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Articlé publié le 23 avr 2010 par .

Classé dans Chroniques.

Une colère apaisée par Nacho Umbert.

Hier soir j’étais en train de discuter avec un ami espagnol et une autre amie dans l’un de mes bars préférés, un bar associatif qui va malheureusement fermer mais qui est un peu comme un autre chez soi si l’on le souhaite. Autour de moi il n’y avait exceptionnellement que des français dont à ma droite une nana de mon âge en train de discuter devant un macbook avec un autre, plus baba cool.

En l’espace d’une demi-heure, ils ont réussi à me couper toute envie d’écrire sur la musique…  L’homme, qui semblait plus sympathique, organise bientôt un festival musical mais avec si possible des performances ou je ne sais quoi. La chose était suffisamment éloignée pour qu’il n’est pas encore fixé de nom à cet événement et ils discutaient des groupes qu’ils pourraient inviter, la damoiselle semblait pouvoir lui donner des pistes. Bien qu’étant un étudiant/glandeur ressemblant plus à un chômeur qu’autre chose, j’ai réussi en l’espace de cinq minutes à me sentir ouvrier. Non pas ouvrier de manière péjorative, ou comme travailleur, mais ouvrier dans le sens d’origine social, d’environnement de vie, et avec une image finalement très saine de ce monde, suffisamment en tout cas pour qu’ils me mettent en colère et que tonton Marx se moque de moi dans un coin de la tête.

Dernière l’organisation de ce festival qui semblait plus provenir d’une opportunité, il disposait d’un lieu, qu’une mise en œuvre d’une réelle idée, il y avait cet étalage mal odorant de références. Alors oui c’était logique, ils cherchaient des noms, mais la manière de le faire, de se parler, de se faire reluire face à l’autre me rendait malade. Dans le fond ils donnaient l’impression d’être gentils, et si j’avais discuté un peu avec eux les choses se seraient probablement mieux passées mais ce ne fut pas le cas. Il y avait cette manière de parler comme si toute la « science » artistique était leur et qu’ils avaient tout compris alors qu’ils sont justement issus d’un milieu leur permettant  de maitriser parfaitement les codes de l’univers dans lequel ils évoluent (le seul univers digne de ce nom bien entendu !). J’avais envie de les enregistrer pour leur faire écouter leurs propres phrases. En parlant d’un groupe l’homme signale que celui-ci est passé sur l’émission de Télévision Trakse. Il se « rattrape » tout de suite en disant que « oui, bien sûre, cela ne veut rien dire ».  Trop tard. Elle lui répond presque sèchement que ce qu’elle n’aime pas chez cette production c’est « qu’ils ont toujours six mois de retard » et ensuite un échange qui se termine dans l’évocation du pauvre imbécile qui n’utilise que sa télévision pour se cultiver…

On parle souvent de « l’horreur » qu’exerce les grosses entreprises, les logiques purement économiques sur la culture, on oublie souvent que ce milieu n’a pas besoin du capitalisme pour être parfois complètement pourri. Dédain, snobisme, mépris, tous ces petits airs chics qu’on se donne pour faire sentir à l’autre son importance. Artistes mais aussi tous ceux qui leurs tournent autour la bave à la bouche, ces journalismes, ces organisateurs, ces agents, ces « amis ». Alors ce n’est pas tout le monde, du moins pas tout le monde en même temps car on a tous des tendances mais cette manière de signaler son milieu social, de se rendre important, cela m’insupporte.

J’ai la « chance » que ma culture musicale provienne exclusivement d’internet, je n’ai pas fréquenté Punish Yourself lors de tournées, je n’ai pas de carte de journaliste pour assister à tous les concerts, je n’avais pas de relations pour m’initier à ce « fabuleux » monde, alors je ne me sens pas intégré. A vrai dire je me sens rarement du même monde que la plupart des milieux que je fréquente. Je me sens toujours comme le garçon de café de Sartre, ayant une identité d’emprunt, d’occasion. Je dois avoir un cœur nomade, ou trop inquiet pour se poser.

La manière d’aborder la musique, ce n’est pas comme cela que je l’aime, j’espère ne jamais nous surprendre à réagir ainsi sur Substance, même si c’est humain. Je m’en cogne de fréquenter des groupes, de les connaître, de m’en vanter, ce qui me plait c’est la manière dont on aime la musique, dont on l’incorpore dans notre quotidien, dans la vie. Il y a là de l’utopie de gauche liée à l’idée de la culture et à sa transmission mais l’évolution des technologies de l’information rend en partie cette utopie possible. Tous les petits vantards, tous ces petits connards, excusez du mot, qui du haut de leur culture méprisent les autres me rendent malades.

Alors j’ai envie d’écouter quelque chose de simple. Quelque chose qui n’est pas assez « underground » (le fait que mes voisins de bar utilisèrent ce mot confirma tout le mal que je pensais d’eux) pour être branché, quelque chose qui n’est pas assez connu pour être fatiguant mais quelque chose de somptueux. C’est évident, il me faut de la folk, à  la fois éternellement jeune et sage…

Normalement quand je n’ai rien à ajouter à une notule d’un autre site je m’abstiens. Surtout quand il s’agit d’un site aussi important que la Blogothèque et que le texte est bon (à lire ici) mais j’ai été séduit par Nacho Umbert… il a tout pour me plaire. Déjà il a attendu presque 15 années avant de refaire un disque (après un intéressant Adios dans le groupe Paperhouse en 1996) dont une bonne partie à probablement faire d’autres choses, à mener tranquillement sa vie sans que personne ne l’emmerde. Ensuite une chanson écoutée, The Daily Growl de Lambchop, un déclic, une chanson composée, Cien Hombres Ni Uno Más, et un album en route avec La Compañía, les compagnons qui participèrent au disque, des musiciens au producteur Raül Refree.  C’est simple comme histoire, on ne fait pas dans la fioriture « underground », et toutes ces années passées donnent du mystère et une certaine force. Et puis… et puis il y a ce raffinement, ces compositions soignées, élégantes, qui surprennent souvent, comme ces voix invitées. C’est assez magique, c’est une belle claque dans ma gueule et le bonhomme gare son disque sans que j’y attende aux côtés de Bill Callahan et son Sometimes I Wish We Were An Eagle (sans avoir de pochette dégueulasse qui plus est !).

Ce que j’aime avec ces ballades, c’est qu’elle rappelle l’essentiel. Une guitare, une voix grave avec une belle diction qui n’en rajoute pas. Des paroles simples, des petites histoires sans prétentions hormis celle d’être joliment contées. Lors de la première chanson Nacho Umbert nous parle de l’évolution d’un village. Un village dans lequel on voyait sur le port des personnes âgées, des vendeurs de cocaïne, tout cela au milieu de pêcheurs impassibles. Il y avait aussi les noix de cocos, les putes, des choses pleines d’humanité. A présent il y a les touristes, les bourgeois, et les jeunes filles embourgeoisées toutes identiques…  Il y a enfin l’histoire de ce jeune homme de l’Honduras qui a travaillé avec les cents pêcheurs, rêvant d’un festival avec cent prostituées et du champagne. Cien Hombres Ni Uno Más est grand, c’est le monument qui jette les fondations de ce disque. Colorete Y Quitasueño, la chanson qui suit, s’arrête sur l’histoire d’un homosexuel, jeune homme et pd chante-t-il, avec ce titre associant « Colorete » (rouge à lèvres) et « Quitasueño », l’impossibilité de s’endormir. Et ainsi se succèdent les aventures.

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On pense un peu aux classiques de la chanson française dans cette volonté de narrer. La musique accompagnant, soutenant, mais laissant tout l’espace nécessaire pour raconter. Il y aussi cette manière d’employer les mots, les insultes, les mots durs et violents avec douceur, humour et compassion. Même sans comprendre l’espagnol c’est beau.  Car, faut-il le signaler?, tout le disque est bel et bien en espagnol (avec une once de catalan) et cela ne fait que renforcer son charme.

Voilà. Je n’ai rien de plus à ajouter à son propos. Alors que la nuit tombe sur cette journée peu prolixe, Nacho Umbert m’apaise. Il est l’antithèse du groupe dont on se vantera de connaître. Il n’est pas vraiment sexy,  pas vraiment inconnu, la blogothèque en a parlé (la blogothèque? Ils ont 2 mois de retard au moins!) mais il a tout pour se planter là, dans notre quotidien.  J’aimerai voir le bonhomme en concert, j’aimerai qu’il connaisse le succès dans son pays et ailleurs et j’espère sincèrement que vous prendrez le temps de l’écouter.

Je vous ai trouvé quelques vidéos: La Verdad Es Que Me Da Igual; La Gata Soprano; Confesiones En El Palomar

2 commentaires

  1. Digital Mojo
    23 avril 2010

    Excellent ce Nacho Umbert. Apaisant à bien des égards.
    Pour le reste, c’est une réflexion qui te correspond parfaitement. Et j’aime cette vision des choses que la musique n’est pas un acte culturel en soi mais un élément du quotidien qui tient plus de l’échange indirect que de la posture intellectuelle, à mon sens. Il va de soit que les énergumènes les plus honteux restent ceux qui la voient comme une posture sociale, un révélateur. C’est à dire 95% de nos congénères. Il va y avoir du boulot… :)

  2. Ediloca
    23 avril 2010

    Gracias por el descubrimiento!

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