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Articlé publié le 13 juin 2010 par .

Classé dans Chroniques.

Oneohtrix Point Never, « Returnal »


Depuis plus de 6 mois, je cherche une occasion concrète d’aborder le cas de Daniel Lopatin a.k.a. le pseudo le plus étrange de la tape scene « drone/noise » actuelle a.k.a. Oneohtrix Point Never. J’étais passé à deux doigts du pavé en décembre dernier au moment de la sortie de « Rifts » chez No Fun Prod., une espèce de compilation forcément incomplète des trois ou quatre premières années de sorties signées OPN/Lopatin. En effet, le producteur originaire de N.Y.C. est loin d’être avare en matière de création musicale, à l’instar de bon nombre de ses collègues issus des mêmes tranchées musicales: pas moins d’une vingtaine de titres en 3 ans sous le pseudo OPN, une poignée d’apparitions ici et là en tant que KGB MAN ou sous son nom civil et de nombreuses participations à diverses formations (Infinity Window, Astronaut, Total System Point Never et Skyramps avec Mark McGuire des Emeralds dont je vous rerereparle prochainement). Autant dire que le suivre à la trace n’est pas chose aisée; même pour les plus assidus qui en seront réduits à des bagarres de chiffonniers pour se procurer un exemplaire de certaines sorties ultra-limitées.

Du coup, « Rifts » arrive à point nommé en novembre 2009 pour venir mettre un peu d’ordre dans ce bordel discographique. Pour l’occasion un double-CD n’était pas de trop afin de revenir en partie sur quelques albums ayant jalonné la montée en puissance d’ONP. « Rifts » compile les 3 LPs les plus « officiels » du musicien en une trentaine de morceaux mis bout à bout. Sont ainsi concernés « Betrayed In The Octagon » (2007), « Zone Without People » (2009) et « Russian Mind » (2009). Ajoutons à ça une série de morceaux tirés de cassettes et de CD-Rs sortis à quelques dizaines d’exemplaires chacun ces deux ou trois dernières années (chez Arbor, nos très bons compatriotes de chez RuralFaune ou d’autres). Une bonne entrée en matière pour écouter dans les grandes largeurs la musique de Daniel Lopatin. Et une solution de rattrapage incontournable offrant une manière intéressante d’aborder la diversité de la musique d’ONP.

Je m’étais frotté à la gentille éclate musicale d’ONP au détour de  « Young Beidnahga » sorti sur RuralFaune en 2009 qui figure encore aujourd’hui parmi les disques les plus étranges qu’il ait choisi de publier: deux longs morceaux de déconstruction de séquences musicales, d’effets en tous genres (au degré de bizarrerie déjà conséquent pris séparément) ponctués par un morceau de 2min30 réalisé à la guitare acoustique accompagnée d’un chant qui répète en boucle le titre du morceau (track 13 du CD 2 de « Rifts »). Incompréhensible ce finish, mais soit. De quoi entretenir ma curiosité pour la musique du bonhomme tant il parvenait sur cd CD-R, le temps d’à peine 30 minutes de musique, à me faire entendre une identité sonore que l’on retrouve rarement sur ce genre d’enregistrement publié à l’arrache, dans un semi-anonymat plaisant.

En un an, peu de choses ont changé: je suis toujours à l’affût de l’actualité d’Oneohtrix Point Never, je l’ai manqué lors de son passage sur Paris en mars dernier aux Instants Chavirés montreuillois et je guette au jour le jour la moindre sortie le concernant. A la faveur de l’été, c’est « Returnal » qui est annoncé en version CD et LP chez les Autrichiens de Editions Mego (déjà responsables de la sortie du très bon « Does It Look Like I’m Here » des Emeralds il y a quelques semaines). Plus que jamais observé par une bonne partie des curieux qui parcourent le Web, ce nouvel LP d’ONP est l’occasion pour lui de franchir un pallier en terme d’exposition. Et en terme musical?

La forme d’ensemble est plus ou moins toujours la même: de longues ambiances éthérées nappées d’un enrobage de synthés et de claviers qui dépeignent des horizons lointains, des paysages numériques au panorama sans  aucune anicroche sonore dans le déroulé, à la pureté presque virginale s’il n’était question de passer au-travers des manipulations auxquelles se livre ONP par endroits. Sur ‘Nil Admirari’, notamment, où l’auditeur se voit accueilli par une nuée de guêpes en formation rapprochée et au bourdonnement incessant qui viennent se perdre puis mourir englouties dans le crépitement de ces samples en train d’imploser les uns à la suite des autres sans jamais parvenir à donner la pleine expression des sons qu’ils contiennent sous une forme des plus audibles. Une habitude dans le tracé discographique d’ONP qui prend goût à laisser parfois de côté ses grands coups de pinceaux, décontracté et détendu, le souffle régulier et contrôlé, pour faire place à des scarifications sonores de ses propres créations en formant des éléments noise vindicatifs et envahissants. Sans allez russi loin, la fermeture via ‘Preyouandi’ semble propose une vision presque totalement inversée en reprenant un modus operandi proche du premier morceau de l’album mais en lui offrant un visage beaucoup plus apaisé, les crépitements n’en sont plus, il s’agirait davantage de clapotis d’une eau virtuelle si l’on en était à vouloir apposer une image mentale précise sur ces 6 minutes conclusives.

Au milieu, on retrouve le goût d’ONP pour la composition à base uniquement de claviers: Roland Juno-60, Akai AX-60, Roland-MSQ 700 et un Korg Electribe ES-1. Ici et là, toute la machinerie est couplée à quelques samples de voix de Lopatin lui-même passé sous le crible d’effets déformateurs pour révéler d’éternelles prières numériques en provenance d’un quelconque lieu de prière virtuel (‘Returnal’). L’ambiance y est crépusculaire et intrigante, les notes des synthés avancent par à coups répétitifs et nettement marqués, comme une danse épileptique à la lenteur savamment calculée pour accompagner les psalmodies perdues dans l’écho des presque cinq minutes du morceau. Ailleurs, ‘Where Does Time Go’ suggère une angoisse ininterrompue via ces claviers étourdissants dont les multiples schémas se superposent, avancent les uns avec les autres, un coup devant, un coup derrière tout au fond, pour finir par repasser devant et ainsi de suite. ONP en est à suggérer des univers parmi les plus accessibles de sa discographie, du moins ceux qui ne révèlent pas nécessairement l’aspect le plus particulier de son talent de composition et d’exécution.

Et c’est bien là le principal défaut de ce « Returnal », à y regarder de plus près. Oneohtrix Point Never a en lui ce talent pour venir bousculer quelque peu les pratiques un peu ritournelles et parfois ennuyeuses de certains compositeurs de drone/ambiant qui s’abandonnent bien trop souvent à un déferlement de sorties enregistrées à la va-vite, pressées à 30 exemplaires et vendues comme une nouvelle ligne incontournable sur le CV. Si la démarche peut paraître des plus exemplaires, à savoir proposer une large palette d’émotions contenues dans une variété importante de sorties, pour démultiplier le plaisir d’écoute et apporter de la profondeur à une démarche, l’auditeur se retrouve presque toujours dans des pièces qu’il connaît déjà quasi par cœur s’il laisse trainer ses oreilles dans le coin depuis suffisamment longtemps. ONP avait su, bonnant malant, dévoiler quelques particularismes franchement bien venus, dans son travail de déformation de tout ce à quoi il touchait pour leur donner un nouvel aspect plus rêche, avec davantage d’aspérités, moins convenus et plus gênants, la plupart du temps. Sur ce « Returnal », ONP a sacrifié ce besoin de chicaner un peu l’auditeur sur l’autel de la beauté d’ensemble, de la pureté du geste musical et, n’ayons pas peur de le dire, sur l’accessibilité un peu débilitante et l’ennui.

Sans être un mauvais LP, « Returnal » est décevant car trop anecdotique. Rien à voir avec le talent réel d’ONP, évidemment, personnage tout sauf lambda, même dans le milieu dans lequel il évolue. Les ambiances sont apaisantes et envoûtantes mais les faire se répéter sur deux, trois, quatre, cinq morceaux, tient de l’erreur d’appréciation. Voire plus. Alors il y a bien ces quelques moments où une réelle beauté se dégage d’un ensemble de choses mises bout à bout sans se limiter à quelques arpèges répétées pendant huit minutes: bien sur l’intro et l’outro pour leur apport incontestable au scénario de l’ensemble et ce ‘Returnal’ plutôt bien inspiré. Pour le reste, les minutes défilent sans de réelle difficulté mais sans une véritable excitation non plus. L’attention peine à se maintenir tant les chemins arpentés sont monotones et tout à fait prévisibles. Alors que ces camarades des Emeralds ont démontré tout leur talent en proposant leur LP le plus accessible à ce jour, et sûrement l’une des plus belles réussites du long catalogue de réalisations discographiques du trio (en réutilisant un sens mélodique pas toujours rencontré chez eux et en le mettant au service d’un style de composition qui leur est propre), Oneohtrix Point Never ne convainc que trop partiellement. L’album peine à décoller suffisamment pour venir s’installer tout là-haut, parmi les galettes les plus marquantes du genre ces derniers temps. Ceci étant dit, « Returnal » reste une expérience sympathique pour se plonger en douceur dans la musique d’ONP, sans trop avoir à souffrir d’une démarche musicale parfois un peu abrupte et incompréhensible. Mais c’est à peu près tout et c’est vraiment dommage.

‘Returnal’

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6 commentaires

  1. opaz
    13 juin 2010

    je tourne autour mais je n’ai pas mis la main sur cette sortie récente, je suis toujours dans « Rifts » et c’est déjà très vaste… Alors je continue un peu à prendre le temps d’appréhender la musique d’ONP. En revanche je suis dans le dernier Emeralds, il est effectivement plus accessible avec des mélodies plus évidentes, mais je ne suis pas encore bien entrer à l’intérieur, pour l’instant je préfère toujours « What happened ».

  2. Digital Mojo
    13 juin 2010

    Prends ton temps. « Rifts » est clairement plus pertinent mais je pense que « Returnal » n’est qu’un passage, pas forcément une étape clairement définie dans la « carrière » d’ONP.

    Pour le Emeralds, en fait c’est exactement la même chose que leurs précédents LPs (et K7 et CD-R et 7″ et 12″…) mais ils ont choisi d’utiliser des morceaux de mélodies simples jouées aux claviers qui donnent à l’ensemble un aspect plus accessible parce qu’il y a cette petite ritournelle qui va te garder éveillé et concentré; surtout pour ceux qui ont du mal à accrocher aux drones de manière générale. Je préfère aussi un « What Happened », un « Solar Bridge » ou un « Allegory Of Allergies » mais ça tient davantage aux banques de sons utilisées qu’aux procédés de création.

    Ceci étant, je me répète encore depuis un long moment mais j’ai rarement entendu aussi convaincant que les Emeralds sur ce terrain là ces dernières années. Ils presque toujours très pertinents. J’y reviendrai peut-être sur ce « Does It Look… » mais je veux faire un petit détour par un autre LP de Mark McGuire avant ça.

  3. Benjamin F
    15 juin 2010

    Quelques bons titres mais un résultat qui ne pousse pas à la réécoute. Comme tu dis, ça reste assez anecdotique.

  4. Digital Mojo
    15 juin 2010

    Je t’encourage à pousser un peu plus loin dans les autres titres que j’ai cité dans le papier, c’est déjà plus consistant que ce « Returnal ». Dommage pour un album qui dit « officiel » qui a de fait un peu plus d’exposition que la majeure partie de ses précédentes sorties.

  5. zanta
    16 juin 2010

    clueless review

  6. Digital Mojo
    16 juin 2010

    What a comment!

    Do you have more details concerning my « clueless » way to speak about this ONP’s « Returnal »? I’m pretty curious. :o

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