On ne dira jamais assez à quel point la musique est entrée dans le quotidien de tout bon mélomane qui se respecte via le Web et toute une série de moyens et de formes détournées, plus ou moins concernées par le fait artistique selon les cas, portant toutes à leur façon l’objectif essentiel et premier pour toute composition: être entendu. Sans ce geste d’attention, enregistrer conserve un statut d’acte mort-né qui n’est pas très éloigné de la fameuse question philosophie débattue depuis l’aube de l’esprit humain et le développement de ses capacités de réflexion et de conceptualisation: « Un arbre qui tombe dans la forêt fait-il du bruit si personne ne l’entend? »
De conceptualisation, quelque part, il en est un peu question avec le duo Screwtape. Lorsqu’on parle de collage, de techniques de sampling, on reste bien souvent centré sur les bases du genre sans jamais vraiment remettre profondément en question, ou si peu, la fonction du sample et son état de matière sonore absolue. Dans leur démarche, en creusant un peu, on se rend compte que Walter Gross et Bizzart, qui vont par le nom de Screwtape lorsqu’ils manipulent les 4-tracks et les platines à deux, ne font rien d’autre que de soulever à nouveau cette vieille rengaine de la récupération de multiples identités sonores pour les superposer et en faire quelque chose de neuf et de personnel. Aucune limite n’est fixée: riffs de métal déformées, voix et instruments folkloriques repassées en boucle, effets sonores qui défigurent le morceau, ryhtmiques au tempo ralenti au possible, bourdons et autres crépitements; le tout donne un aspect sale et rugueux à l’ensemble, aucune forme musicale ne semble réellement se détacher. Du moins pas pour longtemps, Screwtape prenant plaisir à trimballer l’auditeur au gré de son imagination et des phases d’improvisation successives. Walter Gross est coutumier du genre et lorsqu’il s’allie au rappeur californien délirant Bizzart (je vous encourage à vous procurer « Future Stars And Small Wonders »), les deux compères offrent aux curieux ce « Do You Remember The Fragrance Girls Acquire In Autumn? » via le site du label I Had An Accident Records; un projet dédié à tous les romantiques qui ont un jour été bousculé par le parfum d’une femme dénudée, une nuit d’octobre ou de novembre.
Ils sont nombreux les Netlabels a avoir franchi le gouffre des ventes de disques limitant dans le temps et dans l’espace quelqu
‘initiative que ce soit pour proposer un catalogue entièrement gratuit, composé de petits projets n’ayant jamais trouvé preneur pour une sortie en bonne et due forme ou bien défendant réellement une aspiration au partage et à l’échange pour simplement véhiculer une musique, un message, une idée pas toujours commercialisables dans l’état actuel de l’industrie du disque (cf. les différentes notes de Bishop à ce sujet). Error-Broadcast est de ceux là. S’il se présente comme un projet bien ancré dans le XXIème siècle (on pourrait rejoindre ici le débat sur la gratuité et son avenir à court ou moyen terme mais ce sera pour une prochaine fois), Error-Broadcast reste avant tout un petit netlabel fondé en 2009 par deux activistes européens, Swift l’Allemand et Flip l’Italien, qui s’appliquent à proposer une musique à leur image: transgressant les frontières pour aller piocher aux quatre coins du monde des producteurs aux horizons musicales plus ou moins différents. Trichant un peu avec la philosophie exposée ci-dessus, Error-Broadcast propose un catalogue de mini-LPs où le hip-hop le plus traditionnel est jeté dans un blender et mixé avec des tentations électro/synthétiques diverses et variées. A ce jour, 6 projets ont vu le jour et composent le catalogue du netlabel. A noter que chaque sortie est offert en téléchargement à 192kbit et qu’une version en plus haute qualité est proposée en échange d’une poignée de dollars. Les infos et les liens sont à retrouver sur le site du label: www.error-broadcast.com
Une dernière friandise pour la route, celle proposée par celui qui se présente lui-même comme le Willy Wonka du hip-hop. Il est vrai que depuis ses apparitions aux côtés d’Insight sur l’album « Travel At Your Own Pace » de Y Society et au sein du trio Panacea, Damu The Fudgemunk, a.k.a. Earl Davis, originaire de Washington D.C., a gagné une petite réputation tout à fait confortable de pourvoyeurs de beats gratuits, à l’aise occasionnellement un micro en main. Un engouement provoqué essentiellement par l’approche totalement vintage de Damu, qui ne compose qu’à l’aide d’un matériel analogique (platines, disques et MPC) à l’heure où le tout informatique règne en maître
tant il est aisé de se procurer un laptop, un clavier maître et quelques logiciels surpuissants. Mais Damu reste un musicien qui respecte profondément ses racines, un enchevêtrement de morceaux et d’albums issus des 90′s. Le résultat ne ment pas et véhicule cette idéologie sur chacun des nombreux projets gratuits proposés par le producteur depuis 2 ans via son site web et Redefinition Records, le label qu’il dirige avec JNOTA. On se souvient de « Spare Time », « Overtime », les remixs de Madvillain… Cette fois, Damu offre « How It Should Sound », EP promo totalement instrumental qui fait office de prélude à la sortie de l’album « How It Should Sound Volume 1 & 2″ le 13 avril prochain. L’album regroupera des beats composés et enregistrés par Damu entre 2003 et 2007. Entre temps, les 6 morceaux de l’EP vous feront patienter et présenteront, à ceux qui l’ignorent, la formule à l’efficacité redoutable, habile mélange de quelque forme de « black music » que ce soit, qu’Earl Davis trimballe pour notre plus grand plaisir ces dernières années. « How It Should Sound – Promo EP » est en téléchargement sur la page Bandcamp de Damu.
Le premier c’est quand même bien particulier, la pochette fera plaisir à Heebooh au fait.
Haha il est fan de catch? Sinon oui Screwtape, c’est pas à la portée de la première oreille. Mais c’est assez jouissif quand on parvient à y trouver un intérêt quelconque cette manière de tout mélanger et d’improviser sur le moment, sur un thème donné.
Ouch, j’avoue que Screwtape ça va être difficilement possible :)
Ouai, j’ai hésité entre ça et Dum Dum Girls mais j’ai trouvé le second vraiment sans intérêt. Du coup, je préfère parler de Screwtape quand même.
C’est quoi ce Dum Dum Girls, croisé plusieurs fois Pitchfork vienne de lui foutre 8.2…
Un énième groupe composé exclusivement de nanas et qui donne dans le garage/lo-fi pop/shoegaze de base type Vivian Girls, The Girls At Dawn,… Hormis le fait que ça ressemble pour moi à un bon girls band à la sauce 2010, musicalement c’est assez anecdotique et limite ennuyeux. Un truc pour Pitchfork, quoi.