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Articlé publié le 07 avr 2010 par .

Classé dans Pochettes/Visuels.

Une pochette #9: King for A Day, Fool for A Lifetime

En parlant de Future Sound of London l’autre jour j’avais cité au passage Faith No More. A l’époque si j’adorais  le duo londonien je succombais surtout au charme d’un des personnages les plus importants à mes yeux des années 1990 : Mike Patton.

Mike Patton, pour les chanceux qui peuvent encore le découvrir,  c’est ce cinglé à l’origine de projets comme Mr Bungle, son premier groupe, ou Fantômas, formation que nous avons déjà évoqué dans une précédente notule. On y désignait d’ailleurs Patton comme une sorte de « Brian Eno du métal », ce fut surtout la meilleure chose qui soit jamais arrivée à Faith No More.

Faith No More est un groupe de rock/métal, qui nait en plein dans la période du punk californien, 1982,  avec comme membres Billy Gould, Mike Bordin, Roddy Bottum, Chuck Mosley. Ils proposent à l’origine une sorte de rock viril mais très groovy, qui aime puiser dans d’autres répertoires comme le funk pour se démarquer des autres groupes de cette vague. Néanmoins les relations au sein du groupe sont tumultueuses et autant être honnête, musicalement il manque un élément plus singulier, plus frappant, pour que leur musique touche le firmament.

Après deux disques, ce second souffle advient avec l’arrivée au chant de Mike Patton à la place de Chuck Mosley en 88. Patton chante à l’époque dans son groupe de lycée, Mr Bungle, et il va amener cette folie dont Faith No More manquait pour exploser. Avec sa voix Mike est capable de tout, de vraiment tout, et il ne se gène pas pour l’utiliser, pour évoluer dans divers registres ce qui permet des ruptures et pousse les autres membres du groupe à proposer de nombreuses variations dans leur production musicale. Les choses sérieuses pour Faith No More commencent avec The Real Thing en 89. Hip-Hop version flower power, Métal lourd et vibrant, ambiance de crooner sur Edge Of The World ou comment être parfaitement pop tout en se permettant tout. Du style, du style et encore du style malgré la tronche du groupe, ah ces vêtements, et les bouffonneries de Patton. Dans ces années où le rock est encore un secteur florissant du business musical Faith No More se fait une réputation: nomination aux Grammy Awards, ventes excellentes… Les paroles de l’album n’ont pourtant été écrites qu’en deux semaines par un Patton qui trouve ici une forme plus aboutie que sur Mr Bungle (enfin, le Bungle de jeunesse… car ils n’allaient pas tarder à démontrer leur véritable puissance mais ceci une autre histoire).

Fort de ce succès, le groupe continue de travailler sur cette capacité à surprendre et à allier autant les sons (synthés, jazz, ballades) que les postures. Angel Dust sort en 1992, ce disque est dense, fort, abouti, à un tel point que certains le considèrent comme le meilleur du groupe.  Cependant je préfère à bien des égards King for a Day, Fool for a Lifetime, véritable apothéose et disposant d’un incroyable artwork.

Jusqu’à ce disque on ne peut pas dire que graphiquement les productions de Faith No More s’étaient signalées. On avait soit un minimalisme cliché assez pauvre (We care a Lot, Introduce Yourself, ou The Real Thing) soit l’étrange, ou impromptu, Angel Dust. Pour King for A Day force est de constater que la pochette est sublime. Ce dessin arrive à suggérer une atmosphère oppressante et sévère en jouant sur ces trois couleurs. Ce policier qui semble immense avec ce chien près à tout dévorer il y a quelque chose de totalitaire ici. Il y a aussi du « trop », on a le sentiment d’une exagération, ou d’un manque de sérieux de l’ensemble qui donne à ce dessin une impression qui relève du grotesque ou de la caricature.   Ce dessin est un travail du dessinateur Eric Drooker. Totalement inconnu en France à l’époque il venait de se faire un nom aux Etats-Unis avec le roman graphique Flood ! Un récit quasi sans textes où la force d’évocation des dessins suffisaient à transporter les lecteurs. Encensé par la critique, dont Art Spiegelman, excusez du peu, Drooker y racontait l’histoire d’un homme vivant seul à New York avec son chat. Pour son travail il utilisait la méthode de la  « carte à gratter ». La technique est similaire à la gravure sur bois, l’encre est présent partout et il la soustrait à l’aide d’un rasoir pour faire « apparaître » son dessin. Entre onirisme, critique sociale, autobiographie, Flood ! s’imposait comme un somptueux livre.

Certains de ses dessins sont maintenant mondialement connus, comme celui sur la censure, et il faut croire que Faith No More considérait que son travail  collait parfaitement à l’ambiance de leur disque.

Car au fond ce flic avec son chien cela pourrait être une blague  de potache de Patton, un truc pour faire flipper ses camarades en train de consommer on ne sait quoi, c’est aussi une allusion directe à cette industrie boursouflée, à la MTV mania, à tous ces gens qui font des rois pour un jour, mais des idiots pour la vie, pour faire référence au titre du disque et aux mésaventures de nombreux groupes. On est dans l’adéquation parfaite, puisque ces couleurs sont dans le même temps les couleurs « classiques » de nombreux groupes de métal. Ils détournent ainsi des codes graphiques, et l’image d’origine pour lui donner un autre sens, une autre dimension par leur musique….

… Musique qui n’est pas « expérimentale » (souvenez-vous), elle n’est pas prétentieuse, elle n’est pas pompeuse comme 90% des productions rock et métal de l’époque (Korn commençait à sortir des disques…), elle est drôle, pleine de vie, Christine Boutin devrait l’écouter, elle est en deux mots magnifiquement grotesque.

Avec sa ballade brésilienne proche du Bosa Nova, Caralho Voador, ses évocations scatophiles, Cuckoo for Caca, et ses tentatives gospel, Just a Man, c’est l’album où la signature de Mike Patton est la plus forte, celui où l’on est le plus proche de Mr. Bungle, rien de surprenant alors de retrouver le guitariste de ce groupe impliqué ici, Jon Hudson, et rien de mieux que cette pochette. Elle est complétée par le dos du disque, puis prolongée par le maxi Ricochet.

Violent, amusant, déstabilisant, si dans l’absolu je préfère Mr Bungle à Faith No More, ce King For A Day continue de trôner fièrement dans ma collection et d’être un régal à l’écoute.

Liens: Site officiel d’Eric Drooker et une interview. Article sur King For A Day.

3 commentaires

  1. Digital Mojo
    8 avril 2010

    C’est marrant mais Faith No More ça reste un groupe que je n’ai quasi jamais écouté. Pourtant comme beaucoup de gens je trouve le parcours de Mike Patton exemplaire sur bien des points. Et puis j’aime le charisme qu’il dégage, indépendamment de sa musique, il a un truc en plus. Mais j’ai jamais écouté Faith No More.

    Sinon effectivement je connaissais le travail de Eric Drooker sans savoir de qui il s’agissait réellement. Note bien fichue, merci mec. :)

  2. Benjamin F
    8 avril 2010

    Ce qui est vraiment intéressant, c’est comment Mike Patton a tourné ses différents projets vers des univers graphiques différents que ce soit via les tons, les thèmes ou même les textures. Fantomas joue par exemple sur les sombres et le brillant, alors que Tomahawk évolue dans un esprit carton roots…

  3. Bishop
    9 avril 2010

    Merci mon Digit mais je suis pas super content de cette notule, surtout quand après tu en ponds une magnifique. Enfin je continue d’aimer par contre cette manière d’aborder des disques, je trouve que ma petite série commence à avoir de la gueule.

    Benjamin, je trouve l’idée intéressante, assez palpitante même, et il est vrai que dans chacun de ses projets/disques Mike Patton arrive à mettre un grain particulier mais je viens de me refaire toutes les pochettes de Fantômas de M Bungle et de Tomahawk et je n’ai pas trouvé véritablement quelque chose de probant dans ce sens.

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