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Articlé publié le 15 juil 2010 par .

Classé dans Chroniques.

Dustin Wong, « Let It Go »

J’avais déjà évoqué, à l’occasion d’un papier sur le collectif Teeth Mountain l’année passée, l’importance d’une dynamique musicale qui s’est développée ces dernières années autour de Baltimore, dans le Maryland, et qui a poussé vers la lumière quelques uns des groupes rock les plus intéressants et innovants à l’heure actuelle . Parmi eux, Ponytail est sûrement l’un des regroupements de musiciens issus de Baltimore a avoir franchi plus que rapidement la première étape critique, celle qui encense à juste titre le travail réalisé. Après un premier opus en 2006 intitulé « Kamehameha » (…oui bon), Ponytail fait chavirer le cœur des chroniqueurs en récoltant avec « Ice Cream Spiritual », le LP suivant, une flopée de critiques plus que positives. A juste titre, tant l’album parvenait à conserver une exigence et une vision claire d’une identité musicale à creuser tout en proposant une musique addictive, marquante (le travail sur les voix, notamment celle de Molly Sieger) mais forgée dans un matériau loin des convenances du premier album pop-rock venu (on touchait même par moments à quelques bases math rock vaguement dissimulées). A tel point que le groupe s’est retrouvé en mai dernier sélectionné par Matt Groening (oui, le…) pour participer à l’éminent All Tomorrow’s Parties en Angleterre. Et ça, c’est pas rien.

En cinq ans d’existence et seulement trois réalisations discographiques à leur actif (un single est à ajouter à la liste entamée ci-dessus), l’ancien quintet devenu quatuor a su travailler avec application pour s’imposer involontairement comme l’un des porte-parole de ce collectif très élargi et géographiquement identiques aux influences diverses mais mus par une ouverture musicale salutaire et rafraichissante. Parmi les membres du groupe, le guitariste Dustin Wong, par ailleurs fondateur du groupe Ecstatic Sunshine, a choisi d’entamer en 2009 une carrière solo en parallèle de ses activités au sein de Ponytail. Son premier LP, « Seasons », publié chez Wildfire témoignait déjà de ce soucis d’intériorité qui agite le travail de Dustin Wong, dans un registre tout à fait différent de celui pratiqué chez Ponytail.

Exit l’aspect pop qui englobe tous les délires stylistiques possibles. Ici, Dustin se place volontairement dans un univers plus éthéré, plus suggestif, sensé parler à l’intérieur de l’auditeur, à son espace d’imagination et de conceptualisation de la musique. Issu d’une famille hawaïenne , ayant grandi au Japon, Dustin s’est retrouvé plié sous le poids des convenances et de l’ordre social de l’école catholique dans laquelle il s’est retrouvé. En cherchant à échapper à cet enfermement idéologique, Dustin Wong cite cette anecdote qui résume plutôt bien sa musique et la direction recherchée, en fin de compte:

« I remember a family trip with a destination that I can’t remember. “Easy Rider” was playing on the airplane through the tiny video monitors.  I listened to Jack Nicholson’s character talk about aliens in outer space living as individuals, being their own leaders, completely independent from everything.  It blew me away.  I made a vow that I will become my own leader and, since I can’t explore outer space, I will explore my inner space. « 

Explorer cette zone d’incertitude au fond de soi, la mettre en forme et lui donner un sens concret. C’est sûrement ce qu’il faut entendre, en partie, sur « Let It Go », second LP de D. Wong publié fin avril dernier chez Watercolor. En l’espace de 10 morceaux, la musique de Dustin donne naissance à cette univers éphémère de 48 minutes bâti à coups de fuzz de guitare, d’éléments percussifs virtuels ou physiques en tous genres, de longues plages aériennes, de bouts de voix sectionnées à la base, sans un réel espace d’expression, de rythmiques entêtantes et systématiques, d’accompagnements à la guitare acoustique délicats et joviaux, de petites pétarades numériques comme autant de feux d’artifice du 4 juillet américain, d’une reprise personnelle d’une ‘Gymnopédie’ d’Erik Satie ou d’une longue contemplation d’un paysage en plein décomposition, lente et appliquée, qui s’efface petit bout par petit bout en s’abandonnant aux échos glacés d’un piano esseulé au milieu d’une caverne sans vie… « Let It Go » est un don de ce qui constitue la personnalité de Dustin Wong, sans aucune logique apparente autre que celle de rassembler quelques œuvres  enregistrées pour  enfin leur donner un sens.

Loin de l’ambition de proposer une musique avant-gardiste, innovante ou complètement étrangère à elle-même et à ce qui la constitue, Dustin Wong a rassemblé en 10 morceaux un bout de son intériorité pour le dévoiler à tous. Comme dans un acte voyeuriste  mais mesuré, il présente un « Let It Go » en forme de manifeste personnel. Une force de caractère qui ne se dévoile pas d’emblée qui provoque un sentiment de familiarité puis une envie d’y revenir, de séjourner à nouveau dans cet espace sympathique aux nombreuses nuances qui n’oublie pas d’être un acte artistique, avant tout. On aimerait que les 14 minutes de l’ultime ‘Ice Melts Again’ (un symbole si l’on compare ce titre à celui du dernier LP de Ponytail?) durent encore et encore, sans se soucier de trouver ou non la sortie dans ce dédale de cristal, où la lumière se joue de l’auditeur égaré en s’amusant à rebondir sur la moindre paroi, délicatement, tranquillement, en créant, par ce jeu de changements de trajectoire successifs, un début d’un petit quelque chose qui touche à une flamme chaude et enveloppante. Comme un espace qui s’offre à l’auditeur sans jamais rien attendre en retour, sans amener rien d’autre qu’une forme de repos éphémère, de pause salutaire dans un enchevêtrement de micro-évènements et de changements perpétuels qui peuplent nos vies respectives.

L’album est téléchargeable gratuitement sur le site de Watercolor dans la section consacrée à l’album. Pour ceux qui le désirent, vous êtes invités à échanger une poignée d’euros contre le LP au format K7, afin de soutenir activement ceux qui œuvrent à rendre une poignée d’auditeurs un peu différents après l’écoute de leurs musiques respectives.

‘For Daniel’

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