Voilà un débat qui en principe ne m’intéresse pas. Définir l’identité nationale me parait bien trop délicat, dangereux et inutile pour que m’y lance d’autant qu’entre la censure du site de « discussions », les incohérences multipliées et la stupidité même de cette question, je n’avais strictement rien à dire sur cette question. Je ne tire pas sur les ambulances, chacun est à même de se rendre compte de l’ignorance criante de notre gouvernement sur ce domaine. Une identité cela s’affirme, cela se construit, cela évolue, mais bon courage pour en définir une (surtout une fois pour toute), parole d’apprenti historien. Le seul intérêt que je trouve à tout ceci provient de tous ces beaux témoignages apportés par les « modestes » gens, que ce soit ceux cités dans Rue 89 ou ailleurs. Pourtant, pourtant comme souvent Frédéric Lefebvre est arrivé avec ses grands sabots et à expliquer que grosso modo Hadopi c’était un moyen de lutte pour l’identité nationale.
Devant cette provocation idiote, ce manque de lucidité ou cette hypocrisie sans nom, on ne peut que rester sans voix…mais pas sans main. L’excellent blog Diner’s Room a déjà dit l’essentiel sur la question mais je tiens à y revenir, vous savez sur Substance-M on s’est plutôt engagé sur le débat donc je ne peux pas me permettre de laisser la propagande faire son travail sans réagir. L’idée qu’utilise Lefebvre est à la fois simple et absurde, Hadopi est un moyen de défendre l’identité culturelle de la France, la fameuse formule hautaine « exception culturelle de la France », que nous, saloperie de pirates, nous mettons à mal en téléchargeant.
C’est pour de simples raisons que cette affirmation peut être remise en cause comme le rappelle Jules pour Diner’s Room. Tout d’abord on ne télécharge pas exclusivement des données d’origines françaises, et quand on le fait, il n’y a pas d’intention de mettre à mal l’identité française. Au contraire. Comme souvent Lefebvre, un bel acteur, refuse d’admettre que c’est bien parce qu’on apprécie et parfois soutient cette culture, que nous avons du plaisir à la télécharger. Couper internet pendant une année c’est bien plus dangereux pour l’accès à la culture française que de laisser télécharger. Une formule révolutionnaire serait de donner un libre accès aux œuvres culturelles françaises pour assurer son rayonnement. Pour le coup il s’agit moins de se poser la question de l’identité de la France que celui de son rôle auprès des français et des autres nations.
Quand je regarde la France, l’image que son gouvernement en dégage du moins, je vois une nation mesquine, un petit pays prétentieux qui continue de donner des leçons de moral au reste du monde tout en magouillant tout autant. Un pays qui s’enferme dans le conservatisme aveugle tout en prétendant être à la pointe de cette notion insupportable de « progrès ». Est-ce cela le rôle de la France ?
La France ne devrait-elle pas plutôt être cette nation tolérante, qui ne renvoie pas des gens en Afghanistan, qui rayonne culturellement par sa production littéraire, musicale et intellectuelle au lieu d’essayer de défendre des objets indéfendables. On peut souhaiter se battre pour un idéal plutôt que bâtir une identité sur une réalité terne. Quelque part c’est comme Paris. Le Paris que j’aime ce n’est pas le Disneyland claustrophobe que j’arpente tous les jours et qui laisse sa nuit mourir, c’est le Paris grognard, le Paris vivant, culturel, parfois violent et populiste mais toujours dynamique et mystérieux.
Si la culture américaine a rayonné depuis la seconde guerre mondiale, c’est bien entendu en raison de la grande qualité de ses productions et des possibilités qu’offraient ce monde occidental sans l’être totalement, mais aussi parce que c’est le pays qui a fondé le complexe économico-industriel pour faire rayonner sa culture.
Internet et les réseaux remettent cela en cause bien plus qu’un discours conservateur. Ce discours d’ailleurs est le même qui anime nos défenseurs de la langue française qui tente de nous imposer l’usage des mots et qui créent des aberrations comme « Bogue ». Si le français veut vivre et survire il doit être dynamique, vivant, c’est une langue resplendissante, fabuleuse par ses multiples possibilités d’exprimer la même chose autrement. Je suis bien placé pour m’en rendre compte, et ce n’est pas en l’enfermant dans un carcan qu’on va la « sauver ». C’est pareil pour l’identité nationale et « l’exception culturelle », ce n’est pas avec des petites boîtes, des lois liberticides et ineptes comme Hadopi qu’on va les faire briller. Hadopi était une preuve d’impuissance et c’est être pleutre que de refuser d’envisager l’avenir, de refuser le changement et de vouloir tout conserver tel que. On sait au moins à qui cela profite.
C’est en s’accrochant à quelques traditions et à quelques principes et surtout en les projetant dans le futur, dans la vie, dans le réel qu’on donnera toute son importance à notre culture, à notre identité. Vous verrez bien comment brillera le premier pays à installer un système de licence global.


J’envoie ça à Eric Besson. On va voir si tu fais encore le malin après ça. :o
Tu as quand même internet là où tu es alors…aucunes excuses! :D
Moi je viens tout juste de rentrer…
J’ai une dispense de mon médecin. Et je rentre jeudi en fait.