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Articlé publié le 13 nov 2009 par .

Classé dans Chroniques, Oscillations et frémissements.

#6 – J’en fous partout

Je vous vois venir, vous, les fans de la rubrique « Oscillations et frémissements ». A la lecture du titre de ce nouveau billet, vous ne pouvez vous empêcher de vous interroger de la sorte: « Mais où est passé le numéro 5? »

Remarque tout à fait justifiée, en vérité. Il s’avère que le numéro 5 de la série reste, à ce jour, un projet ambitieux que je n’ai réussi à boucler de manière satisfaisante. Alors ça traine, ça tourne et ça n’aboutit pas. Un jour sûrement, ici ou ailleurs. Entre temps, je saute une étape et je vous propose quand même la suite parce que je ne peux vous laisser en chien plus longtemps. Surtout que le Bishop est en train de repeindre le site avec ses interludes existentielles et que je reçois chaque jour des dizaines de mails de protestation et d’appels à un retour de ma personne en ces lieux. Donc acte.

koushikbeeptapeDonc « number 6″, j’en fous partout. Une espèce de compilation de récentes écoutes (et à ce moment là, mon voisin le plus proche entame un solo de perceuse dont il a le secret; l’enfoiré) centrées sur le thème principal de la rubrique. J’entame mon propos en abordant l’une des récentes livraisons d’un beatmaker qui ne m’avait, jusque là, que peu convaincu. Je trouvais sa formule matinée de cette espèce de pop psyché 60′s un peu molle, consensuelle et possible et moyennement passionnante sur la longueur. Mon appel psychique a du traverser l’espace et le temps pour parvenir à pénétrer le cerveau de Koushik puisque ce dernier a publié ces dernières semaines « Beep Tape » via Stones Throw. Un rassemblement d’une trentaine d’instrus très courtes (30 secondes à 1min30 grosso modo) pour une trentaine de minutes de musique au total. Et je dois dire que j’ai été tout de suite conquis: une large variété de samples et de breaks utilisés avec une justesse assez rare pour être soulignée, un espèce de pot-pourri musical agencé de manière à ce que l’écoute dépasse le simple cadre de la ligne droite monotone. Le format semi-mixtape pourrait sembler n’être qu’un prétexte de plus pour une sortie « en attendant » mais pas du tout. Le producteur canadien prouve ici qu’il a sous le pied bien plus d’idées intéressantes que n’en recèle le gentillet et soporifique « Out My Window » de l’année dernière. Koushik n’ira pas en révolutionnant le genre mais pour celui qui part à la recherche d’une pratique instrumentale en forme de mini sketchs pertinents et prometteurs ne sera sûrement pas déçu. A mi-chemin entre classicisme et orientations musicales un peu plus avant-gardiste, ce « Beep Tape » se pose là. Et puis tomber sur un projet qui n’hésite pas à agiter un peu le spectre de l’inachevé, de l’inabouti, du perfectionnable (ce dont il est question ici à vrai dire), je dois confesser que ça me plait; à l’heure où tout doit être léché, où l’imparfait reste associé trop souvent au péjoratif, où le point final est l’objectif ultime pour beaucoup, où la procrastination n’a pas encore été élevée au rang d’art de l’équilibre social précaire (bon ça d’accord)

Je ne m’attarderai pas sur le récent album de Hudson Mohawke chez Warp, qui ne mérite même pas 4 lignes tellement il loopshauntfait le choix de la facilité et du compromis dégueulasse au détriment de tout ce qu’il avait pu laisser entendre ces dernières années (comme quoi, les promesses des formats courts ne valent que pour ceux qui décident d’y entendre quelque chose de différent hein…). Côté écossais, j’irais plutôt voir vers chez un compatriote du résident de chez Warp, Loops Haunt de son pseudonyme. Dans la masse de beatmakers talentueux échappés des contrées scotts ces dernières années (via LuckyMe, mais pas que), Loops Haunt n’est pas à proprement parler le plus prolifique à ce jour mais je lui prédis une trajectoire intéressante tant son style évite les écueils dancefloors débilitants de certains de ses compatriotes tout en agitant cette identité « glitch » downtempo travaillée qui laisse entendre une profondeur dans le son. A proprement parler, mon propos ne se base en réalité que sur la seule et unique cassette entendue de lui à ce jour:  » C8TAPE03″ de son doux nom, publiée chez C8 Singles. Je ne sais rien de ce micro-mini-label qui semble ne s’intéresser qu’au format K7 si ce n’est qu’il semble agir depuis les environs de Londres. J’avais commandé l’objet un peu par hasard durant l’été avant d’oublier purement et simplement ma commande. L’ayant reçu il y a de ça quelques semaines et n’étant plus équipé du matériel adéquat (R.I.P. le lecteur K7 de ma micro-chaîne), je me suis rabattu sur les vils réseaux alternatifs-pirates-destructeurs-de-copyrights-et-voleurs-de-poules pour savoir de quoi il retournait. A ma grande surprise, j’ai été conquis dans la minute où mon doigt cliquait sur le bouton « play ». Purement et simplement. Parti en quête de nouvelles informations, je tombai alors nez à nez avec l’annonce d’un EP intitulé « Rubber Sun Grenade » sur lequel figureront a priori les 2 morceaux déjà à ma disposition sur K7 (ainsi que deux supplémentaires). L’EP est prévu pour fin novembre au format 12″ + digital (500 ex.). Je vous encourage à vous rendre du côté de la page Myspace du label Fortified Audio pour vous faire une idée: http://www.myspace.com/fortifiedaudio. On en reparle dès que je mets la main sur l’objet.

redshapeAutre temps, autre mœurs, autre tasse de café pleine. Je reste dans le format court pour évoquer Redshape. A proprement parler, les paysages technoïdes de toutes sortes seraient plutôt l’apanage de mon comparse Bishop. Je n’ai, en la matière, que les références communes à tout un chacun des grands défricheurs du genre. Pas de quoi casser trois boutons à une MPC, donc. Sauf que là, j’ai été musicalement pris à la gorge par le berlinois Redshape (que Bishop ne connaît pas, aucun risque qu’il ramène sa science hinhin). Je tombai nez à nez (ça m’arrive souvent du coup) avec son dernier album, « The Dance Paradox / Paradox Dubs », publié chez Delsin; a priori label néerlandais dont je ne connaissais rien mais dont un ami m’a dit qu’il n’avait encore jamais entendu quelque chose de mauvais sortir du catalogue. Disons que je vais le croire sur parole, n’ayant pas le temps de me repasser les 80 sorties publiées depuis une dizaine d’années. A la recherche du temps perdu, phrase que je cherchais à caser, je me rabattis (?) plutôt sur l’EP annonciateur du LP qui lui succéda au rang de dernière nouveauté estampillée Redshape, « 2010 EP » sorti en juillet dernier. Les 3 morceaux sobrement nommés (’2010′, ‘Violet’ et ‘White’) ne tirent pas dans le sens d’une techno minimaliste qui fleurit à chaque détour de bac (et qui, somme toute, me gonfle passablement par son maniérisme et les clichés qu’elle véhicule; « Minimal happened 10 years ago » comme dirait l’autre hein). Retour à la techno de base, sombre et dense, aux paysages synthétiques et angoissants, aux ambiances stratosphériques et aux nappes de synthés qui soutiennent breakbeats et autres éléments rythmiques entraînants. Redshape y intègre par ailleurs quelques éléments plus organiques (claquements de doigts, percussions…) qui ne vont pas sans offrir un peu de volume bienvenu à l’ensemble. Je n’irai pas jusqu’à crier à l’exploit mais l’ensemble est tout à fait convaincant pour quelqu’un qui n’a pas grandit près de la baffle d’un dancefloor quelque part dans Détroit. Si le maître mot est, bien évidemment, la boucle hypnotique, une écoute attentive permet à l’auditeur d’entrevoir de subtiles décalages du procédé originel pour satisfaire à la fois le besoin frénétique de bouger la tête (« sur le kick et la snare » comme dirait l’autre) mais aussi d’actionner le cerveau et de laisser parler son imagination. Définitivement, le producteur au masque rouge mérite l’attention qu’on peut porter à sa musique.

Un dernier truc et je vous laisse vous diriger vers votre revendeur préféré. Je mets ça ici parce que je fais un peu ce que je veux: j’ai découvert il y a un petit mois l’existence de la musique du compositeur japonais Toru Takemitsu. Éminente figure de la musique classique japonaise depuis les années 50 jusqu’aux années 90 (décédé en 1996), je dois bien avouer que j’ai été véritablement soufflé par la puissance de certaines de ses compositions. Notamment la magnifique « A Flock Descends Into the Pentagonal Garden », composition de près de 14 minutes créée en 1977 à la demande de l’Orchestre Symphonique de San Francisco. La remarque peut paraître anecdotique pour l’amateur éclairé mais je dois avouer n’avoir que peu auparavant ressenti un talent aussi impressionnant dans la façon de manier les intensités, les silences et les tonalités (un savoir-faire qu’on ne retrouve que trop peu dans les musiques dites actuelles). Trop souvent concentrée sur une seule et même ligne d’expression, la musique que j’écoute le plus volontiers en oublie parfois la profondeur de champs et le volume que l’on peut apporter à un morceau. Ça paraît d’une simplicité étonnante dit comme ça mais j’imagine que le procédé exige une vision élargie de ce que l’on enregistre. Surtout lorsqu’on en vient à manier des « orchestres virtuels » à travers lesquels l’effort doit être double ou triple pour ne serait-ce qu’effleurer du doigt certaines sensations. Ceci étant, Toru Takemitsu m’a bousculé et je ne peux plus m’empêcher de trimbaler l’une ou l’autre de ses compositions au format numérique dès que je me déplace. Je me devais de vous le faire partager.

Voila pour ce sixième épisode. N’hésitez pas à vous procurer les galettes et à dépoussiérer un peu votre platine (bon sinon il y a le numérique mais c’est quand même vachement moins sexy sans la poussière).

PS: quand même, le Sud, c’est un peu de la merde niveau temps. Cette semaine c’était Paris mais sans les odeurs du métro. Alors à quoi bon? Par contre j’ai déniché un original de « 1984″ de Hugh Hopper moitié prix de ce qu’on peut trouver chez les revendeurs en ligne. Et rien que pour ça, ça valait le détour. A bientôt!

Doc. Digital « Really Nice » Mojo

fingf

3 commentaires

  1. Bishop
    13 novembre 2009

    Tu verras demain si je n’ai que des états d’âme à présenter ma petite raclure :p

    Et sinon tu as paumé le R5 c’est cela?

  2. Digital Mojo
    13 novembre 2009

    Je ne suis qu’un f*cking tribun de la plèbe qui remonte les émois populaires et agit comme un porte-voix de la société.

  3. Robin
    27 novembre 2009

    Très intéressant, ça me donne envie d’écouter le Koushik, et aussi Toru Takemitsu tiens, que je ne connaissais pas du tout. Par contre, ça m’amène encore une fois que, quand on vient pas de là au départ, c’est assez dure de faire connaissance avec la musique classique… A moins d’être guidé ou quelque chose..

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