Ces derniers temps j’ai quelques problèmes d’écriture. J’éprouve des difficultés à mettre en forme ma pensée sur ce dont je veux parler et dans le même temps j’écris de nombreux textes hasardeux, bourrés de digressions qui ne peuvent conduire qu’à une non-publication. Puisqu’il semblerait qu’entre Digital et moi c’est lui qui a hérité de la fulgurance imprévue et moi de la régularité (le monde à l’envers), je me dois de me faire violence et il n’y a pas meilleure occasion que cet album.
Suite au concert de Turzi, j’ai eu le temps de bien creusé la question Koudlam. Je n’ai malheureusement pas réussi à mettre la main sur son album autoproduit, logiquement titré Nowhere, bien qu’on puisse l’écouter sur Deezer (Deezer plus fort que moi ? La honte m’étreint). Après un EP bien senti, live at Teotihuacan, voila le « premier » véritable album, distribué par Pan European Recording, label du sieur Turzi. La machine promotionnelle s’est mise en marche depuis quelques semaines même si le site du label reste désespérément en maintenance et que celui de Koudlam n’offre qu’une belle vidéo et un lien myspace. Ceci explique peut-être pourquoi j’ai pu lire beaucoup de choses assez étranges, par exemple que Koudlam évoquerait Beirut ou Grizzly Bear dans son style, ou même, dans une revue plus pointue et pourtant respectable (Tsugi), que cet album serait une prophétie de ce que serait la musique du futur…
Peut-être que ces égarements stylistiques et réflexifs proviennent de l’enthousiasme que ce Goodbye provoque et il faut bien l’avouer, j’ai tout envie d’être moi-même dithyrambique. Cet album est puissant, malsain, plein de contradictions autant efficaces qu’hypnotiques. L’Opening est parfait, un rire puis des rires, une musique qui siffle qui possède une dimension ancestrale tout en sonnant légèrement kitch. Elle s’envole, résonne, les rires disparaissent, alors elle s’accélère et retombe. Entre les rires et cette musique se situe l’un des enjeux de l’album. On a parfois l’impression d’avoir affaire à une « europop » des origines avec ce son synthétique que la voix vient agresser, violer pour lui donner un air retors, mal avisé. L’immense See You All, tube incandescent de l’album, s’inscrit parfaitement dans cette logique, avec ces cordes en boucle, ses rythmes aisés et cette voix qui surplombe. Je comparais Koudlam pour le concert à Alan Vega de Suicide. Dans l’album cette comparaison saute encore plus aux yeux. S’il n’a pas cette voix si particulière, on y retrouve cette même romantique désabusée que ce soit sur Flying over the Black Hills with Crazy Horse (j’adore ce titre, tout un programme et une superbe conclusion) ou sur l’épique Tonight qui continue de me faire vaguement penser à Joy Divison et Love will Tear us Apart. Il y a aussi Eagles of Africa, qui cache derrière sa pop légère des angoisses sur notre devenir…
S’il y a bien une vision fin du monde et futuriste que tout le monde a souligné, ce n’est pas dans un tape-à-l’œil façon 2012. Pour le coup on retombe presque aux racines littéraires du romantisme, cette impression de fin de période où la société et le monde deviennent illisibles, incompréhensibles pour les contemporains car seulement analysables dans un nouveau monde qui tarde à venir et qui se fait attendre avec impatience et craintes. Sans enlever rien à son charme Koudlam ne propose donc pas la musique du futur car ce Goodbye est trop ancrée dans les 80s pour dessiner quoi que ce soit sur l’avenir, d’où probablement cette impression crépusculaire qui enveloppe tout le disque. S’il y a bien un futur en question ici, c’est d’un futur antérieur qu’il s’agit, celui d’une possible uchronie. Par les impressions et sentiments qui en découlent, il y a quelque chose qui relève du Brazil de Terry Gilliam ou même du diabolique Orange Mécanique de Kubrick. Une sorte de vision maladive, où une simple mouche remet l’univers en question, où la folie guette, où il ne reste plus qu’à s’accrocher à ce qu’on ressent et à accepter le rythme du monde. La violence semble partout, Wave Of Mutilation, et la musique s’offre, à défaut d’être une véritable issue, comme un point de réflexion.
D’où l’excellente reprise/citation d’un des monstres obligatoire des années 80 : Love Song de Public Image limited. Cela me fait vraiment plaisir qu’il fasse référence à ce morceau car jusqu’à présent le seul écho français de cette chanson était l’ignoble reprise de Nouvelle Vague, sans vigueur, sans aspérités et toute proprette qu’elle était. Là on a un monument de l’album. Son introduction toute en suggestion et en longueur, et ce « This is not a love song » qui surgit par-dessus tout.
Si le choix est cohérent de ne pas mettre son Heavy Metal Valley sur le disque, il jurerait un peu avec les autres, Koudlam ne s’évite pas pour autant quelques excès, ni quelques morceaux plus anecdotiques comme Brother ou l’éponyme Goodbye, sans que cela ne gâche réellement l’album.
Encore une fois au jeu des comparaisons j’ai du mal à en saisir certaines. Il semblerait qu’il faille que Koudlam soit lié à l’Allemagne des années 70 (une référence devenue obligatoire ?) puisqu’il est quasi systématiquement rattaché à Tangerine Dream. Certes il y a chez lui une dimension cosmique et une sorte de passion astrale mais j’ai du mal à voir plus loin, hormis peut-être sur Goodbye, la voix comme équilibre est tout de même prépondérante chez lui, ou alors je n’écoute absolument pas les mêmes disques de Tangerine Dream.
Dans tous les cas, il y a là un disque cohérent, qui tient la route avec sa propre mystique, et un certain nombre de titres qui justifient à eux seuls l’envie d’en parler, le plaisir d’écouter ce Goodbye. Ruez-vous.
Liens:
Koudlam est absolument divin!
Quel musique somptueuse!
passionnant au premier abord,mais au final un peu lassant…