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Articlé publié le 17 juil 2010 par .

Classé dans Chroniques.

Lexicon, « Rapstars »

Depuis ses premières armes affutées dans les tréfonds d’un rap californien confidentiel et innovant à la toute fin des 90′s jusqu’à la sortie le 20 septembre prochain de son nouveau LP « Rapstars », le duo Lexicon a parcouru un chemin vers toujours plus d’affirmation d’une identité propre, proposant aux deux frères Nick et Gideon d’entrer dans la cour de ceux qui ont envie de saisir toutes les opportunités qui passeraient à porter de micro. L’ascension en marche est exemplaire tant elle rassemble l’essentiel de ce que se doit d’être un parcours artistique en 2010: donner du sens et du contenu à une musique, quelle qu’elle soit, peu importe qu’il s’agisse de mettre en avant le fun et la pop, l’énergie d’un flow rappé entrainant qui prend l’auditeur par la main et l’entraine loin des contingences musicales routinières. Plus qu’un single ou une posture marketée à l’extrême, Lexicon est une tentative d’offrir un visage nuancé à ce qui pourrait sembler n’être qu’une entreprise du divertissement et de l’évasion éphémère. Suffisamment expérimentés pour savoir qu’il en faut plus, les Lexicon sont sur la voie d’une maturation musicale prometteuse qui laisse entrevoir de belles choses dans un futur proche. Et c’est déjà beaucoup.

Pour Nick et Gid, la multiplication des courts et long formats, perdus dans l’immensité d’une scène californienne dégueulant tout ce qu’elle peut de groupes à la pointe des dernières innovations musicales, se présente aujourd’hui comme un chemin pavé d’intentions hasardeuses transformées, avec le recul, en une combinaison convaincante, un téléscopage d’univers musicaux qui correspondent exactement aux deux frangins. Qui n’a pas essayé de mêler rap et rock, rock et rap, dans des proportions hasardeuses, sans jamais savoir à quel endroit fixer la limite où l’auditeur bascule de l’un vers l’autre et inversement? Les exemples sont flagrants mais l’intention pas toujours adaptée à la personnalité des artistes concernés.

La presque banalité de la formule testée par à-coups depuis dix ans par le duo, puis de manière plus franche grosso modo depuis 2006, rendrait l’entreprise assez commune à bien d’autres si elle n’était pas servie par une efficacité rare et un talent certain pour couper l’auditeur en deux et le faire voyage simultanément dans un paysage rock évident balafré par les raps assurés des deux protagonistes. « Rapstars » est le fruit d’un travail consciencieux pour chercher à se rapprocher au plus près de l’expression la plus évidente de ce que représente aujourd’hui les Lexicon: des vecteurs d’une musique ouverte ayant digéré aussi bien le rap 90′s et l’indie-rock, à des degrés variables, sans jamais perdre de vue qu’ils parlent pour eux-même, simplement.

Et le résultat ne se fait pas attendre lorsque l’auditeur se penche, même d’une oreille distraite, sur le feeling rap old school d’un ‘Summer Reign’ ou l’excellente reprise des Ramones ‘I Wanna Be Sedated’, qui offre un véritable dépoussiérage au tube trentenaire du symbolique groupe de punk du Queens pour le plonger tout entier dans le bain de vapeur siglé Lexicon (duquel il ressort relooké et reparti pour 30 ans d’excitation adolescente). Rassemblant habilement rythmiques et riffs binaire d’un côté, textes rappés et refrain pop entêtants dans quelque circonstance que ce soit de l’autre, les Lexicon livrent 13 morceaux addictifs et bigarrés, chacun œuvrant à proposer un mini-univers intégré dans l’imaginaire du « L » des feux frères; comme les deux branches inter-connectées d’une seule et même expression dont le point de friction entre le couple d’entités donne vie à cette musique familière et évocatrice. Un résultat étonnant pour celui qui prend en considération l’aspect viscéralement pop de l’album. Loin d’une expression factuellement agressive et vide de sens, les Lexicon entraînent l’auditeur dans un univers peuplées de fêtes étranges, d’ambitions musicales à concrétiser, d’expression instinctive d’une envie de partager une façon de voir le monde, tout simplement. Et c’est bien de ça que traite principalement « Rapstars », au final. Le duo a su coucher sur papier une série de clichés indie-rock, habituellement bêtement rap, pour en faire de véritables aspirations à aborder tous les sujets possibles sous l’angle qui leur correspond le mieux: le leur.

Une démarche manifeste sur le tubesque ‘Junk Food’, véritable hymne entraînant à la métaphore gustative rapprochant de manière plus que convaincante une vénération vouée à une fille lambda à un hamburger aux effets nutritifs discutables. Un talent de composition pour ce qui a constitué le premier véritable single tiré de l’album, extrait évident et enthousiasmant de ce que sont les Lexicon. Il serait facile de succomber au commentaire de texte linéaire relevant titre après titre la portée de chaque morceau tant l’album ne souffre pas de véritable coups de mou dans son déroulé (‘Wake Up’ mis à part peut-être, où l’intention rap semble trop timide et pas assez affirmée, paradoxalement, trop générique pour convenir à la formule dévoilée le long du LP).

Au-delà des morceaux, pour celui qui côtoie le duo, il est aisé de comprendre que l’important se situe au-delà du dicible, plutôt dans un univers suggéré où le cool décontracté et l’exigence musicale échangent leurs points de vue sans que l’un ou l’autre ne prennent définitivement le dessus sur son homologue. Un équilibre fragile qui démultiplie les portes d’entrée dans l’édifice « Rapstars » sans jamais galvauder une seule seconde son contenu. ‘Check Out My System’ est sûrement le morceau porte-étendard de cette décontraction assumée face à la vie au quotidien, qui met en vis à vis l’opportunisme et la réussite matérielle de l’un face au tout-venant et l’espace personnel et décalé des deux autres, en attirant au plus près de la sueur dégagée sur scène l’auditeur qui se laissera emporter. Inutile par la suite de courir après l’énergie brute de ‘A Bit’, l’auditeur y est aspiré par ce rythme effréné, un chœurs pour le refrain formé par les deux MC’s et une guitare débridée et lâchée à travers le morceau comme une bête indisciplinée.

Inévitablement, l’album vit sur le couple formé par Nick et Gid sans qu’il soit jamais réellement aisé pour l’auditeur lambda de distinguer avec certitude qui fait quoi. Mais « Rapstars » dépasse l’aspect égotiste pour projeter la musique qu’il véhicule dans un univers de symboles à la fois à contre-courant des tendances les plus triviales d’une pop voyeuriste et/ou chiante comme une messe chrismale et d’une flemme généralisée de faire partager plus que des gimmicks musicaux grillés à trois bornes. Véritables agitateurs expérimentés sur scène au show bien rôdé, les Lex contaminent aisément tout ce qui passe à moins de 15 mètres en communiquant tout un tas bordélique de choses à l’image de la cover de l’album présentant les deux frangins, leurs sous-vêtements et leur intérieur rassemblés en une synthèse visuelle de la musique dévoilée. Sûrement le plus parlant des arguments à l’heure d’exposer ce que contient « Rapstars »: une bouteille de whisky vidée d’une traite, des restes d’une soirée aux accents orgiaques délicats et un peu de musique saupoudrée par-dessus tout ça comme vecteur d’expression le plus direct et le plus immédiat.

Pour être tout à fait honnête, je ne peux finir sans évoquer mon rapport au duo et à leur musique, que j’ai vu petit à petit arriver à maturité au point de susciter une attente bien réelle de ma part quant à une sortie en bonne et due forme de l’album que je tiens aujourd’hui entre mes oreilles (ce qui était loin d’être le cas il y a encore deux ans, soyons clairs à ce sujet). Au travail entamé il y a de ça trois ou quatre ans, les Lexicon, et l’entourage qui a oeuvré à offrir au duo une position idéale pour éclater le moindre mur d’indifférence qui se dresserait devant eux, y répondent de la plus belle des façons, par l’arrivée dans les bacs de « Rapstars » le 20 septembre prochain.

Un accomplissement qui vient couronner de longues tournées à travers la France et l’Europe, l’ambition de ne jamais succomber à la facilité d’une sortie timide et mesurée, d’offrir le trait de lumière qui viendrait le mieux flatter tout le potentiel intrinsèque contenu dans ses 13 morceaux et dans les dizaines d’autres sûrement déjà en gestation dans la tête de Gideon et Nick. Un véritable travail d’acharné qui dévoile aujourd’hui de nouveaux espaces à conquérir, infiniment plus grands et plus effrayants, susceptibles d’offrir en retour une émotion à la puissance encore démultipliée. Avant ça, il fallait passer l’étape du premier album. Sans se prendre la tête et presque sans trembler.

Les Lexicon et DJ Flip sont en concert gratuit demain à partir de 19h, Plage de Glazart, Porte de la Villette (métro Porte de la Villette).

Plus d’infos: http://laitdbac.blogspot.com


‘Check Out My System’

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2 commentaires

  1. Bishop
    16 décembre 2010

    Vu qu’un vendeur de la Fnac en profite pour te citer sans renvoyer vers nous, nous on va être classe:
    http://musique.fnac.com/a2901975/Lexicon-Rapstars-CD-album

    Achetez ce disque pour vos cadeaux de Noël, vous comblerez vos amis!

  2. Digital Mojo
    16 décembre 2010

    Oui, c’est mieux de faire ça ici. ;)

    Votre grand-mère aimera « Rapstars », c’est sûr.

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