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Articlé publié le 19 mai 2010 par .

Classé dans Chroniques, Cinématographie.

James Murphy: This is 2010

Sur Substance M. nous n’avons toujours pas parlé du dernier disque de LCD Soundsystem. Pour être honnête nous ne comptions pas écrire dessus car le sujet ne nous intéresse pas spécialement. Non pas que nous n’apprécions pas James Murphy, c’est tout le contraire, mais il semblait que tout sur ce disque semblait évident, tout avait déjà été dit sur d’autres sites ou d’autres blogs… c’est-à-dire pas grand-chose dans le fond.

Pas grand-chose car This Is Happening n’est pas un disque génial et tout le monde s’est accordé sur quelques informations: le dernier disque de LCD Soundsystem, la faiblesse relative de nombreuses chansons et les quelques illuminations magiques qui rappellent pourquoi on aime Murphy dont la principale est Dance Yrself Clean qui ouvre le disque. Lors de ma première écoute j’ai été déstabilisé par cette chanson, je ne m’attendais pas à cette introduction tout en lenteur, charme house asphyxié presque inaudible. J’étais surpris, pas désagréablement mais je me demandais où le bonhomme me menait. 3 minutes plus tard avec cette explosion incandescente, cette rupture incroyable comme une libération je comprenais. J’en suis devenu fou. J’écoutais au casque et les personnes autour de moi se demandaient ce qu’il pouvait bien se passer. Je ne tenais plus, je voulais absorber ce disque, le dévorer auditivement, j’étais une nouvelle fois convaincu du génie de James Murphy et je comprenais le sens narcissique, puissant, poseur et pourtant si vrai de ce This Is Happening. En moins de neuf minutes il avait comblé toutes mes attentes et mes doutes sur sa capacité à faire une suite à Sound Of Silver ou au single Bye Bye Bayou. Il faut l’écouter pour le croire. Le pire est dans un bar ou une soirée. On sent qu’il y a une musique mais malgré le volume sonore on l’entend à peine. Les gens se divisent dès lors en deux catégories : ceux qui attendent en se délectant de chaque seconde de cette savante frustration, et ceux qui ignorent, se préparent à leur insu à la surprise de la soirée.

Un monument… qui n’appela pas véritablement une suite. Sa Punk-disco-house se mit à ronronner sur le reste du disque, à se répéter, à ne pas surprendre, à ne pas se fouler. On est loin d’un mauvais disque, mais hormis deux trois perles comme All I Want il y avait de quoi rester sur sa faim et faire regretter le temps béni de ces neuf premières minutes. This Is Happening sonnait dès lors comme un coup d’épée dans l’eau, comme un James Murphy débordé par les nouveaux dosages de la pop en 2010. Une idée de la décennie se refermait. Alors rien à dire, laissons ce narcissique titre s’étaler dans le métro parisien avec une remarque racoleuse de Le monde pendant qu’on passe à d’autres disques plus excitants.

Et puis j’ai vu le film Greenberg avec Ben Stiller et quelque chose dans ma tête a fait tilt. C’était l’autre satisfaction du disque, You Wanted a Hit, qui revenait encore et encore, que je comprenais enfin. Comme pour This is Happening on revoyait avec un tel titre de chanson se profiler l’immense égo de Murphy, comme une énième affirmation tapageuse. Pourtant les paroles n’étaient pas exactement de cet acabit, pas plus qu’une chanson qui prenait tranquillement le temps de se construire un peu à la manière de 45 :33.

You wanted a hit, but may be we don’t do hits. I try, I try, it ends up feeling kind of wrong.

….

You wanted a hit, but that’s not what we do.

Et si, je n’ai aucunes certitudes mais tout de même, et si This Is Happening signifiait quelque chose de différent, voir d’opposé. This Is Happening ce n’est pas l’artiste qui arriverait avec ses gros sabots pour se montrer s’imposer mais qu’au contraire qu’il jette son disque en pâture à ce public qui le presse depuis des mois et des mois pour en avoir encore plus, toujours plus de la même chose, des mêmes chansons et des mêmes prestations … This Is Happening, uniquement pour nous, lui n’en a rien à foutre de ce qui se passe et il se moque de nous. Cela me rappelle certains groupes jetant leurs machines dans la foule et se barrant avec un gros « Do It Yourself » avant d’aller vivre d’autres aventures. Il y a peut-être de cela, peut-être l’envie de voir ailleurs, de ne pas se retrouver dans des carcans. Pour cela que LCD Soundsystem est mort, pour cela que Mac Cartney se cachait pour faire le groupe The Fireman.

Alors Greenberg. Dans ce film Murphy s’occupe de la musique, il en profite pour proposer quelques chansons de son crû. La bande son est globalement à l’image du film. Des chansons « indie » au bon endroit, au bon moment, avec ce qu’il faut d’érudition bien sentie, Duran Duran, Nite Jewel, Steve Miller Band ou encore un groupe presque symbole de cette génération : Galaxie 500. Au milieu de tout cela Murphy. Les grincheux, les méchants, diront qu’il est à sa place, et que le disque du film se retrouvera dans la liste d’achats des lecteurs de Pitchfork, même si ce disque est mal « noté » sur ce site. Il y a un peu de cela, mais il faut surtout voir cela comme un autre terrain de jeu, nous ne sommes pas une nuit dans le club Fabric, Murphy n’est même pas la tête d’affiche, il n’a pas besoin de faire un « hit ». On retrouve ou on redécouvre son amour pour le blues, la soul, People, et cette envie de reprendre, de recycler à l’infini la culture populaire passée et présente. De la nostalgie peut-être, mais point de mélancolie. Il n’y a pas non plus la nécessité de produire « la meilleure chanson » possible, la bande son est inégale, mais seulement de coller à l’ambiance du film  -Plenty Of Time, Sleepy Baby- à l’atmosphère et à l’envie du moment. People est simple, mais c’est une belle chanson, on a envie de la réécouter.

En 2010, James Murphy n’est plus, ne veut plus, être la superstar de LCD Soundsystem. La seule fois qu’il invoque son groupe pour cette bande-son c’est pour un « Christmas Blues », Oh You, à mille lieux d’un Drunk Girls. La « vérité musicale » de Murphy se situe quelque part entre les morceaux pour Greenberg, l’incroyable Dance Yrself Clean et les quelques autres morceaux plus soporifiques de This Is Happening. C’est assez fabuleux car tout est possible et il ne reste plus qu’à espérer qu’il n’hésitera pas un instant à tout saborder.

I can change, I can change, I can change.

3 commentaires

  1. Digital Mojo
    20 mai 2010

    Excellent article. Je suis encore partagé par « This Is Happening » en dépit de ton propos convaincant et de la session d’écoute furtive avec un de mes colocs tombé amoureux du disque. J’accroche vraiment sur ‘Pow Pow’ en plus de ce que tu as dis. Mais je crois que j’aime bien ta vision, j’en étais pas encore rendu là mais ça me paraît assez logique si on suit la carrière et l’explosion de celle-ci. Mais je n’ai jamais été super fan alors…

  2. Damien
    20 mai 2010

    Jolie pirouette.
    Assez d’accord sur le fait que « Dance Yrself Clean » et « You Wanted a Hit » sont les piliers du disque et qu’ils supplantent tous les autres morceaux.

    L’album tout entier exerce pourtant sur moi une étrange fascination. Si je sortais d’une séance d’écoute frénétique, j’oserais presque aller jusqu’à dire que Murphy définit de nouveaux standards pop avec ce disque. Mais je laisse reposer l’album ces derniers jours donc je serai plus mesuré.
    J’en veux à J.M. d’être le cul entre deux chaises, d’avoir cédé à la tentation du single de 4 minutes (que je trouve très réussi et « efficace » cela dit mais qui est, selon moi, l’un des très rares morceaux de l’album dont on peut douter de la pérennité) mais je suis tout de même assez admiratif par ce qu’il a fait, malgré l’attente, malgré le succès quasi-assuré s’il s’était « contenté » de faire un « Sound of Silver » bis (modèle de grower, au passage).

    Je pense que le titre de l’album est très approprié. Il se passe quelque chose, et je ne crois pas qu’il faille déplorer le fait que 80% des gens qui se sont excités au début, seront passés à autre chose dans quelques semaines. C’est un peu le sort qu’on réserve aux disques de pop intelligents, un peu snobs, mais à la hauteur de l’ambition de départ.

  3. Bishop
    21 mai 2010

    Je sais pas si on peut en vouloir à LCD de faire un morceau de 4 min c’est quand même assez rare. D’ailleurs c’est peut-être la raison pour laquelle Drunk Girls a été choisi pour la promotion, mauvais choix car le morceau n’est pas bon (ce qui explique peut-être qu’il ne dépasse pas 4 min). New York I love You était une chanson géniale à côté.

    Sinon je ne déplore pas l’excitation, je fais juste partie des gens qui l’étaient, et le sont quand on parle de LCD. J’en parle alors car cela conditionne mon écoute. Merci du commentaire.

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