Pendant que le Digital est dans le sud, j’étais ce week-end en Normandie, les chomeurs/étudiants s’en sortent plutôt bien il faut croire. Un ami m’a invité à passer deux jours au bord de la mer chez sa mère à Ouistreham avec un festival sur les Beatles comme occasion. Pas spécialement ma tasse de thé les Beatles, je dois bien l’avouer, par contre la Normadie, la Manche, l’air, cela est toujours un bonheur. Les conditions n’étaient pas forcément optimales, ou l’étaient-elles?, après une insomnie la nuit du jeudi au vendredi j’étais sur les rotules mais malgré l’air de la mer, une promenade sur la plage, pas moyen de m’endormir non plus la nuit suivante, pas avant 5h30 du matin. Je n’étais pas frais comme un gardon pour le festival.
Ce week-end The Beatles se jouait à côté de la mairie dans une ancienne et splendide grange et dans une autre petite salle. Etrange de voir des tonnes de groupes défilés avec plus ou moins les mêmes chansons : Love me Do, Please Please Me, All my loving, A hard day’s night, can’t buy me love… etc… cela vous dis quelque chose ? A bon ? Vraiment ? Les choix des morceaux étaient souvent proches d’un groupe à l’autre, ils s’étaient portés sur les tubes qui faisaient bouger. Vu que j’étais épuisé, j’avais du mal à me concentrer sur les différentes formations et l’intérêt qu’elles représentaient. A cela il fallait ajouter des invités, une exposition de photos, de dessins et des dvds qui passaient dans une autre salle. The Beatles, c’était déjà classique à ma naissance, cela l’est maintenant tout autant, j’avais aimé à une période maintenant tout ceci m’est plutôt indifférent surtout vu comment les paroles étaient finalement mièvres.
Du coup je décrochais souvent, je repensais à la plage et à mes souvenirs de Normandie, j’allais souvent enfant dans un village voisin, Luc-sur-mer. Dans la fatigue c’est étrange comment on navigue entre moments maussades, d’autres nostalgiques puis des réflexions sur nos espoirs, ou comment tout ce qui nous entoure peut sembler loin. Surtout avec Come Together toutes les heures. Je me retrouve à contempler la scène sur laquelle s’active un groupe un peu laborieux et en même temps se promener en pensée au bord de la mer baltique. Puis mon insomnie m’en évoque d’autres plus anciennes. Je réalise alors que mes meilleures promenades ont souvent commencés de la sorte, une promenade dans un parc de Montreuil à 5h30 du matin avec le soleil se levant au loin, une ballade de chez moi à Montmartre pour voir le jour se lever à 6h ou encore une matinée à faire la « sieste » entre 6h et 10h sur une plage près du bassin d’arcachon… A une époque où j’écoutais souvent les Beatles. Il y a une lointaine période où je faisais exprès de me lever à 5h30 le dimanche pour me promener dans un Montreuil désertique… et cela en hiver. Je rentrais chez moi entre 7h30 et 9h tellement congelé que je devais attendre de longues minutes avant de réussir à faire coïncider ma clef avec la serrure de la porte. Je me sentais vide et étrangement bien. Toujours intriguant comment le fil de la mémoire se file et se de défile. Du coup me revoilà, peut-être lors d’un Ticket To Ride, devant une vidéo de moi gamin à 5 6 ans une fois chez ma grand-mère. Je ressemblais à un petit garçon normal qui courait partout et qui était dans son monde puis j’ai tiqué. Car il a commencé à s’arrêter sur le sable de la Normandie et a observé la mer en ne faisant rien d’autre que marcher. Je réalise que je faisais certaines choses depuis beaucoup plus longtemps que je ne le pensais.
Pour revenir sur ce festival, pour une si petite commune et une première tentative c’était plutôt bien organisé et franchement agréable, une très bonne ambiance. J’ai revu par un dvd l’hystérie des jeunes filles lors de leur première tournée américaine. C’est quelque chose d’inimaginable à présent même chez des stars de « J-pop ». Cela m’inspire une réflexion sur l’évolution de la perception de l’artiste et de sa starification. Quelque part ces icônes, les Beatles, Hendrix, Miles Davis, Morrison, appartiennent à une autre époque et aujourd’hui hormis des stars vieillissantes cela n’existe plus, du moins pas dans cette mesure. S’il y a bien des phénomènes globaux, type Britney Spears, ils sont confinés dans le temps et ne restent pas comme des « icônes » absolues. Les dernières sont des gens comme Cobain et bien entendu le Jackson dont le décès fut l’épisode grand guignol de l’année. Je me demande si les raisons de ce phénomène ne sont pas en fait un « moment » dans le développement de l’économie de marché et de la société de consommation, je devrais faire une recherche là-dessus mais j’ai tellement de livres à lire en ce moment. Sans mettre en doute la qualité de ces groupes, ces mouvements de foules ne me semble possibles que grâce à de forts moyens de distributions de la musique (à l’échelle du globe) et de transports des artistes. Une bonne chanson se déplaçait, dans un autre monde, par la capacité des chanteurs à se la transmettre. Après la seconde guerre elles commencèrent à être définitivement attachées au nom de quelqu’un, la radio, la télévision et les tournées de concerts. Tout cela se cumulant pour créer les conditions adéquates pour avoir de pures icones à la Elvis. Maintenant que nous sommes rentrés dans une sphère « ultime » de la distribution on est à un stade où n’importe quel artiste atteint aisément un seuil de distribution et d’exposition correct. Paradoxalement cela m’est fin en grande partie à l’existence d’icônes, malgré le travail des médias… Enfin c’est juste une idée.
Pour revenir réellement, ce coup-ci, au festival je me suis un perdu dans tous ces groupes au noms semblables, les Leatles, les Beagles, Revolver, Rubber Soul etc… Il y avait des prestations convaincantes, les Revolver si je ne m’abuse, d’autres un peu moins, la Beatlemania elle était clairement de retour (voir ici). Je n’ai apprécié ni les groupes qui s’éloignaient trop des chansons, ni ceux qui essayaient de coller parfaitement au son et à l’image des Beatles mais je suis un emmerdeur. Un groupe qui m’a vraiment bluffé était celui de trois gamins de Liverpool (18 ans), les Dockers. On avait l’impression qu’ils ne faisaient pas de reprises tellement il y mettait une énergie presque punk. Ils n’avaient d’ailleurs pas envie de se confiner au mimétisme absolu sur l’image ni même sur la musique puisqu’ils se sont permis une ou deux chanson qui n’étaient pas des Fab Four. S’ils trouvent un son personnel, ces Dockers proposeront peut-être à l’avenir quelque chose de fougueux.
Dimanche midi, dernière promenade sur la mer, un arc-en-ciel, de la pluie et du soleil en même temps, que j’aime la Normandie. Beau week-end.
Pour le choix de la musique petit crime envers le sujet de la notule, mais les envies fonctionnent de la sorte…
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