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Articlé publié le 17 mar 2010 par .

Classé dans Chroniques.

Hypo, la classe tout de Bric et de Broc

Et l’hiver s’éternise… Sur un air de Abstrackt Keal Agram et La nuit s’éternise. Je ne sais pas chez vous mais il neige ici, il fait froid, je me bois une bonne bière sous une lumière déclinante en finissant d’hiberner. Non pas que je n’aime pas l’hiver, au contraire, mais je suis près à la mue du printemps, à revenir à des airs plus chaleureux.  Washed Out et sa disco baléaric chaleureuse m’avaient bien aidé à attaquer cette période mais il faut peut-être autre chose pour en sortir. Heureusement vient à point le nouveau disque de l’un de mes héros des années 2000, j’ai nommé Hypo.

Hypo c’est un artiste que je « fréquente » depuis longtemps et s’il  y avait des choses que je n’aimais pas trop chez lui, sa manière de se lamenter sur l’évolution du marché du disque à l’époque,  je suis tombé amoureux dès Kotva de ses chansons. Musicalement il avait tout compris et cela valait tous les discours. Le côté cheap, que dis-je, garage de sa musique, cette manière de s’approprier les gadgets dont parlait Baudrillard pour les assembler leur donner des airs de riens pour produire des belles chansons. Wundersingle, A Re, Dam & Save, ces minuscules moments de bonheur s’enchainaient, souvent sales, Oldorder, mais d’une saleté poétique. Une poésie d’une société de déchets flamboyants, recyclables à l’infini. Le futur lui appartenait, son credo était d’en faire plus avec moins comme un slogan d’entreprise transformée en complainte humoristique et électronique. Le tout était simplement fascinant.

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Dans la foulée, venait la confirmation que ce soit en 2002 avec un album rempli de collaborations, Karaoke A Cappella et ses pop songs géniales, Ddash Babass (feat. Boulder dDash) ou Pil/Pil (feat. The Very Ape & Boulder dDash), ou en 2004 avec l’extraordinaire Random Veneziano. Le bonhomme, Anthony Keyeux, y dévoilait son talent et aussi ses inspirations. Les références New-Wave, que ce soit Joy Division, Something Must Break (feat. Sonia Cordier) ou New Order, sa fascination du japon, ses pulsons rock’n’roll matinées de disco et toujours un énorme second degré. Free Days, Killed Banano, The Perfect Kill, étaient des instants de bravoure entourées par des protubérances pops entre jeux-vidéos, mauvaise bande-son de publicités et autres rêves électriques.

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Avec Random Veneziano, Hypo avait probablement touché le point culminant de son art, là où ses idées et ses techniques s’épanouissaient probablement le mieux. Il y développait une Pop riche et improbable en multipliant les joyeuses farandoles de samples. Il n’était pas évident de se renouveler après cela. La solution pour continuer son bonhomme de chemin fut de collaborer sur un album entier avec une tiers personne,  EDH, sur The Correct Use Of Pets. Celle-ci lui a amené un format plus strict, mieux construit, sans pour autant l’y enfermer. On retrouvait ses goûts pour le grotesque, pour une électro rieuse, joueuse et personnelle. L’album prenant des airs de cirque ou de zoo, avec comme fil conducteur la voix d’EDH et les synthés comiques. Le rendu était décontracté, tranquille malgré les bizarreries voulues et les différentes facettes de la voix de l’étrange Emmanuel de Hericourt. Pas nécessairement un immense disque mais tout de même, un grand moment electronica français, tourbillonnant dans ses multiples clins d’œil mutants (Routine 66). On ne pouvait exiger plus.

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Qu’en est dit d’Anthony Keyeux en 2010 ? Déjà, au travers son site on peut suivre ses différentes activités. Un atelier « broken music » pour les 12-15 ans typiquement dans l’esprit du bonhomme, un travail peut-être plus alimentaire (sans connotations péjoratives) dans le « sound-design » et toujours Hypo. Il faut croire qu’en multipliant les projets et en trouvant peut-être une assise financière, la colère du début de carrière est un peu retombé. Dans ses années 2000 il y avait deux attitudes au choix, soit continuer de médire et maudire comme les majors le font encore, soit accepter la situation artistique et en tirer partie. En le voyant cracher sur la saloperie qu’est Deezer tout en proposant tous ses anciens disques en téléchargement gratuit sur bandcamp on se dit que oui, il a vraiment choisi une posture maligne, parfaitement assumée et qui franchement nous plait  (ils proposent les disques en 320kbts ou même en Ogg, FLAC et autres  petits fichiers de bonheur …).

S’il n’y a pas son Coco Douleur et Dodo Couleur en téléchargement, n’en demandons pas trop non plus, ils sont dans leur intégralité en écoute gratuite. Encore une fois chapeau bas.

Mais venons en y à ces deux disques car ils ne sont pas qu’une excuse pour parler d’Hypo. Coco Douleur est son nouvel album sorti ce mois-ci, et Dodo Couleur son « compagnon vinyle ». Dans ces disques aux pochettes d’été, peintures « du dimanche » de sa mère, Hypo reprend une de ses recettes préférées celle de la multiplication des collaborateurs. On retrouve donc les EDH, O.Lamm, et tout plein de monde,  surtout en provenance du Japon. On l’a dit, Hypo voue un intérêt certain au japon, pays par excellence du gadget, il semblerait que cela soit dans une certaine mesure réciproque. C’est que le Hypo s’est aussi investi auprès de la scène locale, sa participation sur la chanson Vodka du chaleureux disque  de Kumisolo l’année dernière, My Love For You is A Cheap Pop. Ce disque créait de nombreux ponts avec la France et surtout avec le label Active Suspension (son ex-label) et sa bande de copains puisque Domotic et  O.Lamm produisaient le disque.

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Dans une interview Anthony déclare que ce qu’il apprécie dans le japonais c’est le phrasé, la manière d’utiliser les syllabes. La façon dont la parole est utilisée fait ainsi penser à un autre artiste,  Cornelius et son fabuleux Beep It sur Sensuous, tout en gardant cette base de synthés cheaps. Ce qu’il a démontré ces dernières années, surtout avec EDH, c’est sa capacité à accompagner une voix et à créer des moments de grâce dans l’équilibre des deux. La  surabondance des japonais dans ces disques est ainsi une bien bonne idée, les mots acquérant le même statut/chose que les sons  pour sublimer ainsi sa musique.  Il y a  des morceaux qui sont simplement géniaux comme la plupart des collaborations avec ADK (The Double Jetaime, Coco² et Ultra Mon) même si les autres participants, à l’image d’EDH, ne sont pas en reste (on pense aussi à Yo Kalabi).

Du côté des regrets, le son est un petit plus figé, moins dynamique moins fluide et improbable que dans ses premiers disques. On y perd sur l’aspect ridicule et rieur, et on revient sur la difficulté de cette musique à se renouveler. C’est pourquoi on explore de nouveau le passé sur Destino Too qui reprend le Destino (with Simon Wess) de Random Veneziano. Dans le fond c’est cependant une pratique courante chez Hypo qu’on retrouvait sur d’anciennes chansons comme Newoldorder (faisant référence à Oldorder)  ou même un Second Hand Kotva. La musique, du moins sa musique, n’est pas sanctifiée. Chez lui, elle a le même statut que les samples qu’il utilise, un substrat qu’on peut récupérer, transformer, recycler, pour atteindre l’objectif atteint. Destino était incroyable, ce Destino Too est plus chargée, moins efficace, mais toujours intriguant.

J’ai parfois l’impression que sa musique est un peu daté mais je crois que c’est quelque chose de personnel car je le suis depuis longtemps.  Sa musique garde au contraire une  vitalité dans la mesure où il reste une figure atypique même marginale que ce soit sur la scène française ou au-delà.

Alors voilà, c’est l’occasion rêvé de le découvrir ou de le redécouvrir. Coco Douleur ne sera pas un album nécessairement inoubliable, mais pour faire éclore le printemps, pour aller dire des plaisanteries dans les soirées, pour relativiser les soucis du quotidien, Hypo reste un grand maître et il y a suffisamment de pop songs parfaites ici pour vous contentez.

Et on ne le dira pas assez : Tous ses anciens albums sont disponibles gratuitement dans tous les formats dignes de ce nom, alors n’hésitez pas bordel (et vous l’aurez compris, Random Veneziano pour commencer c’est parfait).

Liens: Hypo et présentation de Coco Douleur.

2 commentaires

  1. opaz
    18 mars 2010

    Merci pour cette découverte!! Random Veneziano me plait beaucoup.

  2. Bishop
    18 mars 2010

    Je suis content que cela te plaise, Hypo a malheureusement une fâcheuse tendance à rebuter je crois…

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