprend de monter pièce par pièce un décor factice, en carton pâte, où chaque mélodie se retrouve répétée inlassablement sur ces claviers pour enfants, où des boîtes à musique servent de réceptacle aux fantasmes musicaux du duo, où les parties rythmiques jouées sur des éléments détournés sont doublées par des claquements de main et des sonneries de réveil. L’ouverture via ‘Toy Baby Grand’ en atteste de la meilleure des façons. Tout semble si fragile et délicat, une sensation qui va servir de base évidente aux ritournelles pop proposées par le duo.boyinstatic_parking_web

Comme dans un rêve d’enfant, Alexandre Chen et Kenji Ross font parler une candeur adolescente via cette voix subtilement traitée, jamais véritablement libérée, délicatement conservée dans son écrin de naïveté et d’innocence. Plus ambigüe en vérité, l’album agite tout à la fois une mélancolie évidente qui transpire dans chaque mots prononcés.  Jusqu’à proposer quelques bijoux pop à la puissance larvée et contenue qui trottent dans la tête des semaines durant. En témoigne ‘Young San Francisco’, archétype de ce que l’album a à exposer. BIS y fait montre d’une sensibilité touchante, implorant ce vieux San Francisco de ne jamais vieillir, trahissant par là une inquiétude sous-jacente présente tout le long de l’album.

« Candy Cigarette » est ce paradoxe parfait où se mêle lucidité et ingénuité, un concept par lequel on voudrait pouvoir garder un peu des deux faces présentées, comme une pièce perpétuellement sur la tranche qui ne finirait jamais par choisir de quel côté tomber. Un entre-deux cultivé patiemment qui fait de cet album, non pas l’album pop parfait, mais un album touchant et marquant pour ce qu’il est: le témoignage ponctuel d’une identité particulière. Quelque chose de très humain se dégage de ce « Candy Cigarette ». Une sensation qui culmine évidemment via le morceau du même nom. Cinq minutes d’une délicate utopie prononcée par cette voix enfermée qui, en osmose avec la composition, allie fond et forme en implorant un renouveau amoureux. Et le tournant de l’album, ces quelques secondes hors du temps où un violoncelle double cette rythmique factice, ce clavier enfantin et ces sonneries de jouets, pour libérer la voix, le morceau et l’album tout entier dans un climax puissant.

Sans conteste, « Candy Cigarette » est une réussite pour Boy In Static. Il installe le duo dans un paysage original mais non maniéré. Les compositions à base d’instruments jouets servent de réceptacle aux thèmes agités par l’écriture. Le discours gagne en clarté et en émotion; là où les précédents essais longue durée ne donnaient à entendre principalement qu’un vague ensemble mouvant difficile à cerner véritablement. Inévitablement, l’aspect presque constamment contenu des arrangements est un parti-pris délicat à soutenir pour un album pop. BIS fait le choix de s’installer ici, dans cette pop de chambre qui fait prédominer une sensibilité de bouts de ficelles. A la recherche de quelque chose qui leur correspond, Alexandre Chen et Kenji Ross exploitent une façon particulière de se présenter sur disque. Et c’est une bénédiction à l’heure des albums électro-pop désincarnés.

Alors certes « Candy Cigarette » ne pourra faire office de véritable doxa musicale. On voit mal le duo perpétuer ce choix esthétique sur les éventuelles productions qui suivront. En attendant, BIS fait tenir sur ce disque un supplément d’âme, quelque chose qui n’existait pas auparavant et qui prend tout son sens sur ces 10 morceaux. Porter près de nous un univers fait de brics et de brocs, forcément imparfait, qui souligne pourtant la profondeur de la musique dévoilée sur l’album et surtout qui imprime SA marque; pas celle d’un autre.

PS: j’ai pensé aux cigarettes en chocolat durant l’écriture de ce billet; j’ai du mal à me souvenir du goût que ça avait mais c’était classe de se trimballer avec son faux paquet. Enfin je crois. Je préférais ça aux pièces en chocolat en tout cas. Pas assez financier pour accumuler du papier doré en forme de rond. Mais il y en a qui le faisait. Par contre il manque la gestuelle de l’allumage, pour la cigarette en chocolat. Quand même le truc le plus intéressant quand on s’allume une clope.

PS 2: quoiqu’il en soit, j’ai rarement vu une pochette illustrée avec autant de justesse ce que contient un album, sans chichis ou autres machins artistiques symboliques bidon; vraiment bien vu.

One Comment

  1. Bishop
    2 novembre 2009

    J’avais pas encore pris le temps de laisser un petit com. Très bonne notule, l’album se tient très bien même si je le trouve par moment un peu monotone. Il y a cependant de pures perles, Young San Francisco, Toy Baby Grand forcément.

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