Cinquième épisode de « Mélangeurs » et je vous propose toujours quelques bouts de gratuité échappés du Web, laissés à l’air libre par leurs géniteurs respectifs. Au programme pour cette nouvelle mouture, le tout récent nouvel EP de Nikki NTU qui rebondit sur les prods de FlyLo, Teebs et Ras G, ainsi qu’un mix réalisé par Dose One et Andrew Broder de Fog réunis ensemble sous l’alias Crook&Flail.
Originaire de Brooklyn, la rappeuse Nikki NTU a publié il y a quelques jours un tout nouvel EP inspiré par quelques productions de figures emblématiques de chez Brainfeeder, parmi lesquelles se distinguent aisément le talent et l’univers respectif des FlyLo, Teebs et autres Ras G. Coup de bol, c’est justement chez eux que Nikki a décidé d’aller piocher pour enregistrer 7 morceaux qui, une fois rassemblés, forment le « Nikki NTU vs Brainfeeder: Medulla Dinner EP ». Piochant 4 prods chez FlyLo (tirées de « Cosmogramma », majoritairement), 2 chez Teebs et 1 estampillée Ras G (d’où proviennent toujours les horripilants « airhorns »…), Nikki NTU a mis sur pieds un EP à la puissance et la logique imparable. Talentueuse au micro, Nikki donne un peu de grains à moudre à ceux qui voudraient que tous ces producteurs talentueux sachent aussi mettre leur talent à la disposition de lyricistes au talent incontestable. Il suffit d’écouter Nikki et toute la reverb qui lui permet d’atteindre les strates supérieures se mouvoir avec une aisance admirable au milieu des ces compositions familières pour être convaincu de la pertinence du projet. En particulier sur l’excellent ‘Lady Of The Tower’, où Nikki réutilisé la prod. de ‘Recoiled’ (« Cosmogramma ») pour challenger les rythmiques complexes et l’environnement chargé le temps de quelques fugaces apparitions envoutantes tant dans le fond que dans la forme. Idem sur ‘Sat-A-Lite’, cousin direct du ‘Satellite’ de FlyLo) où Nikki semble converser avec des aliens sous hélium, dans une veine qui n’est pas sans rappeler celle exploré par Joe Meek dans un projet qui n’a, ceci étant, pas grand-chose à voir au demeurant.
Quoiqu’il en soit, je ne peux que vous encourager à prêter attention à cet EP gratuit qui en ravira plus d’un parmi vous, à n’en pas douter. Pour télécharger l’album et achever d’être convaincu, rendez-vous sur la page Bandcamp de Galax Recordings.
Seconde suggestion pour passer les jours qui viennent en compagnie d’esprits inspirés, Dose One et Andrew Broder (de Fog) ont formé l’éphémère duo Crook&Flail le temps de composer et d’enregistrer la bande-son du prochain livre audio de Mitch Jenkins, célèbre photographe, et d’Alan Moore (oui, le fameux « comics writer »); pour laquelle ils ont convié quelques proches dont Mike Patton, Zach Hill, Justin Broadrick et j’en passe. Intitulé « Unearthing », le projet de livre audio a fortement inspiré les deux compères au point de les pousser à enregistrer un mix de près de 45 minutes offert gratuitement. Baptisé « Unearthing Influences », le mix rassemble un large éventail de morceaux en provenance d’horizons divers et variés pour recréer le bouillonnement créatif à la base de leur projet musical. Se mêlent donc Kraftwerk, Genghis Tron, Fennesz, des instrus de Crook&Flail et tout un tas de groupes ou d’artistes rassemblés pour former un agrégat hétérogène mais diablement bien mixé; qui fera voyager l’auditeur au point de lui faire oublier les frontières entre les morceaux, les époques évoquées et les styles abordés pour ne plus retenir qu’un seul et même mouvement musical inspirant et inspiré. Le mix et le tracklisting sont à disposition sur le site officiel de Lex Records.
Enfin, je ne peux vous laisser repartir vers d’autres horizons numériques sans évoquer le meilleur remix de l’année à ce jour, à l’aise. Il est l’œuvre du producteur new-yorkais El-P, plutôt discret ces dernières années si ce n’est qu’il vient d’annoncer pour le mois prochain la sortie d’un tout nouvel album instrumental (mais je vous en reparlerai le moment venu). Dix ans après avoir été à la pointe de la révolution sonore échappée de N.Y.C. et des sous-sols les plus glauques de la métropole de la Côte Est, El-P s’attèle aujourd’hui à stimuler sa créativité débridée en s’attelant au remix d’un des tubes les plus vendus à travers le monde depuis l’année passée: le fameux et vomitif ‘Baby’ de Justin Bieber, poupon canadien et icône pré-pubère pour des tas de jeunes filles pré-pré-pubères. Entre les mains d’El-P, ‘Baby’ se transforme en un hymne à l’agressivité sonore pure, bardé de rythmiques au déroulé délicat mais percutantes, couplé à un sample piqué chez Paul McCartney. Si j’ajoute à ça que de sanglants « biiiiiiiiitch » viennent prendre la place des incantations sirupeuses de l’ami Justin, à base de « Baby, baby, baby, oooooooh », sur le papier on tient là une combinaison un peu étrange qui, une fois passée par le filtre d’oreilles averties, saura révélée toute sa puissance et le talent de son créateur. Comme quoi, le matériau samplé, réutilisé, remixé, découpé importe peu lorsque le producteur aux manettes est capable de livrer une prestation de ce calibre. Je l’écoute en boucle depuis trois semaines. Je vous conseille d’en faire autant. Toutes les infos du pourquoi du comment sur le site de XLR8R et je vous donne rendez-vous le mois prochain pour un épisode numéro 6 un peu plus fourni, je l’espère. Ceci étant, vu que les vacances ne sont pas à l’ordre du jour pour Substance-M, nous aurons des choses à nous dire. A très vite.