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Articlé publié le 27 avr 2010 par .

Classé dans Réflexions.

Flattr : Du don pour rien.

Petit retour à nos affaires concernant le téléchargement avec cette semaine la béta de Flattr. Flattr est une nouvelle plateforme proposée par Peter Sunde  de Pirate Bay pour rémunérer les artistes et permettre un nouveau système économique qui concurrencerait en douceur l’actuel. L’idée est de mettre un terme aux archaïsmes que nous rencontrons aujourd’hui (la centralisation de quelques labels, iTunes) par un système fluide et global.

Quelque part c’est assez logique, les bonshommes à l’origine de Pirate Bay ont toujours été des activistes même si Pirate Bay était une solution bien trop « drastique », du moins pour certains. Ils ont toujours opté pour une forme de résistance, parfois même de lutte directe, contre l’ancien système industriel et économique. Ce qui ne les empêche pas d’essayer de vouloir faire de l’argent et de profiter aussi de leurs idées, mais on ne peut pas les critiquer pour cela.

Si vous allez sur le site vous aurez une explication assez simple de Flattr. Chaque mois le l’internaute y investit une certaine somme, il clique ensuite sur le logo Flattr sur les sites des artistes/bloggeurs/podcasteurs qu’il aime. A la fin du mois la somme initiale, mettons 5 €, est répartie proportionnellement entre tout ce beau monde (moins une commission et des taxes). La portion par artiste peut donc être faible si vous avez « cliqué » de nombreuses fois mais l’idée est que si beaucoup de gens le font cela génèrera beaucoup d’argent à la fin… et tout le monde sera heureux.

Cette petite phrase sur le bonheur est de l’ironie et autant être direct : je n’aime pas ce système. Je le trouve faible, fragile, mensonger, hypocrite et très limité.

Le système cherche à s’apparenter au mécénat global mais sur une base volontaire. Le mécénat global est une proposition proche de la licence globale, tellement proche qu’on dirait simplement que le nom est différent avec néanmoins tous les problèmes inhérents à ce mot de mécénat.

Sur Flattr, quand on y regarde de plus près on a un système assez envahissant, on doit toujours passer par ce site qui s’apparente à une sorte de Paypal culturel, pour partager l’argent de manière égalitaire sur un Internet décentralisé, ce qui semble a priori positif mais qui ne l’est pas comme on va maintenant le voir.

Ce qui est dérangeant ici est la précarité complète du système qui s’ancre autour de ce concept de « micro-paiements » ou de celui de « don ». On est plus tenté de percevoir Flattr comme une plateforme de dons puisqu’on paye/donne ce que l’on veut pour quelque chose qui n’est pas dûment établi. Que ce soit un paiement ou un don, le problème reste identique dans le fait que les deux acteurs de la « transaction » ou de la « réciprocité » ne sont pas identifiés comme tel et que la transaction n’a rien de clair (pas de facture, pas d’établissement d’un droit de propriété ou d’usage). Ce système ne donne pas l’impression de « payer » un service, un bien culturel ou quoi que ce soit, mais s’apparente plus au don libre, un acte gratuit sans conséquences. Dans l’absolu ce genre d’actes n’est pas une mauvaise chose mais dans ce cas là il est très problématique. Déjà il donne l’impression de ne concerner qu’une faible partie de la population, car si on va demander à l’ouvrier qui turbine toute la semaine pour une misère de donner gracieusement de l’argent sur Internet on sait ce qu’il va répondre… Si Flattr ne vise pas cet individu, cela me dérange encore plus, car cela signifie que ce système fonctionne uniquement grâce et pour une classe sociale précise…

… Ensuite il faut se poser la question de savoir sur quoi repose le système, à quoi il donne droit. Quelle position occupe Flattr entre acheter un disque dans un magasin et télécharger illégalement ? Il semble que cette plateforme cherche un compromis entre ces deux extrêmes, faux compromis qui repose sur un flou total. Bien plus qu’un acte gratuit, c’est un acte non reconnu car Flattr ne précise pas comment l’internaute accède au contenu c’est-à-dire à quoi correspond véritablement cet argent. Ainsi, si Hadopi me suspend ma connexion internet parce que j’ai téléchargé le dernier Trentemøller et que je leur réponds qu’ils n’ont pas le droit car j’ai « donné » de l’argent à l’artiste par Flattr ils vont me rire au nez, et ils auront raison. Cette « solution » est une solution circonstancielle qui donne l’impression que ceux qui y investiront ne gagneront aucun statut certain pour les biens culturels qui les intéressent. C’est un don gratuit qui n’assure personne et qui fonctionne uniquement de par l’existence du téléchargement illégal et des fantasmes concernant l’argent que tout ce téléchargement représente.

Alors oui, si le système marche, les artistes proposeront plus de disques à télécharger « gratuitement »… mais cela ne posera qu’une fois de plus le problème d’un échange qui n’est pas évaluable . L’artiste attend contre ce « don », une multitude de « dons » par définition indéfinissables…On nage en plein dans la confusion et dans l’hypocrisie généralisée.

L’intelligence de cette idée, ne plus cumuler les dépenses pour des objets immatériels mais diviser l’argent entre les producteurs de ces « objets », ne peut s’appliquer que dans une solution avec un tarif précis, des règles précises, et une reconnaissance de tous (encore une fois : la licence globale optionnelle).

Surtout quand cette « fluidité » pose d’autres interrogations : A quoi correspond cette commission ?  Flattr fonctionne comme une banque, sans offrir véritablement les garantis qui vont avec, ses tarifs en sont tout aussi opaques. Enfin il y a les taxes sans qu’on sache vraiment de quoi il s’agit, taxes de quel pays ? Avec quel fonctionnement et quelle légalité ? Mais tous ces problèmes sont mineurs comparés à celui du droit que cela procure et des problèmes inhérents à ce « don ».

Pour toutes ces raisons Flattr est élégant mais limité. C’est une solution qui est à la fois molle et suspecte. Le fond du problème reste quant à lui identique. Flattr ne sert qu’à ceux qui ont de l’argent à  jeter par les fenêtres pour se faire une bonne conscience à moindre frais. Il s’agit toujours d’utiliser cette  culpabilité qu’on essaye de nous injecter depuis des années concernant le téléchargement.

Désolé de ne pas crier au génie et de conclure tout simplement par ces mots: sans moi.

5 commentaires

  1. Digital Mojo
    28 avril 2010

    Ouai… Disons que lancer un site de micro-paiement (pour donner un nom un peu générique au truc) musical, c’est pas super pertinent et ça ne va pas changer la face du marché sachant qu’il existe déjà plusieurs possibilités d’encourager au « don » ou à la « participation » ou à la « valorisation personnalisée », appelez ça comme vous voulez.

    Un peu un coup d’épée dans l’eau ce projet Flattr, quoi.

    Sinon t’as une explication sur le nom curieux du site (la flemme de chercher)? :o

  2. Bishop
    28 avril 2010

    Tu dois penser à Flatter, j’y pense aussi surtout qu’en anglais c’est pareil. Je n’ai pas trouvé de précisions, mais ce serait quand même drôle/ironique que le nom est un quelconque rapport avec ce mot.

  3. Digital Mojo
    28 avril 2010

    Effectivement, j’ai pensé à ça d’emblée mais ça me paraissait trop ironique pour être vrai. Ceci étant, je ne vois pas ce que ça pourrait être d’autre. :o

  4. Benjamin F
    28 avril 2010

    J’avoue. Tout ça pour ça…

  5. Digital Mojo
    12 août 2010

    Pour poursuivre, concernant Flattr:
    http://www.numerama.com/magazine/16490-fin-de-la-beta-pour-le-service-de-micro-paiement-flattr.html?utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter

    L’ouverture est donc publique, désormais. Wikileaks a annoncé son intérêt pour la démarche (via la diffusion des fameux carnets afghans sur Flattr directement; diffusion du « projet » qui rencontre un vif succés a priori).

    Mouai, pas plus quoi.

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