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Articlé publié le 12 fév 2010 par .

Classé dans Cinématographie.

Musique et cinéma #3: Phantom of The Paradise

Dans ce véritable hiver, on a parfois envie de rester cloîtrer chez soi à observer les flocons tomber quand il y en a ou à regarder quelques films blottis sous une couette.

Dans ce cas là, un choix musical et pop pourrait être le Phantom of The Paradise de Brian de Palma sorti en 1974. Ce long métrage était présenté comme le premier “opera rock” de l’histoire du cinéma avec à la baguette musical Paul Williams qui y jouait le rôle de Sven, le démon directeur du label Death Records. Grand prix au festival international du film fantastique d’Avoriaz en 1975, on peut dire que le film a connu un succès mérité, particulièrement en France.

C’est d’ailleurs surprenant, la France semble naviguer à vue entre un mauvais goût chauvin et des sortes de fulgurances dans ses choix. Comment expliquer que Philip K. Dick se vendait bien en France dans les années 70 ? Ou le succès de certains réalisateurs et écrivains alors qu’à côté la quasi-totalité de nos meilleures ventes font de la peine à lire… Cela me rappelle Hollywood Ending de Woody Allen où un réalisateur devenu à moitié aveugle tourne quand même son film sans prévenir personne de sa condition. Seul le public français acclame le résultat, petite touche d’humour pour un réalisateur dont le succès a surtout eu lieu dans notre pays, probablement à son grand dam.

Trêve de digressions, retour à ce Phantom. On peut déjà constater que Brian de Palma qui signe aussi le scénario s’y fait  plaisir, enchaînant les références que ce soit au niveau de l’histoire (un mélange de Faust et du Fantôme de l’Opéra de Gaston Leroux en passant par des clins d’œil à Proust ou à Oscar  Wilde) ou de la mise en scène (Hitchcock) tout en gardant un côté fantaisiste et rafraichissant. Le film est aussi une pure production des années 70 avec cet aspect très coloré, rouge dominant, qui rappelle certains Carpenter ou le Zombie de Romero. L’histoire ne s’embarrasse d’ailleurs pas d’explications cohérentes, préférant le dynamisme et le grotesque, l’évasion de Winslow, à un récit finement ciselé mais probablement moins percutant.

L’un des aspects les plus essentiels est  la musique, cœur de l’histoire et de la mise en scène. Si Paul Williams a eu une assez longue carrière ce fut surtout pour la télévision et le cinéma. Dans Phantom of the Paradise il compose toutes les chansons qui sont interprétées soit par les acteurs soit par lui-même. Dans ces chansons on trouve les productions « hits » de cette époque pas si lointaine, celles du label, et les compositions de notre héros malheureux Winslow qui veut enregistrer un opéra sur le personnage de Faust.

Une des grandes qualités du disque commercialisée lors de la sortie du film fut d’éviter ce qu’on a croisé chez Blade Runner, c’est-à-dire les tonnes d’inédits et autres versions, pour se concentrer uniquement sur le film. Il y a donc « seulement » 10 morceaux, et approximativement dans l’ordre chronologique. Le premier morceau Goodbye, Eddie, Goodbye est ainsi censé être chanté par le groupe « à la mode »,  The Juicy Fruits. On a là une sorte de surf musique qui est à la fois entraînante et ridicule. Le tout fait aussi pensé à du Doo-wop avec la profusion de cris « ahhh » « ooooh ». Dans le même genre, il y a le plus énervant et plus Beach Boysien, Upholstery chanté par le groupe fictif The Beach Bum. Ces deux morceaux sont une sorte de bilan des activités de ce label, qui maintenant doit se tourner vers de nouvelles perspectives, le projet de Winslow par exemple. La mission de Paul Williams est ainsi plus compliqué, au lieu de faire des pastiches il doit composer des morceaux plus « actuels » ou qui présentent  d’autres perspectives. Autant dire qu’il s’en est très bien sorti.
Le Faust interprété par Winslow, Bill Finley, est simplement magnifique. La voix de l’acteur a un petit côté à la David Bowie, le tout transcendé par un simple piano. Dans les rares chansons un peu « bonus » du disque, on a aussi la version de Paul Williams, à peine entendue dans le film si je ne me trompe. Plus rock et avec des rythmiques légèrement reggae, elle est plus efficace, carrée (la voix de Paul Williams est mieux maitrisée) mais elle perd un peu de ce charme désuet qu’à la première.

La bande son laisse aussi la part belle à l’actrice principale, censée être la muse de Winslow, Phoenix (Jessica Harper). Si elle chante parfaitement je trouve les deux morceaux un peu trop kitsch et facile malgré la bonne instrumentation de  Special to Me et le côté poignant de Old Souls. Les deux chansons sont réussies mais elles ne me parlent  guère.

Du côté du grotesque il y a le fabuleux Somebody Super Like You qui flirte avec le Heavy Metal. Dans le film, Wislow se fait voler son travail par Sven qui forme un groupe « moderne », pour l’interpréter. Ce groupe c’est The Undead avec comme chanteur principal Beef, l’acteur Gerrit Graham. Dans ce premier morceau il se fait « construire » par son groupe avant d’enchaîner plus loin sur « son » morceau Life at Last. L’acteur est excellent dans ses mimiques, dans sa surenchère constante de son personnage et la scène de cette chanson est brillante. Par contre ce n’est pas lui qui chante mais Ray Kennedy. Après l’aspect métal un peu glam de Somebody Super Like You ce morceau lui est plus groovy, moins rock mais bien plus drôle.

Deux des tubes du disque sont le thème principal, Phantom’s Theme (Beauty and the Beast), ballade et complainte, et le morceau de conclusion, le magique The Hell of It. Paul Williams y montre sa polyvalence. La première chanson exprime la fragilité  en dessous de la folie et de la rage du personnage principal, il y chante à la place du fantôme, la seconde est la conclusion au film. Entre son fond sonore épique et monumental, et ses digressions piano-bar, il y a l’équilibre trouvé par Phantom of the Paradise entre comique et horreur, grand récit et petites anecdotes. Monstrueux.

Un des mystères qui entourent ce film, fut son incroyable succès  dans la ville de Winnipeg au centre du Canada. Il s’écoula 20 000 copies de la bande-son dans Winnipeg seul, devenant facilement disque d’or dans le reste du pays. Je regrette que le réalisateur de Winnipeg mon Amour, Guy Maddin, n’est pas cherché une explication à cette histoire dans son film étrange et loufoque…

En cette période de lois liberticides, un dernier aspect de ce Phantom retient notre attention. Celui de la vision de l’industrie du disque. S’il s’agit  presque d’un Medley entre Faust et le fantôme de l’opéra c’est pour les appliquer non pas à une société totalitaire et à des dirigeants politiques, mais à un label et à son patron. L’artiste ici trime et se fait exploiter pendant que le label manipule, rackette, et profite de l’argent qui coule à flots. Image loin  d’être fausse. D’autant plus plaisante et nécessaire quand on voit des Universal ou Warner s’ériger en pauvres victimes du monde moderne.

Un grand film, un bon disque, une métaphore sympathique, une bonne occasion de rester sous la couette.

Deux liens: Rock Fever pour la musique, Cinécritiques pour le film

One Comment

  1. KMS
    12 février 2010

    Rhaaaaaaaaaa j’adore ce disque. Kitch mais énorme. Le Phantom’s theme est un chef d’oeuvre, et la 2ème version de Faust pas loin. Je tiens à mon vinyle comme à la prunelle de mes yeux. Ça fait quelque temps que je me dis qu’il faut que j’en parle.

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