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Articlé publié le 25 nov 2009 par .

Classé dans Quizz, Bazar.

Interlude: Une inquiétude sur les créateurs

Je discutais l’autre jour avec un bon ami vendeur de livres sur le marché quand surgit le thème de la création artistique. L’occasion, je m’en souviens à présent, était la sortir du dernier Terry Gilliam. J’adore Gilliam mais depuis Las Vegas Parano c’est le désert, le néant, l’ennui et cet Imaginarium du Docteur Parnassus n’avait pas l’air de changer la tendance. Par solidarité, passion, curiosité et parce que j’ai une carte illimitée, il est vrai, je souhaitais aller vérifier cela mais en attendant je me permettais de le comparer à d’autres réalisateurs que je trouve épuisés et livides mais qu’une partie du public continue néanmoins à acclamer sans que personne ne sache vraiment pourquoi, tel Burton ou Kusturica.1 Par une phrase imprudente et malheureuse j’exprima une pensée non vérifiée et qui allait me mettre dans l’impasse: « C’est étrange de voir des réalisateurs s’effondrer pendant que d’autres ne font que s’améliorer ». Me voilà en train de chercher un exemple, chercher un exemple, chercher un exemple… Rien n’arrive. Jean-Luc me dit qu’il ne voit pas comment je pourrai en trouver, que justement ces réalisateurs là suivent une courbe plutôt logique, et qu’il se produit la même chose en musique, vraiment?

C’est quelque qu’on se dit parfois mais je n’avais jamais abordé la question dans sa pure simplicité. Il y a pourtant le cliché adverse, celui qui égaye de nombreuses chroniques de disques, que l’expérience, que la sagesse acquise, marqueraient une progression. Nous vivons dans une société positiviste, même si nous ne sommes pas dupes il suffit de voir la ténacité d’un principe abstrait comme « la croissance » pour le vérifier.  Y-a-t-il pour autant une amélioration artistique au fil du temps?2 Car si l’amélioration technique, ou des moyens, est bien indéniable, elle est souvent en contradiction avec la « vitalité », la « puissance » et « l’esprit du temps » de l’œuvre. Il semblerait quelque part qu’une fois qu’un artiste a réussi à trouver les moyens pour s’expriment pleinement, il ne puisse plus que stagner, rester aussi bon, ou s’effondrer.
Enfin? Certain? Cette idée est à la fois troublante et bien triste, elle signifierait que le temps ne puisse rien faire sur cette question,  et que l’entropie serait reine. Un Brassens moqueur n’est pas si loin si on le détourne un peu… Cela me rappelle d’une manière les propos d’un professeur de Philosophie, même si je n’ai jamais assisté aux cours pompeux « d’esthétique », qui nous expliquait que chaque œuvre d’un artiste contient toutes les autres, celles à venir, celles passées, même quand leur auteur changeait sensiblement. Il y aurait là une « idée », ou une « pulsion », qui ne pourrait qu’être stable ou perdre  de sa force au fil du temps.
Alors me voilà à chercher dans la musique des cinquante dernières années des cas. Il y a beaucoup d’exemples simples et classiques qui témoignent d’un affaissement, les Led Zeppelin, Pink Floyd, U2… Leurs trajectoires les rendent moins intéressants avec le temps (voir abject dans le dernier cas). Me vient aussi à l’esprit des exemples plus improbables mais tout aussi efficaces, Marilyn Manson, Tangerine Dream, Amon Tobin, ou même des exemples d’actualité, Eels dont le nouvel album, Hombre Loco, n’intéresse strictement personne. Si je regarde du côté des « vieux » groupes qui ont sortis des albums ces dernières années, je peux facilement dire qu’ils se tiennent bien, mais pas spécialement que c’est mieux qu’avant, Yo La Tengo ou Sonic Youth. Il doit bien y avoir des cas. Pourtant si on exclue la période dite de « maturation » (les tout premiers albums), ils ne me viennent pas à l’esprit. J’aimerai en choisir quelques uns, par exemple Kraftwerk, je suis plus fan de la période fin des années 70s, mais peut-on dire que c’était réellement supérieurs? D’une certaine manière tout était déjà là dans les deux premiers albums, près à surgir et à se transformer dans ces grands moments pops.

Alors avez-vous des idées, des exemples ou la culture pour m’éclairer?

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  1. Après l’avoir vu les inquiétudes concernant cet Imaginarium étaient malheureusement justifiées malgré de nombreux détails sympathiques []
  2. en se limitant aux domaines de la musique et du cinéma, j’ai le sentiment que cela fonctionne encore autrement dans la littérature []

6 commentaires

  1. MrMeuble
    27 novembre 2009

    Je pense qu’il n’y a rien un faire, sur une échelle de temps suffisamment longue, un artiste/groupe est obligé de baisser de niveau. Il y a forcement un « climax créatif » et la suite. Mais c’est aussi du à la question du contexte, les artistes sont toujours en quelque sorte le reflet d’une époque. Et même s’il s’agit d’un de mes préféré, Tour de France de Kraftwerk a forcement moins de sens et d’intérêt en 1997 que ceux des 70s donc c’est clair que le dernier Dylan ne changera pas les choses contrairement à ce que quelques croutons veulent encore croire.

  2. boultan
    28 novembre 2009

    Au cinéma, on peut quand même citer Eastwood ou Malick qui se bonifient avec l’âge. Le champ d’expression en musique est sans doute plus restreint, c’est compliqué de s’y renouveller, mais les exemples de groupes ayant « progressé » jusqu’à la fin tout en se réinventant (Beatles, Beach Boys, Smiths, Pixies) existent.
    Après, voilà, y’a aussi la différence de perception du public entre un premier et un onzième album. Si une bande de gusses de vingt piges avait sorti In Rainbows au lieu de Radiohead, tout le monde aurait crié au génie.

  3. Bishop
    28 novembre 2009

    Pour Eastwood je ne me prononcerai pas, j’aime beaucoup ses derniers films et je ne connais pas assez ses premiers. Par contre je trouve que Malick est clairement un mauvais exemple. Non pas que ses derniers films ne soient pas bon, ils sont extraordinaires, mais le bonhomme n’a fait en tout et pour tout que 4 films jusqu’à présent et Badlands était déjà génial.

    Sur la différence de perception c’est certain, mais c’est aussi que l’inspiration est déjà précédente dans les précédents albums que cela « relativise » en partie la suite. Si un groupe fait un album génial et un second album qui lui ressemble à 99% forcément on trouvera cela moins bien d’une certaine manière… après c’est quelque part inquiétant cela signifie qu’on ne privilégie que la nouveauté ce qui ne me semble pas non plus juste.

  4. Eaten
    29 novembre 2009

    Perso hein Bish’, nous sommes chanceux à suivre des discographies/filmographies au mode « présent ». Et de comprendre qu’il existe dans l’attente d’une nouvel opus rien d’autre que l’attente d’un langoureux désir ».
    « Wartezeit, wollen, und enttäuschung. »

  5. Ulrich
    5 décembre 2009

    Contrairement à MrMeuble, je dirais que le temps n’a rien à voir avec la création. Dans le cinéma, Alfred Hitchcock réalisa ses meilleurs films à partir de 54 ans et fit une série exceptionnelle de films jusqu’à ses 61 ans. Dans le spectre opposé, Orson Welles fut au sommet à 25 ans avec Citizen Kane et ne fit plus rien d’autres d’extraordinaire, après. Charles Laughton réalisa son seul et unique film, La Nuit du Chasseur à l’âge de 56 ans. En littérature Daniel Defoe écrivit Robinson Crusoé à 58 ans. En musique, tout de même, il existe un groupe fameux dont les premières oeuvres n’étaient quand même pas géniales, ce sont les Beatles. A partir de Rubber Soul, ça a vraiment décollé artistiquement parlant. Dylan continue à faire de très bons albums, Wire est toujours au top artistiquement parlant. Suicide idem même si le duo produit peu.
    Et je terminerai par l’exemple artistique le plus célèbre en peinture : Picasso et Cézanne. Le premier eut sa période créative la plus fertile au début de sa carrière, au contraire de Cézanne qui se révéla sur le tard à la fin de sa carrière

  6. Jean-no
    8 décembre 2009

    Il me semble que tu éludes un aspect du problème, qui est que le spectateur aussi change. Quelqu’un qui découvre Kusturica ou Gilliam aujourd’hui ne trouvera peut-être pas les derniers si en dessous que ça, et pareil en musique : c’est le fait d’avoir suivi ces cinéastes qui fait qu’ils nous lassent. Dans son histoire du cinéma, Georges Sadoul explique que « La vie est belle » de Frank Capra est une merde sans nom. Pour lui c’était vrai puisqu’il n’avait pas regardé ce film avec un oeil neuf sur son auteur, mais pour nous aujourd’hui, c’est un monument de l’oeuvre de Capra. En musique, j’ai découvert Stevie Wonder avec « Hotter than july », et je découvre à présent que pour les puristes, c’est l’album du déclin… Mais bon pas pour moi.
    Les créateurs progressent mais ils progressent en poussant leur propre logique à bout, et plus ils le font, moins nous sommes capables de les apprécier parce qu’ils ne font que préciser des choses que nous avions l’impression d’avoir comprises – quand ils ne se rendent pas ridicules en montrant qu’ils n’étaient bons que par manque de moyens ou parce que la censure les empêchait de révéler leur pleine médiocrité.

    Alors nos petits enfants trouveront « Charlie et la chocolaterie » mieux que « Beetlejuice », « Promets-moi » mieux que « Papa est en voyage d’affaires », « Les frères Grimm » mieux que « Bandits bandits »… pourquoi pas. Le rapport entre le public et les créateurs est interactif, mais ce qui ne revient jamais vraiment ce sont les émotions ou les sensations de la découverte.

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