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Articlé publié le 25 mar 2010 par .

Classé dans Die kosmische Dauer.

Future Sound Of London, « Lifeforms »

Et si je trichais ? Après tout ce sont nos catégories, nos choix, nos sélections. Je me suis surpris hier à réaliser que je n’avais jamais parlé d’un certain disque sur ce blog. Il faut dire que je ne l’écoute plus beaucoup. Des années que je ne l’avais pas écouté à la réflexion… Mais il était toujours là, quelque part, dans un coin de ma tête, perdu dans une bulle d’affection.

Peut-être d’échanger des mails avec une amie de Barcelone l’a fait revenir, en tout cas il est maintenant présent. Un disque long, un double disque même, vaporeux, bruyant et atmosphérique, de l’ambiant. Il n’a  pas réellement sa place dans ma catégorie « la durée cosmique », car il n’est pas assez répétitif, pas assez cohérent, pas assez monolithique pour trôner ici… Mais après tout, pourquoi ne pas tricher ? Aucun des morceaux ne peut s’envisager indépendant on est en face d’un rêve sonore comme seul quelques anglais pouvaient nous en offrir, un rêve qui nous fait perdre toute notion du temps, peut-être une autre manière d’envisager l’idée de The Cosmic Duration. Ce disque se nomme Lifeforms, l’un de mes disques cultes il me semble. Nous sommes avec The Futur Sound Of London, quelque part dans une prairie anglaise en 1994 et l’an 2000 semble encore loin…

La première fois que j’ai écouté sérieusement ce disque je devais regarder attentivement un plafond.  J’étais chez cette amie à Barcelone dans une chambre et je regardais le plafond. Ce n’était pas spécialement un beau plafond, je crois qu’il était normal, blanc en tout cas. La lumière du réverbère se reflétait dessus et c’était à peu près tout, les réverbères ne se promènent pas à Barcelone. Il faisait chaud aussi, suffisamment chaud pour ne pas avoir envie de dormir alors je regardais le plafond. Du moins, pas exactement. Ce qui me plaisait en fait chez ce plafond c’est qu’il était loin. Loin de moi. Il devait bien trôner à 3m50, 4m, et le matelas était lui bien proche du sol. Ce que j’observais, c’était l’espace. Cet immense espace que m’offrait cette distance dans la fournaise d’une nuit d’août en Catalogne. Et cet espace je l’occupais par la musique. Faith No More, Bambaataa, et surtout Lifeforms. L’avantage de Lifeforms, spécialement à une époque où j’étais encore plus inculte qu’aujourd’hui, c’était que je pouvais l’écouter en boucle, à la recherche de nouveaux chemins, de nouvelles lignes, de nouveaux sons.

Lifeforms porte bien son nom. Des bruits, de l’eau, des sirènes, des choses étranges se passent, défilent, reviennent, surviennent. Les « formes de la vie » englobent tout ce qui est, elles ne concernent pas seulement une idée réductrice comme la nature. Le disque est  d’ailleurs assez urbain, c’est comme cela que je le ressentais en tout cas. Des cordes de guitares pincées, d’autre de basses, des hululements, une trompette, Cerebral, que de choses à vrai dire. Mon approche de ce disque cette nuit était dans la sensibilité, je le fouillais. C’était comme lire un roman d’aventure avec ses descriptions, ses actions et son dénouement. Ses gros sons qui surgissaient, qui claquaient, ses rythmes… Le tout était assez minimaliste, je en vais pas vous induire en erreur, mais merveilleux. Lifeforms arrivait à être à la fois tribal tout en évoquant la rue et ses sinuosités. La force d’évocation était immense, j’avais rarement eu autant d’images à accoler à un disque et cet espace entre mes yeux et le plafond voyait se dérouler une foule d’événements impromptus, un pour chaque son. J’étais ébloui par ce disque.

Par la suite j’ai découvert KLF, The Orb, et même si cela est encore vraiment incomplet je me suis plus penché sur l’histoire de la musique pop. Ce qui m’avait plu chez ce groupe, c’était cette manière de s’approprier les sons, de les orchestrer, de proposer ce disque comme une pièce sonore. Certes les Pierre Henry, les Luc Ferrari et autres Parmegiani allaient bien plus loin dans ce concept 30 ans auparavant, mais il y avait cette manière de le mettre au service non pas d’une idée, ou d’un projet sonore, mais d’une atmosphère, une espèce d’avant goût de ce futur son de Londres qui n’aurait pas pu porter un meilleur nom. Des Braiments, un son de ferry et encore des visions de forêts magiques, celle de Cristal de James Grames Ballard, ou celle d’Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad en moins maladif.

Cette musique, c’était surtout le début des années 90, KLF et son Elvis fantomatique, The Orb et ses emprunts à Steve Reich. C’était un pays qui en plus d’avoir inventer la rave avec les nomades de Spiral Tribes avait réalisé qu’il fallait qu’il se passe quelque chose après ces nuits de transe, il fallait que le corps se repose et s’apaise dans son environnement, d’où les « after », d’où le chill out. Détroit était loin, Manchester commençait à sombrer encore, mais la musique électronique paraissait toujours aussi jeune et naïve, la démocratisation des moyens techniques n’ayant pas encore totalement transformé le paysage. Il est histoire de processus ici, mais aussi de visions. Une période où affleure toujours un  « pourquoi pas ? ». L’avenir est flou et après un siècle d’obsession concernant le futur on se demande au fond si ce mot signifie encore quelque chose…

Chez Future Sound il y avait peut-être moins de samples que chez KLF mais plus « d’événements » imprévisibles, ici, on peignait un monde un peu comme Eno le faisait mais en allant plus loin, en lui donnant une densité, une vision. La dernière fois qu’un disque m’a fait le même effet, c’était peut-être le Untrue de Burial. Digital trouve ce disque trop mou, mais là encore j’adore les détails, ses errements, ce qu’il montre plus que ce qu’il fait entendre. Burial est devenu ainsi en quelques instants non pas un des rejetons du Dubstep mais celui d’une autre Angleterre, celle de Future Sound Of London et de ses jungles anglaises.

Il y aurait mille choses à dire.  Il faudrait revenir sur l’histoire du groupe, certains considèrent par exemples que le meilleur disque est ISDN. Il faudrait évoquer les autres projets, moins intéressants, comme  Amorphous Androgy. Il faudrait enfin parler des titres et du contenu des morceaux à proprement parler, mais je m’en fous de tout cela. Je ne me souviens pas des noms des titres, je ne les lis pas, je ne différencie pas les morceaux, je ne découpe pas. Je n’analyse pas plus. Je voyage.

Future Sound Of London et lifeforms c’était simplement cela, une jeunesse des années 90 qui vit son imagination dans un voyage d’images sonores.

3 commentaires

  1. KMS
    25 mars 2010

    J’adore ce disque. Bien plus que ceux de The orb pourtant proches dans la forme. Mais celui-ci est au-dessus.
    J’écoutais ça à la même époque que le Leftfield où il y John Lydon qui chante sur un morceau.

  2. Bishop
    25 mars 2010

    Fufu, au taquet le sieur KMS, je viens à peine de publier. Sinon bien qu’admirant The Orb, je considère aussi cet album comme au dessus et ce goût n’est pas surprenant de votre part. :’)

    Je ne connais pas bien Leftfield, il faut que j’aille voir.

  3. Digital Mojo
    26 mars 2010

    Ouai, « Untrue » pour moi c’est le malentendu. Les gens n’ont pas pu écouter attentivement cet album pour le trouver aussi fantastique, j’ai vraiment du mal à le concevoir.

    Bon sinon je n’ai jamais écouté ce « Lifeforms ». Je connais bien mieux le suivant, « Dead Cities », dans un genre légèrement différent, peut-être moins ambient si je me fie à ce que tu en dis. Sinon j’ai vu dans les crédits que Robert Fripp est crédité à la guitare sur ‘Flak’, une espèce de lien entre FSL et les trucs ambient de Fripp des années 80 pourrait se dégager que ça me paraitrait pas saugrenu. Je vais écouter pour me convaincre ou non.

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