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Articlé publié le 06 jan 2010 par .

Classé dans Oscillations et frémissements, Réflexions.

#7 – Mélangeurs et percussions

Ouvrons donc 2010 par une petite série de réflexion comme vous les aimez (les stats ne mentent pas, n’ayez pas honte). J’ai très longtemps perçu l’album, dans sa forme la plus communément admise, comme l’aboutissement de tout. Une entité bien finie qui ressemblait à l’aboutissement d’une session d’enregistrement, d’une idée, d’un concept ou d’une période de la vie du musicien concerné. La forme la plus standard du « début – développement – fin » me paraissait surmonter toutes les autres formes d’expressions musicales quelle qu’elles soient: 7″, 12″, EP ou que sais-je encore. A ce moment donné, la musique ne s’exprimait pleinement que dans un effort de faire le tour de la question, de mettre un point final à une « structure » précise.

C’était l’époque, encore, où je percevais la part d’artistique comme étant au premier plan, et où l’acte d’enregistrement ne m’importait guère. Seul le résultat semblait s’imposer à moi comme la quintessence absolue qu’il n’était possible de dépasser ou de remplacer par quelque chose de véritablement indispensable qui se trouverait en-dehors de ce résultat final. C’était, forcément, le moment où je fus le plus sensible, à proprement parler, aux formes « pop » les plus traditionnelles, les progressions mélodiques que l’on retrouve un peu partout dans les charts, les orchestrations qui semblent toutes se ressembler, interchangeables et symétriques à souhait. Mais plonger dans la complexité de l’enregistrement musical, ou de la performance musicale, ou encore de l’idée musicale en elle-même; toutes ces démarches, cet investissement en terme de temps, d’argent, d’effort parfois, donnent à voir, au final, un cheminement plus complexe qui existe quelque part sous la surface.

Bien sûr, découvrir l’importance du studio, des phases d’avant l’exercice pur de la musique, les phases d’après l’enregistrement, qu’elles se nomment mastering, mixage ou autre. Plus que toute autre chose, ce sont elles qui apportent sa profondeur à la composition, aussi géniale soit-elle. A vrai dire, sûrement la musique ne va plus, aujourd’hui, sans un traitement particulier. Et tant mieux, à dire vrai. Le degré de complexité de ce qui nous entoure aujourd’hui est, pour la majeure partie des artistes que j’écoute, mis au service d’une volonté de proposer quelque chose de personnel et qui reflète un tant soi peu une intériorité.

Cette progression tend de plus en plus à faire percevoir la musique comme une vitrine modifiable à souhait, dont la souplesse n’aurait de limite si l’imagination de l’artisan-musicien ne connaît de bornes. Sûrement l’un des héritages les plus incroyables de ceux qui sont passés durant les décennies précédentes; une bénédiction pour nous autres qui sommes, aujourd’hui, capables d’appréhender la musique sous toutes ses formes tant elle a envahit non seulement le champ du culturel en terme de quantité (et de qualité, bien sûr). Mais aussi parce qu’elle s’est imposée comme un compagnon dans l’environnement direct et quotidien. Le son est partout, qu’il soit brut sous forme de bruit ou travaillé en tant que morceaux, jingles, bruitages, avertissements… L’impression de vivre dans un morceau perpétuel n’a jamais été plus forte.

Ceci est à mettre en parallèle avec cette remise en question du LP comme unique voix d’expression totale, dans cet univers où j’ai fait de plus en plus de place à la forme du « mix », cette enchaînement sans fin de musique sans qu’il ne soit nécessaire de les espacer par un blanc pour permettre à chacun leur expression pleine et entière. J’ai appris à aimer ce socle de matière première dont la composition devait être soigneusement définie (sélection de morceaux, d’un thème, d’une ambiance…) pour ensuite être travaillé avec les outils et les techniques adéquats. Une véritable structure qu’il était possible de tailler entièrement, de A à Z, tout en s’appliquant à préserver cette vision d’un recyclage sonore qui permettrait de percevoir une musique différemment.

Le mix est aujourd’hui l’une des plus belles créations des décennies précédentes. Au départ une ambition de ne jamais couper la musique, de la faire couler comme un fluide ininterrompu pour les danseurs les plus aguerris des 70′s, qui s’est mutée en un véritable tour de force afin de combiner technique, placement de disques et manipulations, à une pratique qui pourrait s’apparenter à celle d’un véritable edit studio tant parfois le DJ s’applique à transformer du tout au tout ce qu’il a entre les doigts. Et s’il tend à davantage s’automatiser, c’est aussi pour que la part la plus mécanique (passer d’un morceau à l’autre) soit déportée sur la machine afin d’apporter une attention plus poussée encore à la réalisation en elle-même. Mais c’est un autre débat.

J’aborde ce sujet parce qu’il me semble essentiel, aujourd’hui, de considérer le mix comme une véritable composition musicale à part entière, lorsqu’il dépasse le simple cadre de la sélection de disques. Plus de 30 ans après ses balbutiements, à proprement parler le mix ne demeure qu’un exercice annexe pratiqué par des adeptes que beaucoup trop peinent à considérer comme musicien parce qu’ils se nomment DJ.  Plusieurs sujets sous-jacents viennent se heurter à ma réflexion: bien sûr, en premier lieu, celui du copyright, de la différence que l’on pourrait ou non faire entre l’écriture pure et le « recyclage » d’un morceau,… Plus encore, le mix est l’outil privilégié aujourd’hui pour franchir les barrières des styles apposées un peu partout comme cette saloperie de question, cette mesquinerie que le connard lambda viendra vous servir en soirée: « Et t’écoutes quoi comme musique? »; à laquelle il n’est possible de répondre autre chose que : « Tout » et de filer au bar pour changer de discussion rapidement.

Quelque idées à la volée dans l’unique but de vous présenter un site que je consulte régulièrement depuis plus de 3 ans et qui vient de faire peau neuve il y a quelques mois pour développer un concept plus en phase avec ce qu’il représente et avec l’environnement musical qui nous entoure, aujourd’hui, en 2010. Percussion Lab est fondé en 2002 par Praveen Sharma sous la forme d’une émission sur une radio indépendante new-yorkaise comme il en existe des tas aux Etats-Unis. Dans l’unique but de faire découvrir une série d’artistes et de musiciens via des mixs ou des enregistrements live, Praveen Sharma entretient le site web pendant plusieurs années, organisant de temps à autres des évènements où il fait jouer Flying Lotus, Daedelus, Jimmy Edgar et d’autres musiciens. Complètement rénové l’été dernier, le site est aujourd’hui exclusivement centré sur la mise en ligne (et donc le téléchargement) de mixs/sets live séparés en 3 catégories: des « featured sets » essentiellement sélectionnés et mis en ligne par l’équipe de Percussion Lab auprès d’artistes ou de musiciens proches, les « contributor sets » pour ceux qui participent de près ou de loin au site, et enfin les « all user sets » afin de permettre aux abonnés lambda, comme votre serviteur, d’uploader les créations personnelles.

Si la majeure partie des styles de musique contemporaine sont représentés, ils sont habituellement plus ou moins mélangés pour donner naissance à une musique composite, forcément riche en références auxquelles il faudra s’habituer mais qui sont gages d’une découverte et d’un amusement quasi sans limite. Du moins je n’éprouve qu’un bonheur tout simple à parcourir les dizaines de mixs déjà présents pour écouter ce que je pensais ne pas aimer par a priori ou par ignorance. Régulièrement approvisionné, Percussion Lab est un terrain de jeu idéal pour ceux qui cherchent à se surprendre eux-même. Et s’il ne faudra pas avoir peur de lâcher un peu la rampe et de foncer tout droit vers une série de mixs dont les playlists vous semblent tout à fait obscures, le résultat obtenu en retour sera sûrement à même de vous faire découvrir une poignée de nouveaux artistes dont vous ne soupçonniez même pas l’existence.

Inévitablement, les mix et sets présentés sont inégaux en terme de qualité. Mais la volonté apportée par chaque DJ/contributeur de personnaliser le mix, de le thématiser, de le travailler en profondeur sur sa forme ou dans la sélection retenu suffit, à mon sens, à offrir à chaque fin d’écoute un sentiment de satisfaction, des impressions qui vous permettront de trier le bon grin de l’ivraie afin de défricher de nouveaux espaces musicaux. Et peut-être de finir vous-même par vous mettre à composer des mixs, qui sait.

PS: pas de disques aujourd’hui, ma précaire situation financière m’empêche de continuer à me fournir régulièrement en nouveautés. Ceci étant, pour les plus fans d’entre vous, je reste ouvert à toute donation d’ordre pécuniaire pour continuer à vous parler de disques que vous ne connaissez pas en des mots qui vous éblouiront, je l’espère, encore longtemps.

One Comment

  1. Bishop
    6 janvier 2010

    Intéressant, j’ai parlé il y a peu avec un ami d’un autre « son de cloche » sur la question du LP mais au lieu de prendre le point de vue du stade terminal c’était celui de l’initial. J’y reviendrai surement dans un prochain extrait. Mais du coup le mix en tant que forme fluide et finalement presque spectacle unique (le nécessaire live en club), rappelle la condition première de la musique et de son exécution avant l’enregistrement. Pour faire circuler une musique il fallait la jouer. Ce n’est plus nécessaire, mais pour lui donner sens on peut la mixer…

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