‘Weeds’
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Au moment où j’abordai en détail, il y a deux mois, le cas de Leaving Records et des artistes engagés dans la création de ce véritable pôle musical foisonnant, j’évoquai ma passion pour la toute première sortie de Oscar McClure, « Augusting ». Débarqué de quasi nulle part à la fin du mois de septembre 2009, le producteur condensait en une poignée de minutes de mini-espaces musicaux imbriqués les uns dans les autres, guidés par un feeling organique s’approchant par moments d’une forme dérivée de jazz couplée à la confection minutieuse de beats au groove décalé, difficiles à appréhender sans s’investir véritablement. Annoncé depuis plusieurs mois par Leaving Records, « Compost » constitue la première véritable sortie d’Oscar McClure. Et une expérience musicale à part entière pour l’auditeur.
Le principe de composition retenu par la producteur consiste à rassembler des tas de sources sonores différentes, qu’elles soient musicales ou non, captées en « field recording » (des craquements, bruissements, froissements, déchirements et plein de mots en « -ments »), extrait d’un disque ou d’un autre, afin de les manipuler à coups de SP-303 pour leur faire prendre la forme désirée par Oscar McClure. Dans un véritable rôle d’artisan-confectionneur, le musicien va s’attaquer à un travail de destruction, concassage des sons pour les faire se tenir tous ensemble, dans tout ce qu’ils peuvent avoir d’hétérogènes, au milieu de cette sphère musicale où Oscar tente de créer une espèce d’éco-système musicale et sonore en constante évolution. La tâche est ambitieuse mais le producteur s’affaire à manipuler ses outils sans jamais complètement omettre d’évoquer cet aspect hip-hop dans les rythmiques; du moins au début. Si l’essentiel de ce qu’il récupère et réutilise mute en des ersatz de kicks et de snares organiques à l’opposé du spectre musical habituellement utilisé dans ce cas là, cette sensation de terrain balisé s’efface petit à petit pour laisser place à une zone d’expression bien plus libérée et source d’une quantité d’émotions non-linéaires et inattendues. Oscar McClure parvient à mélanger efficacement les racines musicales qu’il semble manier des deux mains sans aucuns problèmes, un groove hip-hop d’un côté, de l’improvisation contemporaine de l’autre, pour recréer une musique qui se joue des frontières stylistiques, qui n’a pas peur de s’affirmer comme ambitieuse et surprenante.
Mais c’est au moins ce à quoi je m’attendais pour ce « Compost ». Sans exagérer, les 21 minutes de ce court exercice développent une expérience musicale à part entière, où tout est rassemblé pour former ce voyage à travers l’esprit du producteur angelino. A l’heure où la plupart de ses comparses donnent dans la suractivité dommageable, Oscar McClure semble voir plus loin pour proposer de petites pièces impactantes et porteuses d’un réel sens, au-delà du beat et des fioritures musicales ajoutées ici et là. Il suffit de faire tourner encore et encore l’intriguant ‘Seaweed’ pour comprendre en profondeur la logique derrière la démarche du producteur: l’auditeur est d’emblée projeté dans un univers luxuriant, angoissant, mystique mais excitant, quelques éléments de percussions au feeling organique semblent s’ébattre autour de ce bourdonnement semblable à une nuée d’insectes vindicatifs. Nous sommes sans aucun doute en plein milieu d’une jungle exotique, mais pas sous l’angle de la luxuriance et des mille couleurs, sous celui de la moiteur, du terrien et de l’invasion d’éléments naturels étrangers qui finissent par tout recouvrir au bout des 2 minutes 40 du morceau. D’ailleurs, cette brièveté des morceaux, si elle est servie par un déroulé sans faille (encore heureux, avec 21 minutes de compositions…), laisse un peu sur sa faim pour celui qui aura déclaré un appétit insatiable pour la recherche de beatmakers originaux et inventifs. Il s’agira alors de reprendre l’écoute à son incipit pour donner une seconde chance au terreau hétérogène de « Compost » de permettre l’éclosion d’une deuxième graine, qui se changera bien aisément en une fleur musicale inspirante, bigarrée, le fruit d’un environnement direct aux mille facettes.
Je l’affirme sans ambages et sans détour: Oscar McClure est l’auteur d’un « Compost » au moins à la hauteur de mes aspirations. Fruit d’un travail personnel qui correspond tout à fait au personnage (du moins à l’idée que je m’en fait, n’ayant pas éprouvé le besoin d’en savoir beaucoup sur le producteur), il parvient à allier une vision claire, une approche musicale réellement trans-genres, une originalité bien trop rare et un voyage musical où chaque pulsation semblent avoir l’effet de dix beats anonymes, écoutés d’une oreille. Alors que l’EP est d’ores et déjà disponible en version digitale, un enregistrement K7 devrait voir le jour sous peu (courant août?) et sera accompagné de quelques remixs signés Asura (je vous reparlerai de son label Non Projects), O., Baths, Jon Wayne, Sumsun, Kingfishberg, Delofi, Teebs et bien-entendu Matthewdavid. En attendant de pouvoir mettre la main sur une copie physique, je ne peux que vous encourager à investir une poignée d’euros (et une petite poignée, encore) pour vous procurer ce « Compost », élément musical qui laisse entrevoir de nouvelles directions passionnantes, de nouveaux chemins à défricher. Parmi les producteurs les plus aventureux, Oscar McClure se trouvera sûrement une nouvelle aux premiers rangs, affairé à pousser toujours plus loin ses boucles mutantes et évolutives, formées en cours de route, la SP sous le bras, sans se soucier des frileux au regard avide, secrètement jaloux des micro-systèmes musicaux mille fois plus vivants que la moindre de leur production plate et sans autre aspiration que celle de faire bouger la tête de quelques « headnodeurs » un peu trop facilement influençables.
Je ne le répèterai pas dix fois: achetez « Compost », à ce stade là il n’est plus question de négocier. Vous éprouverez presque le besoin d’aller renifler la terre avant de vous ensevelir sous un tas de boue et de lière fraichement coupé pour retrouver les sensations évoquées par les compositions d’Oscar McClure.
Ce que j’apprécie dans le morceau que tu proposes c’est qu’on est loin d’un chaos plein de collisions ou d’un fractal illisible, tendances déjà explorées ailleurs, mais qu’on a l’impression que c’est des « pistes » (au sens de chemin) qui se croisent, on reconnait mille choses, des fragments, des débuts de voix, et cela tient.
je vais suivre tes sages conseil.
Sinon je suis pas mort, comme souvent je suis dans une période où je me sens dans ma tête et dans mon corps à la rue… Je suis quand même dans le coin :’)
Le morceau prend encore davantage de sens une fois réintégré au disque parce que l’ensemble a été pensé comme un seul et même mouvement découpé en plusieurs facettes musicales.
Mais j’ai choisi ‘Weeds’ parce que c’était le single qui a servi à la promo de Leaving Rec. Sinon j’aurais plutôt mis un ‘Seaweed’ ou ‘Manure’ que je trouve encore bien meilleurs.
il est très bon ce « Compost » effectivement… Peut-être moins lisible qu’ »Augusting », mais il dévoile de très belles perles…
A priori un album des remixes de Compost sort également sur Leaving Rec.
Sur un autre créneau je conseille le nouveau P.U.D.G.E. intitulé « Idiot Box »..
J’oublie aussi le Dem Hunger
« Caveman Smack » toujours sur Leaving Rec qui est vraiment incroyable..
J’en ai déjà parlé de l’album de Dem Hunger. Le lien est dans le papier.
Pour P.U.D.G.E., j’ai jamais été transcendé par ce qu’il faisait. On verra bien, j’ai ce « Idiot Box » de côté.