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Articlé publié le 21 jan 2010 par .

Classé dans Réflexions.

Barbarie contre Mercenariat.

Dans cette magnifique période pre-Hadopi (ou serait-ce post? on ne sait plus très bien) des discours continuent de s’affirmer contre des pratiques ou pour légitimer des actions contre celles-ci, pour enrayer une réalité qui semble inexorable. J’aime beaucoup la rhétorique actuelle qui est de stigmatiser ceux qui téléchargent (illégalement ? La nuance n’est pas toujours très claire) comme des barbares. Nous, canards boiteux de la société où l’on consomme contre argent sonnant et trébuchant, sommes des hordes monstrueuses et destructrices prêtes à rayer Rome de la carte. Même si nous n’avons pas notre Odoacre, notre roi barbare, nous sommes comme en 476 les destructeurs d’une « magnifique » civilisation. Le terme barbare vous  devez le savoir c’est ce terme qui désigne par onomatopée un individu dont les grecs ne comprenaient pas la langue, il parlait « breuhbreuh » donc barbare.

C’est un mot que j’aime beaucoup, surtout quand on sert contre une catégorie d’individus qui ne m’est pas antipathique, ou contre moi-même tout simplement, car ce qu’il porte en définitif est assez intéressant. Plus que la personne stupide ou incultivée que voulaient stigmatiser les grecs il désigne de fait la personne dont on ne maitrise ni la culture ni les codes et qu’on méprise pour cela, une belle manière de flatter notre ignorance. Si on cesse de voir les Grecs comme un aboutissement culturel pour faire du relativisme historique il ne reste que cette dernière signification pour ce terme. A ce sens nous sommes pleinement les étrangers d’une industrie du disque, de vieux politicards et de moralistes des grands chemins. Ce que j’adore encore plus dans ce discours c’est qu’en l’employant ils démontrent qu’ils ont conscience d’avoir déjà perdu.

Ce bel esprit « fin du temps », cette apocalypse de 4 sous, ces angoisses de sociétés millionnaires montrent que oui, nous sommes bien en 476. Il y a là un refus de leur part d’accepter un paradigme qui est déjà là. C’est presque fascinant ce déni de réalité, cette impossibilité de s’adapter et de chercher de nouveaux profits dans cette situation (car il y en a beaucoup à tirer).

Pour lutter, il y a les naïfs qui attendent qu’Hadopi sauvent le monde ou les pragmatiques à vision très très réduite qui recourent au mercenariat. Il existe par exemple l’entreprise Leakid qui filtre et cherche les liens en direct download pour les supprimer et offrir de sympathiques statistiques à ses clients pour leur montrer à quel point le travail il est bien fait. Il y a aussi ceux qui profitent d’Hadopi pour espérer se faire de l’argent comme Thierry Lermite. Qu’est-ce que tout cela signifie ? Que quand vous achetez un disque d’un label employant ses méthodes, une partie de votre argent part dans des entreprises de mercenaires qui « pallient » à l’Etat pour lutter contre nous les barbares.

Le problème avec les mercenaires, c’est qu’ils ne peuvent pas anéantir les possibilités d’une guerre pour ne pas perdre leur travail (donc le travail ne doit par définition pas être bien fait), et ils ne peuvent pas s’investir totalement dans la guerre de peur d’y perdre des plumes sachant que leur loyauté ne va qu’à l’argent et pas à des entreprises débiles qui, au lieu d’investir dans de nouvelles solutions de développements et de diffusions pour assurer de nouvelles sources de revenus, luttent stupidement et dispendieusement pour assurer des revenus de temps anciens qui se cassent légitimement la gueule. Too bad.

Je me permets du coup pour finir la leçon d’histoire de citer du Machiavel

et qui tient son Etat fondé sur les troupes mercenaires n’aura jamais stabilité ni sécurité; car elles sont sans unité, ambitieuses, indisciplinées, infidèles; vaillantes avec les amis; avec les ennemis, lâches; point de crainte de Dieu, point de foi avec les hommes; et l’on ne diffère la défaite qu’autant qu’on diffère l’assaut; dans la paix est dépouillé par eux, dans la guerre par les ennemis.

Le Prince (pour l’édition cité, traduction Yves Lévy, GF Flammarion, 1992)

Pour conclure ? Que ce soit dans leurs discours ou dans leurs pratiques, ils ont déjà perdu. Encore faut-il  se méfier; l’histoire n’est jamais à un renversement près, nous devons rester vigilants et continuer à espérer que les choses se passeront bien, mais c’est presque jubilatoire de les voir s’agiter aussi stupidement. Il y aura un jour, l’un d’entre eux, qui aura le courage de faire le bond, d’accepter ce monde et d’en tirer profits, et là, cela bougera vite et fort. En attendant…

6 commentaires

  1. jean-luc
    21 janvier 2010

    http://www.guardian.co.uk/music/2010/jan/17/brian-eno-interview-paul-morley
    Quelques réflexions du Grand (E)Novateur ou « qui veut de ma graisse de baleine? » (voir la fin de l’article)

    http://xiberia.info/blog/index.php/2009/10/16/159-qui-cherche-a-controler-internet-benjamin-bayart-fdn
    neutralité du réseau, droits de l’homme et graisse de baleine

  2. boultan
    21 janvier 2010

    au moins ils ont compris que le terme « voleurs » étaient juridiquement inepte en l’occurence.
    « barbares », ça sonne un peu comme « gros méchants ».
    « vous êtes des gros méchants ».
    c’est ça de voter pour des incultes : ils manquent de vocabulaire.

  3. Bishop
    21 janvier 2010

    Enfin « le téléchargement illégal c’est du vol » on en bouffe quand même. Puis il n’y a pas que notre gouvernement d’incultes dans le lot, la plupart des industriels sont du même bord.

  4. Digital Mojo
    22 janvier 2010

    Un mec qui trouve le moyen de citer Odoacre au détour d’une réflexion rapide sur Hadopi et le débat engendré, c’est pas la moitié d’un abruti. Musique, polémique et Histoire Ancienne.

  5. dragibus
    23 janvier 2010

    au début j’avais lu « Barbie contre mercenariat » ……….

  6. Bishop
    23 janvier 2010

    Pour l’origine de Barbarie dans le discours j’avais oublié de renvoyer ici: http://www.hyperbate.com/dernier/?p=9133

    Voilà corrigé.

    Euh sinon Dragibus, j’essaye d’imaginer un scénario possible, mais j’ai du mal :’)

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