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Articlé publié le 16 juin 2010 par .

Classé dans Chroniques.

Forest Swords, « Dagger Paths E.P. »

Nouvelle entité en provenance direct des tréfonds gouffriques du tentaculaire Web et de sa cohorte de productions musicales aux allures d’OVNIs, sorties de nulle part et à destination de quasi personne, celui qui se cache derrière le pseudonyme Forest Swords va par le nom de…on s’en fout en fait. A l’instar d’une infinité de producteurs plus ou moins actifs sur la Toile, à qui l’on réserve généralement les coins les plus poussiéreux et les moins exposés dans les bacs, au fond de la boutique, à côte des compils’ que personne ne consulte jamais, cet originaire de Liverpool débarquait début mars dernier sans crier gare, se fondant dans la masse des sorties du même acabit via une pochette dont on a l’impression qu’on l’a déjà vu cent fois, via un pseudo que l’on a l’impression d’avoir déjà croisé à plusieurs reprises, évoluant dans une catégorie franchement fournie en sorties plus ou moins amateurs, plutôt moins que plus professionnelles. Une neutralité dans l’approche globale, quoi. C’est à cet instant précis que se révèlent les auditeurs les moins regardants sur l’ensemble pour se jeter corps et âme dans l’écoute des 6 morceaux de ce « Dagger Paths E.P. » dont on ne sait ce que l’on est venu chercher, dont on ne sait ce que l’on risque d’y trouver… ou de ne pas y trouver.

Entre ‘Miarches’ et ‘The Light’, l’auditeur sera sûr et certain de ne pas rencontrer la hype voyante et aguicheuse, de celle qui fait tourner l’oreille pensant entendre un passage accrocheur avant de se rendre compte que ne se cache derrière que faux-semblants et postures un peu vaines. Sur la demi-heure de musique proposée, Forest Swords nous balance ses collages d’influences à quatre pattes sur un chemin downtempo balisé à la va-vite. On y ressent avec vigueur les pulsations d’un dub jamais très loin, les colorations lo-fi des effets sonores réemployés à outrance, des faux-airs de guitares folks éparpillées ici et là pour servir d’accompagnement champêtre à l’ensemble. Le plus curieux dans cet affaire, c’est sûrement cette sensation fourre-tout qui se dégage de « Dagger Paths ». Comme si l’on ressentait avec insistance le moindre album-symboles qui aura servi à Forest Swords pour identifier plus ou moins clairement ce qu’il s’apprêtait à enregistrer.

‘Miarches’, en ouverture, en est l’exemple le plus flagrant et regroupe une bonne partie des éléments réutilisés pour la suite du format court. Sur une rythmique monotone, à la flexibilité jamais réellement mise à mal, composée de ces 3 ou 4 éléments qui ne bougeront pas durant les 6 minutes 30 du morceau, Forest Swords fait évoluer une ligne de basse couplée à une guitare dont les schémas respectifs, tant par leur répétition incessante que par leur complémentarité évidente, suggère à l’auditeur une irrépressible envie de balancement incontrôlé. S’en suit alors une véritable entrée en phase d’hypnose, guidée par les rebonds aux quatre coins du morceaux d’effets en tous genres. En surplomb, une voix angélique passée au filtre lo-fi organise des passages en rase-mottes, près des éléments les plus terriens, les plus « dub », de la composition. Sans jamais cesser de combiner les éléments entre eux pour entretenir la transe, Forest Swords recréer là un environnement entêtant et addictif agité par quelques riffs de guitare placés ici et là, un peu par hasard, alternant climax émotionnels et descente en planeur musical, doucement, légèrement, sans entrave, toujours au son de cette basse rythmique imposante.


« Dagger Paths E.P. » est un de ces énièmes disques qui combine adroitement sensations folkloriques et composition musicale mouvante et immersive. Mais il reste un pari dans son ensemble qui pourrait ne pas convenir à ceux qui sont d’emblée allergique à ce dont il est question ici. Parce que les 6 morceaux ont été sculptés dans le même moule, il n’y a pas de place ici pour l’errance stylistique. Forest Swords ne cherche même pas à mettre le nez à la fenêtre. Mais à quoi bon? Quand la formule est d’une telle délicatesse et d’une rare froideur à la fois, quand on s’évertue à mettre en place cette ambiance sombre et enveloppante, à mi-chemin entre le drone et des relents de dubstep…du dronestep, allez, osons le…, et que l’on atteint un résultat à la bizarrerie aussi magnétique que dérangeante, il paraît vain de chercher à explorer une autre veine, un autre filon musical. Forest Swords a fait avec ce qu’il avait entre les mains et dans l’esprit. Et il l’a fait avec un réel talent de mise en scène de ses propres fantasmes musicaux. S’il lui trottait dans la tête ces voix étranges, ses boucles de guitares répétées à l’infini, cette ambiance à la profondeur parfois insondable, parfois carton pâte, parfois bigrement bien amenée, une écoute de « Dagger Paths E.P. » suffira à transmettre aux plus attentifs le même virus jusqu’à se souvenir avec précision de ces lignes de basse quasi mélodiques qui mènent, en arrière-plan, les morceaux.

D’abord publiés en version K7 l’année passée, « Dagger Paths » a compilé ‘Miarches’ et ‘Hoylake Mist’ d’une part, ‘Glory Gongs’ et ‘If Your Girl Only Knew’ pour donner naissance à cet EP à l’énergie directrice quasi identique d’une sortie à l’autre. ‘If Your Girl…’ est probablement l’un des morceaux qui m’a le plus accroché. Sous ses airs d’énième manifestation de la formule mise au point par Forest Swords, le producteur atteint un certain degré de perfection durant les 6 minutes 30 de musique en évoquant à la fois le beau et l’intriguant, le psychédélique et le primitif, dans un mouvement qui rassemble les éléments de manière à créer cette alchimie fragile dont la réaction chimique va révéler, ici et là, d’éphémères instants d’envolées pures où des sensations contraires et antinomiques parviennent à s’exprimer ensemble, au même endroit. Un bijou pour celui ou celle qui saura apprécié la lenteur du déroulé à sa juste valeur.

Dans son ensemble, « Dagger Paths E.P. » est une découverte essentielle. Pas tant pour la musique qu’elle véhicule que pour le symbole qu’elle représente: celui d’un espoir d’une perpétuelle surprise qui attendrait l’auditeur aventureux au coin d’un clic ou d’un lien hypertexte. Illusoire, en vérité, cet espoir est néanmoins ce qui continue de motiver les plus curieux d’entre nous à sans cesse chercher à dénicher ce qui se cache derrière les évidences énoncées par des sorties mille fois retournées, attendues comme des textes sacrés. En-dehors de ça, Forest Swords révèle un univers tour à tour angoissant et attirant, où la solitude de l’expression musicale répond à l’errance au bord d’un lac brumeux, lorsqu’il fait à peine nuit, encore un peu jour, mais si peu. Un petit quelque chose d’indéfinissable qui rend le tout si intriguant et que l’on voudrait chérir tout seul, dans son coin, comme un manifeste personnel à la gloire de mystères enfouis et
insondables.

‘Miarches’

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.


PS: pour commander le disque, passez faire un tour sur le blog du label new-yorkais Olde English Spelling Bee.

4 commentaires

  1. opaz
    16 juin 2010

    Yes!! Bonne chro.. Ce « Dagger paths » est super addictif, il a un grain bien à lui,il « crachote » comme j’aime avec un coté hypnotique fou.. Pour ma part je me n’en lasse pas.

  2. Digital Mojo
    17 juin 2010

    Merci Opaz. Idem, l’EP tourne constamment dans mon cerveau depuis quelques semaines, j’attendais le bon moment pour l’évoquer.
    Il reste quelques copies du disque qui tournent un peu partout sur le Web, pas des masses mais j’en ai vu. N’attendez pas trop.

  3. Galdric_ZoomOut
    30 juin 2010

    Super chronique, je pensais parler de cet EP prochainement, mais tu as déjà tout dis. je me contenterais donc d’un modeste lien vers substance M la semaine prochaine !

  4. Digital Mojo
    1 juillet 2010

    Merci Galdric.

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