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Articlé publié le 06 mai 2010 par .

Classé dans Chroniques, Cinématographie.

Klaus Nomi #1: The New York Song

Parfois pour trouver une idée de notule il y a une sorte de collusion d’événements. Un quelque chose qui fait sens à un moment précis. Je me rends compte à quel point que l’actualité musicale que nous traitons, c’est uniquement « la notre » et c’est tant mieux.

Tout commence peut-être dans un bar associatif où j’aide de temps en temps dans Rigaer Str. (il faudra un jour que j’écrive un texte cette rue si particulière). J’aime bien tenir le lieu parfois, il y a peu de travail, pas grand monde, ce bar ressemble plus à un grand appartement ouvert et surtout, surtout, je peux mettre la musique que je veux. On passe alors des Dirtys Edits à du David Mancuso Presents, de Wipers à Mulatu Astatke, du plaisir quoi. Un soir je mets le hit mondial I feel Love de Donna Summer. Monstre disco, monument de l’époque, du Nina Simone qui se mettra à gravir le monde sur un mouton électronique. Bonheur bonheur. Eno découvrant ce morceau à Berlin, s’empressait d’aller le faire écouter à Bowie : « I have heard the sound of the future. This is it, look no further. This single is going to change the sound of club music for the next fifteen years.  »

Un australien, enfin je crois vu qu’en plus de l’Anglais il parle aussi Cantonais, Allemand, vint me voir pour me demander si ce n’est pas une reprise de Klaus Nomi… Klaus Nomi…

Klaus Nomi m’évoquait le toujours excellent le dernier blog avec une notule sur la musique du future et la New Wave et le débat qui s’en suivit.  Son parcours s’inscrit clairement dans la New Wave  avec cette volupté futuriste. Ce quelque chose qui faisait qu’à ce moment là on avait l’impression de faire une musique OVNI, venu d’un autre monde et que tout était possible.

A propos de Klaus Nomi il faut être clair, si vous voulez le Zeitgeist de l’époque, sa reprise d’I feel Love au club du Hurrah’s, est la meilleure des définitions du New York de la fin des années 70 que vous pourrez trouver. On a l’a un allemand, chantant dans un costume bizarre, un extraterrestre en mode avant gardiste kisch, une reprise de Donna Summer avec une voix d’Opéra. La version de mon australien. Nous y voilà. 1979, NYC, USA.

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Quelque part on retombe sur notre podcast. A propos de The Knife et de leur dernier projet, comment ne pas parler de Klaus Nomi ? Ce n’est pas du tout dans la même démarche, mais Klaus Nomi voulait aussi quelque part associer la pop musique à l’Opéra, entre ces deux courants, Elvis et Maria Callas disait-il dans une interview.

Klaus Nomi, et cela est amusant, c’est une histoire d’accidents et de destins croisées. La meilleure manière de s’en rendre compte est de se pencher sur sa vie et sa carrière. Pour cela on dispose, entre autre, du film The Nomi Song (trailer) qui se consacre entièrement à cette aventure ou de ce site qui sent bon le web 1.0.

Klaus Sperber est né  en Allemagne en 1944. Il a étudié la musique dans la ville allemande de l’opéra par excellence: Berlin. Il travaillait comme ouvreur à l’Opéra de Berlin et montrait déjà un certain goût pour l’excentricité, ses reprises de Maria Callas, l’épilation de ses sourcils, le rouge à lèvres. Il se rendit donc dans la ville parfaite pour ce genre d’attitudes: New York. Il galéra comme tout le monde, enchainant différents jobs jusqu’à être chef pâtissier au World Trade Center. Il profita aussi de cette époque pour rencontrer des gens dans le monde de la nuit New Yorkaise.  Poussé par cet environnement créatif et quelques amis (Katty Kattleman, Adrian Richards, Kristian Hoffman, Kenny Scharf, Keith Haring, Jean-Micheal Basquiat, john McLaughlin), il construisit le personnage de Klaus Nomi. Le choix de « Nomi » provenait du magasine  OMNI, magasine de vulgarisation scientifique et de Science Fiction qui officiait à l’époque et dont Adrian Richards était un avide lecteur. Klaus Nomi en plus d’une voix c’est surtout ces collaborations qui créèrent une prestation scénique dynamique et unique. Le tout était ainsi une performance globale où chaque élément était plus ou moins pensé. On était quelque part au plus profond de l’esprit village de ce New York arty, et très loin de l’idée de produire un disque.

La première consécration aura lieu en deux temps et deux passages télévisés. Le premier, le plus connu, fut avec David Bowie lors du « Saturday Night Live ». Rencontré quelques jours plus tôt au club Mudd, Bowie était une idole par excellence. Androgyne, polyvalent, avec des rêves comme celui de son premier disque Space Odyssey, Bowie avait tout pour attirer l’admiration de Klaus qui allait alors chanter avec lui lors de cette émission dont le morceau The Man Who Sold The World. L’histoire en resta là en ce qui concerne  la relation à cette immense star, mais un détail allait jouer un rôle prépondérant : Le costume de Bowie. Klaus Nomi alla à la rencontre de son créateur pour avoir sa propre version. Ce fameux triangle qui renforce le côté archétypal du personnage.

Le second succès fut d’annoncer une heure avant sur une Télévision locale le concert au Hurrah qui sera la pierre de touche de l’œuvre Nomi des premières années. L’enregistrement fut disponible dans le commerce en 1986.

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Ce mélange de chant, de musique disco, et toute cette iconographie fait naturellement penser à Kraftwerk. On l’a déjà écrit, Kraftwerk reprenait l’histoire allemande là où le nazisme l’avait arrêté, c’est-à-dire aux années 30 mais avec les préoccupations de l’époque, la technologie et la croyance dans le futur. D’où l’esthétique de garçons propres accompagnant une musique qui flirtait avec la radioactivité, les autoroutes, les bombes nucléaires et autres Trans-Europe express.

Comme on peut le lire ici Klaus Nomi avait un style d’interprétation médiévale du XXI ème siècle, sa version du refrain de Saint-Saens Samson And Delilah, qui passait par le Berlin de 1929. Il y avait aussi ce physique, ce visage féérique  comme un robot kabuki. Le succès qu’il connût par la suite au Japon était de fait assez prévisible. Il y avait enfin ce goût pour l’avenir en toc, celui des peurs des années 50s, cette uchronie perpétuelle dont la New Wave allait utiliser tous les codes jusqu’à usure. Encore une fois I Feel Love est ici exemplaire. Dans le disque I Remember Yersterday Donna Summer proposa une forme d’étrange histoire de la musique, chaque chanson étant une époque, avec comme apothéose cette chanson qui renvoie non plus au passé mais à l’avenir.  D’où finalement cette proximité entre Klaus et les hommes-machines. Pourtant l’impression que laisse le film The Nomi Song c’est qu’à la différence de Kraftwerk, il n’a jamais vraiment contrôlé cette image. Il a très souvent suivi la créativité des autres, reprenant ce qu’on lui proposait, mais le reprenant avec un enthousiasme infini à tel point qu’on pouvait croire que c’était son idée à l’origine. Son costume, ses prestations scéniques, sa musique, tout en fait respire New York. Plus qu’une occasion à New York, il s’agissait d’une occasion pour New York. Il pouvait chanter sur plusieurs registres, il était allemand, il avait cet air androgyne presque robotique, c’était trop beau pour être vrai, la ville l’a avalé et transformé.

Ce documentaire je vous le recommande. S’il n’est pas incroyable il est néanmoins de bonne facture dans sa modestie, sa manière simple de s’attacher à la figure de Klaus Nomi. Il n’en fait pas trop et il n’hésite pas à parler d’épisodes plus obscurs, moins glorieux, que ce soit de Nomi ou de ses amis. Il sonne  juste à la différence d’un autre reportage sur un autre héros de l’époque, celui sur Arthur Russell, Wild Combinaison : A Portrait of Arthur Russell, qui s’épuisait en effets de manchettes (les « expérimentations ») et en banalités confondantes alors que l’absence d’archives offrait de nombreuses autres options  pour évoquer son œuvre et sa  vie.

Arrivé ici nous n’avons toujours pas parlé concrètement de sa musique. ou de ses albums. C’est simplement que son premier disque ne sortit qu’en 1981 et que finalement nous ne sommes pas allés plus loin que 1980. Par la suite il y eut les succès avec toutes les trahisons et compromissions que cela entraine  et puis le Sida, cette saloperie de « Gay Cancer » qui allait  ravager toute la scène artistique de l’époque. Nomi fut l’un des premiers avant Levan, Arthur Russell et tant d’autres, à périr. On verra tout cela dans la seconde partie, ce week-end probablement. Et oui, du suspens!


La seconde partie est ici.

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