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Articlé publié le 10 déc 2009 par .

Classé dans Les chansons à répétition.

E2-E4: De Levan à Sueño Latino.

Dans mes durées cosmiques, je m’étais attardé sur un des monuments des années 80 et de mon cœur qu’est E2-E4 de Manuel Göttsching. Cette ode à la transe de près d’une heure continue de me hanter régulièrement, et me permet de me replonger dans ce guitariste et dans cette période. Par la même occasion j’avais rapporté l’anecdote concernant les Cosmic Jocker et son implication dans ce groupe sans qu’il soit au courant. Ainsi à de multiples reprises Göttsching fut dépassé par son travail et sa musique, peut-être était-il trop concentré dessus, ou peut-être était-il un peu aveugle sur son travail car cela se reproduisit d’une autre manière  avec E2-E4…

1981-manuel-gottsching-e2-e4L’histoire rapporte que la critique allemande fut incendiaire au moment de la sortie du disque en 1984 sur le label de son ami Klaus Schulze (souvenez-vous, ils étaient ensemble dans Ash Ra Tempel). Je n’ai pas réussi à mettre la main sur ces critiques, mais quelque part, malgré le manque absolu de clairvoyance, elles n’ont rien de surprenant. Un vieux héro du Krautrock sous LCD qui pond une œuvre répétitive en plein Punk et Indus, il y a de quoi manquer le coche. L’Allemagne des années 80s était plongée absolument dans les bouleversements du Punk et de ses successeurs bruitistes ou « post » quelque chose. Les seuls échos valables ne pouvaient que se faire lointain…

L’affaire se joua donc ailleurs. Il faut se souvenir qu’en 1982 sortait le hit mondial et reluisant Planet Rock d’Afrika Bambaataa. La voie à suivre, aussi improbable qu’elle semblait, était belle et bien là dans ce genre de métissage qui avait réuni le Bronx et le groupe des hommes robots de Düsseldorf. L’alliance du Hip-Hop et de la mécanique Pop de Kraftwerk, Trans-Europe Express, avait tout subjugué et tout transformé. Les adeptes de la musique « noire » étaient en fait les seuls à comprendre qu’au-delà d’un Rock presque progressif et planant se trouvait dans la musique des teutons chevelus des années 70 un putain de groove. Comme si le public « traditionnel » de ces groupes s’était limité aux trips cosmiques de Tangerine Dream et au psychédélisme d’Amon Düül, en oubliant les expériences jazz (les Brainticket, Xhol Caravan) et les influences soul : il y a bien du Sly & the Familly Soul chez Can.

Ces gens là avaient les moyens de comprendre E2-E4 peut-être mieux que son compositeur lui-même. Son plus grand promoteur des années 80 fut ainsi le meilleur possible, un des plus grands Djs dans l’un des plus grands clubs : Larry Levan au Paradise Garage. Ce fameux artiste, que certain voyait comme le Miles Davis de la platine,  a enchanté pendant des années les nuits New-New-yorkaises de son sens de la musique et de la fête. De la Disco, de la House  et du « garage », plein de versions instrumentales à relents dub pour faire vibrer. Il ne pouvait que tomber amoureux d’E2-E4, pour parfois clôturer ses sets en le jouant …parfois dans son intégralité ! Il le fit même jouer pour son enterrement. Tout le monde suivit le maitre jusqu’à ce que certains se plaignent même de l’omniprésence d’E2-E4 dans la Big Apple… époque bénite.

De New-York, on doit retourner en Europe, en Italie, pour ensuite revenir au Liverpool électronique des USA : Détroit, autant dire qu’E2-E4 voyage. C’est cela qui me semble définitivement captivant ici. Si ce morceau ouvre et présage des années 80 il ne cesse de les accompagner car il se plaçait à un point de rencontre possible entre Disco, House, et Techno.

En 1989, E2-E4 ne dure que 10 minutes et est une bombe « Balearic ». Le sable chaud, une voix féminine, des gazouillis électroniques d’oiseau… Sueño Latino ne modifie presque rien à E2-E4, il le ramène sur une terre festive, italienne et balnéaire. Quelque part ce mix le transforme totalement. Wikipedia anglais semble donner une information erronée, Sueño Latino serait en fait le duo italien Righeira. Je n’ai pas le courage de modifier la page mais il m’apparait que cette information est plus que douteuse, et même carrément fausse.  Il n’y a rien à voir entre le morceau Sueño Latino et Vamos a la playa. Discogs qui est généralement bien tenu1  énumère une série de nom sans que cela soit très clair : Andrea Gemolotto, Riccardo Persi, Davide Rizzatti & Claudio Collino. On peut d’ailleurs, pour la voix féminine, en rajouter un, celui de Carolina Damas.

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Sueño LatinoEn cherchant on voit que tout ce beau monde sont les producteurs et les mixeurs du morceau. D’ailleurs dans sa première édition il y a aussi un mix par Cutmaster-G et le morceau se nomme toujours E2-E4, c’est le « groupe » qui s’appelle Sueño Latino. Rapidement les deux vont être assimilés (on remixe le groupe et le morceau). Le tout sort sur le jeune label DFC, Dance Floor Corporation, qui éditera aussi des Afrikaa Bambaataa, tout sauf un hasard. Manuel Göttsching aura été même associé au projet puisque la page d’Asha web-site, bien que pauvre sur la question, signale deux enregistrements. Un l’été 89 et un en septembre à Udine et dans le groupe il est signalé que Manuel était là en Septembre. On retrouve donc sa patte.On notera au passage l’incapacité de produire une pochette autre que kitsch pour toutes les versions éditées, (mention spéciale à celle avec des petits cœurs).

Arrive ensuite une flopée de mixes qui occupent toutes les années 90. Le détour par Détroit peut se faire en cette occasion. Un des hommages les plus abouties provient peut-être de Derrick May avec ses trois versions (illusion, Emotion et Final Third mix). Derrick May, connu sous les noms de Mayday ou de Rhythim is Rhythim, est l’un des pionniers de Détroit, fondateur du label Transmat et grand ami de Carl Craig. Il a été aussi connu pour avoir résumer la techno en une phrase: Notre musique, c’est la rencontre dans un même ascenseur de George Clinton et de Kraftwerk. Elle est à l’image de Détroit : une totale erreur.

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Musicalement, car il faut bien en venir là la plupart de ces mixes sont anodins voir insignifiants. Ils ne possèdent ni la grâce, ni cette élégance pure et cet écho cosmique que pouvait avoir E2-E4. Sueño Latino s’en sortait en changeant la politique même du morceau, sa dimension divine se retrouvant à bouger du culs à Ibiza. Les remixes mettent parfois le morceau « à la page », plus house, plus techno, plus rapide, mais c’est souvent assez ennuyeux. Ce n’est pas un morceau à la page, c’est un morceau à sa propre dimension. Néanmoins parcourir toutes ses versions nous apprend beaucoup sur les tendances du moment, et les évolutions artistiques. Un des derniers « tribute » en date, celui de Robytek, fait la part belle à une forme de techno minimale même si ce n’est pas très palpitant. On a parfois des surprises, je suis tombé sur une « Winter Version » qui rajoute un solo de guitare assez classique qui jure avec la version originale, assez étrange et dépaysant, surtout avec un passage presque samba. L’hommage le plus éloigné, et donc intéressant, est celui du pianiste français Maxence Cyrin sur son album Modern Rhapsodies paru en 2005.

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E2-E4 est ce monstre à deux dimensions. Il est à la fois apogée, E2-E4 se suffit à lui-même et n’appelle aucunes autres recherches discographiques, et passeur. La simple histoire de ce disque nous fait traverser les années 80 à la recherche des plus grands, des évolutions de la musique électroniques et des lieux où elle s’est faite: New-York, Ibiza, Détroit. Une sympathique promenade.

Quelques liens:

- Discogs pour trouver toutes les versions (bon courage)

- La page d’Ash Ra Tempel

- Sur Derrick May (so old school la page)

- Sur l’album de Maxence Cyrin

  1. Enfin presque toujours, j’ai rencontré quelques soucis avec le groupe allemand MDK il y a peu, et je devrais d’ailleurs dire avec les groupes, nuance absente chez Discogs []

4 commentaires

  1. Digital Mojo
    10 décembre 2009

    Jolie note, bien fichue. Si je ne connaissais pas déjà le morceau en question (que tu m’avais fait découvrir à l’époque déjà), j’aurais filé direct me le commander.

    Moins précurseur et un peu plus daté, j’aime aussi beaucoup « Inventions For Electric Guitar » publié en 75 par le légendaire Kosmiche Kuriere de l’intriguant R.U. Kaiser.

  2. Trakse
    10 décembre 2009

    Au rayon des reprises/samples de E2-E4 il y a aussi Dølle Jølle – Balearic Incarnation (Todd Terje’s Extra Døll Mix)

  3. ledest
    15 décembre 2009

    De mémoire, le remix d’un track de Maurizio par Carl Craig contient un sample de E2-E4.

  4. Digital Mojo
    15 décembre 2009

    Hey salut Ledest. Toi aussi t’as fait Bac +5 « E2-E4″ comme mon comparse Bishop?

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