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Articlé publié le 14 mai 2010 par .

Classé dans Chroniques.

Klaus Nomi #2: Succès et exploitation

En 1980-1981, Klaus commence à s’impatienter. On le traite comme une star, il vit comme une star mais toujours pas de label et la situation financière devient précaire. Cette situation se comprend dans le sens où le projet Klaus Nomi représente un risque et un coût : Cette musique est trop new-yorkaise et il est difficile de prévoir comment va réagir une audience plus grande, sachant qu’un concert dans le New Jersey avait montré les limites d’une telle ouverture, il faut dire que c’était lors d’un concert avec les Twisted Sister… leur public n’était pas vraiment tenté par cette Opéra pop… De plus Klaus Nomi c’est un groupe. Il y a tous ces gens  qui ont « fait » Nomi et qu’il faut envisager peut-être de payer. La tension montre ainsi entre Klaus et ses amis, car il leur reproche son manque de reconnaissance. Dans le fond il a plutôt raison. Ses amis sont issus d’une scène particulière et l’ont aidés pour proposer un spectacle pertinent avec beaucoup de créativité… mais pour cette même scène. Ils sont autant sa plus grande chance que sa propre limite.

Alors il décide de prendre les devants, d’assurer enfin lui-même son succès. Il signe avec le label RCA, un contrat qui le concerne uniquement. Klaus Nomi n’est plus un groupe, Klaus Nomi est Klaus Sperber. Toutes ses chansons sont enregistrées pour son premier album éponyme sorti en 1981. Là où il y a une certaine injustice c’est que certains de ses amis ne verront jamais un centime des droits du disque, alors qu’ils sont logiquement crédités sur certains morceaux. Néanmoins ce premier disque résume d’une certaine manière la première période de Nomi disposant par ailleurs d’une production studio de qualité.

On doit d’abord reconnaître la puissance de cette première pochette. Un photographe qui a fait quelques séances avec Sperber expliquait que ce personnage s’était crée en noir et blanc. On pense aux classiques de la science fiction des années 50 avec ce côté retro-futuriste mais aussi à quelques pochettes, les Iggy Pop ou Bowie dans la période berlinoise pour le noir et le blanc, et les pochettes de Kraftwerk ou de D.A.F. pour le côté image manifeste. On peut aussi y voir l’approfondissement du projet et ce qui marque la rupture avec ses anciens collaborateurs. Nomi c’était une voix, un visage, un corps, présenté comme un alien dans un spectacle rondement mené. A présent il n’est plus question que du corps. Cette montre fait preuve d’une altérité manifeste, Klaus y dégage une certaine fierté tout en jouant quelque part l’exhibitionniste. Exactement ce qu’on retrouve dans les chansons avec cette même logique de « spectacle »: Keys of Live ouvrant le disque comme il ouvrait les concerts avec ses paroles He is from out of space, to save the human race. Ensuite il y a le fabuleux Lightning Strikes, ses variations de voix, son côté séducteur qui enchaîne sur les airs vaporeux, une petite merveille. Au rayon des réussites il y a de même Nomi Song, ou Total Eclipse qui exposent encore le personnage. On a quelques emprunts au répertoire classique avec The Cold Song, adapté de l’opéra King Arthur d’Henry Purcell ou Samson And Delilah (Aria) de Saint-Saëns. Le tout joue donc entre cette vision « futuriste » et une new-wave qui emprunte à l’opéra. Ce premier album réussit à être plus cohérent que foutraque, tenant sur la personnalité de Nomi et ces quelques années de travail.

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Si le succès ne fut pas au rendez-vous aux USA, ce fut le cas en France avec une très bonne réception de ce « clown triste ». Le label réclama alors un deuxième album, le plus vite possible.

Face à cette demande, la tactique fut encore de reprendre quelques anciens morceaux, peut-être un peu trop disco pour l’album éponyme, en rajoutant de nouvelles compositions comme celle qui allait donner le nom à l’album Simple Man. Malgré le peu de temps imparti, l’album est plutôt réussi. After The Fall prolonge les idées de Lightning Strikes. Falling In Love Again a un excellent groove. Il y a de plus Ding Dong complètement kitch, complètement fou, convaincant de drôlerie. Enfin Simple Man qui représente le « tube » du disque. C’est le morceau le plus équilibré de l’album, celui qui résume au mieux tous les potentiels de l’artiste. Les autres morceaux sont plus convenus, voir un peu insupportables (Icurok, Three Wishes) avec toujours les tentations plus classiques pour surfer sur le succès de Cold Song (Death, Wayward Sisters)

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De cette période faste, on peut tirer plusieurs vidéos. Si on les compare aux captations live, elles sont assez ridicules.  Klaus Nomi sans un environnement adéquat ressemblait plus ou moins à rien. On était parfaitement dans l’image de l’alien, mais un alien un peu ridicule. Le clip de Nomi Song était ainsi un peu ridicule, le pire étant atteint par Simple Man.

Il meurt peu après des complications du Sida. Il tenait à peine debout dans les derniers temps, se shootant pour assurer les concerts. Sa période de succès fut fulgurante, seulement deux années, lui permettant d’atteindre un certain apothéose juste avant de rendre l’âme.

Il devait probablement encore des disques à son label, qui n’hésita pas quelques mois après à sortir un Encore! qui cache derrière ce mot une sorte de best of des deux premiers disques. Seulement deux inédits pas nécessairement intéressants, Can’t Help Falling In Love et Der Nussbaum, RCA a probablement invoqué « l’hommage à un grand artiste » mais cela reste un disque inutile qui essaye de voguer  sur le décès de Klaus Norbert pour vendre.

Plus intéressant, on est longtemps revenu dessus lors de la notule précédente, sort en 1986 sur le même label le disque In Concert. C’est la captation live de la performance au Hurrah’s club à New York en 1979. Le détail est poussé jusqu’à reprendre l’illustration de l’époque qui n’était pas forcément bienheureuse. Ce disque est indispensable dans l’apport « historique » qu’il représente sur Klaus Nomi. C’est le seul disque où l’on retrouve la reprise du I Feel Love de Donna Summer. Si la reprise n’est pas la meilleure qui soit je continue de penser qu’elle est exemplaire et elle informe énormément sur le monde de Nomi.

Il faudra peut-être un jour écrire sur le fantasme que représente l’artiste décédé trop tôt. L’obsession des maisons de disques, des fans, du public à fouiller les fonds de tiroir pour sortir des « pépites » qui permettent une nouvelle fois de s’apitoyer sur l’immense destin détruit par la fatalité. On aurait pu penser qu’avec Encore! et In Concert on avait fait le tour de la question mais en 2007 (!!) est sorti, dans une assez belle édition d’ailleurs, Za Bakdaz qui aurait du être le troisième album de Klaus Nomi. Soyons clair, s’il y avait de quoi sortir un troisième disque RCA se serait rué dessus, Za Bakdaz: The Unfinished Opéra sent donc a priori l’entourloupe. J’aime bien l’expression de Unfinished sachant que ses amis ont utilisés des bandes d’essai qu’ils ont monté pour faire ce disque. Le tout commence assez bien avec Valentine’s Day et Enchanté malgré une présence presque ridicule de la voix… Il y a au milieu le morceau live Za Bakdaz qui est assez magique mais on réalise du même coup que tout le disque se construit sur ce morceau en le réutilisant ou en le maltraitant. Si l’ambiance, à la Klaus Nomi, est réussi on est très loin d’un bon disque, d’autant plus quand on termine sur un béat Silent Night. Les magnifiques photos suffiront pour les fans les plus éperdus, les autres passeront leur chemin.

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D’une certaine manière c’est aussi l’aboutissement logique de Klaus Nomi, de toutes ses tentatives pour connaître le succès. Pour notre part on retiendra seulement les deux premiers disques et le In Concert pour se souvenir de cette figure de l’époque, de ses excentricités et de sa triste fin, une histoire peut-être plus représentative que l’on pourrait le croire.

Lire ou relire la première partie.

3 commentaires

  1. Digital Mojo
    14 mai 2010

    Excellent, ces deux articles sur Klaus Nomi. Comme beaucoup, je connaissais surtout la « figure » avant de parler de l’artiste en lui-même et je découvre avec plaisir son mélange d’une espèce de pop synthétique à ces techniques de voix assimilables à de l’opéra; le tout ayant un charme et un univers particuliers à n’en pas douter. Je vais me jeter sur les albums que tu retiens pour en découvrir davantage.

    En tout cas, ton propos est dans l’ensemble bien amené et bien structuré, parsemé de réflexions bienvenues ici et là pour tenter de faire un peu la lumière sur ce personnage étrange. Beau boulot.

  2. Tiphaine
    15 mai 2010

    Il me semble que « In Concert » n’est pas disponible en CD (?).
    Très bons articles en effet. On peut lire à nouveau (merci internet !) diverses choses sur Klaus Nomi, mais rarement associées à une analyse de son art, de ses disques.
    Je partage votre opinion sur l’album « Za Bakdaz », mais quand on a gardé une grande tendresse pour Nomi on est toujours heureux de s’en procurer encore un p’tit bout… ;)

  3. Bishop
    16 mai 2010

    Ah oui, In Concert d’un disponible qu’en disque vinyle, pas le plus évident à trouver d’ailleurs. Il n’est pas à vendre sur discogs par exemple… dommage.

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