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Articlé publié le 29 mai 2010 par .

Classé dans Chroniques.

Clubroot, « II – MMX »

Drôle. Quand je parlais de Clubroot l’année dernière, je disais que je n’avais pas la tête à écouter de la musique. En ce moment et à mon grand dam, je n’en écoute presque pas. Il a fallu un petit temps pour que je jette mon dévolu sur le second album du bonhomme, II – MMX.  Je ne sais pas si Clubroot est pressé, ou s’il veut se démarquer d’un milieu Dub qui fonctionne pas mal au remix, mais voilà qu’il sort un deuxième LP en moins de 9 mois sans avoir d’EP au compteur. Peut-être n’apprécie-t-il pas la durée courte, ce n’est pas pour me déplaire.

J’ai déjà eu l’occasion de noter la continuité entre le dubstep de Burial et de Clubroot avec Future Sound of London mais une fois encore, dès l’ouverture, Orbiting, on est totalement dans Lifeforms et toutes ses atmosphères. On retrouve aussi toute l’histoire et la particularité du dubstep. La Jamaïque en infusion post-coloniale, le dub absorbé pour mieux le renverser. Le dub, cette incroyable ossature épurée du reggae, cette musique « anti-gravitique » avec ses immenses trips religieux qui profitaient de l’espace et de la longueur pour faire oublier les paroles au reggae et laisser la musique « parler » à la manière d’un Jah Shaka. 30 ans plus tard le soleil de plomb laisse place à un Londres pluvieux et urbain, celui de cet Orbiting ou Jah est remplacé par les abysses métaphysiques d’une ruelle vide une nuit à trois heures du mat’.

Le grand espace où perle la ville.

Si la musique de Clubroot est aquatique, c’est un océan empli de creux, de vortex, de trous, car il est toujours question du juste rythme et d’une dimension dans laquelle on peut tout simplement flotter.

Pour revenir encore et toujours sur Future Sound Of London c’est amusant de voir à quel point la musique peut être une question de géographie à l’heure de la déterritorialisation numérique. Prenez Funckarma. Du Dub/Dubstep belge marqué par la house hollandaise dans un sens du rythme et de la rupture extraordinaire avec des EPs aussi courts que tout puissants (Dubstones EP3 était véritablement une immense claque, on ne vous le dira jamais assez). Clubroot à côté construit son univers par petites variations, une réutilisation infinie des mêmes thèmes voir des mêmes sons. Une promenade au bord d’un canal qu’on entreprendrait chaque matin à l’aurore. Tout comme l’ambiant donc, les KLF, Future Sound Of London, The Orb pour ne citer que les plus représentatifs.

De la pochette à la musique on retrouve les mêmes manières, les mêmes choix que lors de l’album éponyme. Waterways s’ouvre comme une cascade d’eau fantomatique, avec cette voix samplée et ce rythme savoureux. Dry Cured joue l’opposé d’un Benga, de l’épure absolu sur un tempo savamment construit, comme du Plastikman qui se mettrait à faire du Dub. S’il y a bien un maître mot c’est celui de continuité, on est dans le même sillon avec toujours la même foi minimale et une certaine élégance, Physicality. Ce disque peut facilement tenir en boucle de longues nuits entre ses rêves, Toe To Toe, et ses voyages, Closure.

Le problème c’est que les critiques qu’on adressait au premier disque, le manque de substance, une peut-être trop grande homogénéité, valent aussi ici. Si pour Clubroot c’était moins gênant, on préférait se laisser porter au rêve plutôt que s’attarder sur ces détails, on commence ici à voir une certaine limite à la démarche. D’une certaine manière Clubroot se retrouve dans la même position que ceux qui faisaient des disques d’Ambiant. Dans ce domaine de l’événement rare mais intense, qu’est ce qui différencie un grand disque d’un disque moyen voir minable ?  Un Chill Out de The KLF d’un vulgaire cd bourré de samples, un Music for Airport de Brian Eno d’une soupe soporifique ? Il y a là des morceaux qui commencent bien et qui possèdent une véritable identité, comme Closure,  mais qui sur la longueur me laisse un peu circonspect. A force peut-être d’écouter son premier album, je suis moins réceptif à l’unique transe vaporeuse, et j’attends qu’il se mouille un peu plus, qu’il ose des ruptures, une musique plus intense, plus inattendue. En tant que second album, ce  II – MMX ne jouit plus d’une certaine fraicheur, d’une certaine candeur. Ce disque a certainement moins de faiblesses que le précédent, il n’y a pas d’équivalent à Dulcet ou à High Strung, mais moins d’apothéoses. Clubroot améliore sa production sonore, son travail artistique sans non plus prendre de risques salvateurs.

Sauf peut-être dans une édition « collector » où il adjoint un Ep un peu plus sur-vitaminé.  Rythmes plus nerveux et surtout omniprésence des voix. C’est d’ailleurs dommage que ces voix sonnent « toc », certains adorent, moi la version religieuse cristalline de Chamber m’exaspère un peu, cela manque de personnalité. J’ai envie de lui faire piller des disques de Dead Can Dance ou de Cocteau Twins. Solar Flares est nettement au-dessus avec sa montée sur 8minutes, et cette forme de décadence dancefloor pour neurasthéniques. Remenber Me sauve la voix pitchée sans non plus être incroyable.

Alors oui, je ne rejoins pas le cortège de louanges, j’aime toujours autant Clubroot, ses productions finement ciselées, et je ne boude pas mon plaisir d’écouter ce Lp mais malgré sa spécificité dans le milieu des producteurs anglais on retrouve le même problème : une certaine redondance. Il y avait pourtant des promesses, Orbiting et Running On Empty mais la plupart des autres morceaux se contentent de poser le paysage, un paysage qu’on admire certes mais qui ne nous transporte pas. Dommage.

Liens:

Clubroot, « Clubroot »

Bandcamp

One Comment

  1. Digital Mojo
    3 juin 2010

    Il faut que j’écoute ça. « Clubroot » était vraiment sympa, avec le recul, malgré les défauts.

    Sinon je suis bien content que tu aies aussi été bien marqué par « Dubstoned EP3″. D’ailleurs, les gars de Funckarma postent régulièrement sur Facebook des vidéos intéressantes et des morceaux inédits. Notamment ces deux vidéos d’une minute chacune où l’on voit « Dubstoned EP4″ en plein pressage. J’adore, je veux une de ces machines dans mon sous-sol.

    http://www.facebook.com/video/video.php?v=397178128790&ref=mf

    http://www.facebook.com/video/video.php?v=397179793790&ref=mf

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