Si 2009 nous a offert de beaux disques il y en avait finalement peu que j’attendais. 2010 s’ouvre un peu à l’opposé car après le Pantha du Prince et en attendant quelques autres, dont le Battles, sort bientôt le nouveau Liars, Sisterworld.
Liars fait partie de ces rares groupes avec lesquels j’entretiens une relation étroite que ce soit dans ce qu’ils m’évoquent ou dans ce qu’ils produisent. Depuis leur premier disque en 2002 je n’en rate pas un. A l’époque leur album se nommait They Threw Us All In A Trench And Stuck A Monument On Top. Sorti en même temps que l’Interpol, il était une sorte de double maléfique, cultivant d’autres traditions et gestes. New-Yorkais jusqu’à la moelle, les Liars proposaient un Punk sale et chatoyant qui se terminait en apothéose sur les boucles obscures de This Dust Makes That Mud.
Dans l’indifférence générale ce disque était suivi, en 2004, par They Were Wrong So We Drowned. Plus fou, plus difficile car beaucoup plus bruitiste, on avait l’impression que le groupe se faisait simplement plaisir en ne s’interdisant rien. Le disque provenait d’un voyage dans les montagnes du Harz en Allemagne. Il avait un côté nocturne et légèrement renfermé sur soi-même. Je continuais de les considérer avec plaisir, d’autant que le dernier morceau, une sorte de farandole rock pour le cirque Barnum, faisait distinctement référence au livre, et plus beau titre, de Philip K. Dick, Flow My Tear said the Policeman avec un Flow My Tears The Spider Said.
Avec une régularité exemplaire arriva en 2006 ce qui est pour moi le disque. Si je devais faire comme Kill Me Sarah et élire mes disques de la décennie, ce Drum’s Not Dead trônerait quelque part, comme une sorte de révélation rock tardive, un manifeste moderne sur ce genre. A l’époque du rock mutant, mangeant à tous les sources possibles pour se renouveler, il fait figure d’ascèse, une ascèse qui derrière une forme de minimalisme épurée fomenterait une petite révolution contre tous les clichés du rock. Composé d’une histoire, enregistré à Berlin, ce disque était une déflagration sonore comme on les attend rarement. Le son était plus propre et plus lourd, plus lent mais plus profond. L’introduction de l’album Be Quiet Mt. Heart Attack!, résonne avec une facilité déconcertante dans ma tête à chaque fois que je pense à ce groupe. De même que la puissance du Drum and the Uncomfortable Can et la beauté simple de la ballade finale.
Ce qu’il y a de singulier dans tout cela, c’est qu’après ce disque je n’ai pas attendu à ce que Liars enregistre quelque chose de cette intensité. Ils allaient continuer d’évoluer et ce Drum’s Not Dead resterait une sorte Graal, à la fois fragile et inatteignable. Certains disent que l’album suivant, l’éponyme Liars était un ton en dessous. Ce n’est pas comparable et ce serait faire un faux procès à ce bon disque, réécoutez le lynchien Plaster Casts of Everything ou le groovy Houseclouds, que de le penser vis-à-vis de ce monument. Il en va de même de Sisterworld.
D’autant que… D’autant que comme il semblerait que cela soit maintenant une habitude le premier morceau du disque est proprement fabuleux. Fantomatique, fragile et inquiétant avec ces paroles, I suppose to say Goodbye… , I’m a Coward…, et cette rupture en déluge rock rappelant les ascendants du groupe. Bicéphale, certainement, extrême, bien entendu, mais tout en étant parfaitement équilibré. Tout simplement énorme.
Si les thèmes, les sons, les postures sont toujours similaires dans les albums de Liars il y est néanmoins éternellement questions de ruptures. Ruptures dans l’idée, ruptures dans l’approche et après un album géographiquement moins fixé, retour à cette relation au lieu. Après NYC ou Berlin, cette fois il s’agit de Los Angeles. S’ils ont affirmé ne pas vouloir reprendre à leur compte la mythologie de la ville, il y a tout de même ce son typiquement américain, loin des tentations allemandes des précédents opus, visible par exemple sur le refrain agressif et entêtant de Scarecrows On A Killer Slant. Les ambiances moites et étranges continuent d’être une des récurrences de Liars comme sur Drip. Par moment le disque se fait crépusculaire, presque endormi, et par d’autres épique, relevé. Dans les meilleurs passages du disque on peut compter Proud Evolution, la « Pop Song » du disque franchement entêtante. Proud Evolution. You should be careful, You should be careful. You should be careful. Cette manière d’associer un fond sonore légèrement dissonant comme l’image d’un pulse dans l’espace ou une baleine sifflotant avec ce rythme évident montre aussi l’évolution du groupe. Depuis Liars, il y a une certaine décontraction, même une facilité à se réapproprier l’aspect Pop qu’ils délaissaient totalement avant… et cette évolution n’a rien pour nous déplaire.
Il est en fin de compte difficile de vous en dire beaucoup plus car il m’apparait délicat d’évaluer ce disque, si cela était une ambition. Sisterworld comme ses prédécesseurs est tout sauf évident malgré des passages plus catchy comme The Overachievers. On est ici dans le conte sinistre, dans une promenade dans des bois étranges avec ces différentes étapes d’une épopée fantastique. Si ce disque réclame un effort de l’auditeur c’est un effort mérité qu’il faut être près à fournir (un peu comme participer à mon concours bande de loques !). Dans tous les cas c’est encore un ajout intéressant à la mythologie Liars. Un disque qu’on recommande chaudement et on a hâte qu’ils passent en Europe, car pour le moment on peut malheureusement se gratter ou acheter un billet pour les États-Unis.
Assez d’accord avec tout ça. Un bon papier, Bibish. Et « Drum’s Not Dead » reste pour moi aussi le sommet de leur discographie.
Sinon précisons tout de même que l’album sort le 8 mars chez Mute.
Encore une dizaine d’albums dans ceux de la décennie et on aurait vu arriver Drum’s not dead qui est aussi mon Liar préféré.
J’aime bien Sisterworld (même si j’attendrai le 8 mars pour l’écouter bien sûr)(ah ah)(hum).
Comme KMS, sans doute mon Liars préféré. Il est immédiat mais avec une durée de vie exemplaire. Il englobe tout sans calcul.
jolie chronique ! Ça donne envie de les réécouter d’un bout à l’autre.
Assez d’accord avec le côté pop qui s’accentue au fur et à mesure des albums.